No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Baby Bird: « Photosynthesis »

Après un excellent album compilation, Babybird retrouve le format vinyle (et CD) pour ce qui est présent comme son premier album physique véritable depuis The Pleasures of Self Destruction en 2011.

La vérité est un peu différente car Photosynthesis succède à une petite centaine d’albums enregistrés dans des conditions assez similaires, digitaux et physiques, mais distribués uniquement en petite série. On y retrouve des chansons originales et quelques morceaux déjà connus. Peu importe à vrai dire : dans cette œuvre profuse et majoritairement méconnue, ce sont les morceaux qui comptent et les 10 (ou 12 en digital) titres qui composent Photosynthesis sont admirables.

Cette sélection vise plus à rendre compte de l’étendue du registre musical de Stepehn Jones que de renouer avec sa flamboyance pop. Difficile, à la première écoute, de repérer un tube immédiat ou une chanson aussi allègre et immédiatement séduisante que les quelques tubes qui ont fait connaître Babybird. Il y aurait eu matière dans les dix dernières années de production mais ce n’est pas ce qu’on retrouve sur le disque cette fois. Cela n’empêche pas Photosynthesis d’impressionner. « Too Late », à l’entame, est un titre remarquable mais austère et un peu sinistre que viennent relever la voix de Jones et une batterie ravageuse. La chanson constitue tout sauf un retour accueillant, signe qu’on ne cherche pas ici à flatter la familiarité ou à renouer avec une ancienne complicité. « October » est solide et renvoie à l’aplomb bizarre et agressif de l’époque alors que « Bugged. Beach Grave » est un tunnel progressif et psychédélique qui fait penser aux développements parfois confus mais passionnants des Flaming Lips. Dans un registre plus facile à appréhender, moins heurté et plus pop, « No Cameras » est une pièce de toute beauté mais également downtempo. La mélancolie est à l’œuvre, dans l’histoire d’une jeune femme en désarroi à qui l’on demande avec insistance de sourire devant l’appareil photo. À cet égard, le texte renvoie, dans un retournement quasi morbide, à la situation insouciante et sensuelle de « You’re gorgeous », le titre phare (et fardeau) du groupe, composé il y a 25 ans maintenant.

On retrouve avec bonheur l’impeccable « Radioactive Stars », en même temps que l’album ouvre une seconde partie qui fait une large part aux travaux instrumentaux de l’artiste. Cela tombe bien car c’est dans ce registre, nécessairement limité et qui ne déchaînera pas les passions, que Stephen Jones s’est beaucoup illustré ces dernières années. Ses instrumentaux vont s’avérer formidables en ouvrent des mondes complexes avec des bouts de ficelle. Ils installent des ambiances et imposent des émotions en quelques dizaines de secondes. C’est le cas de « Black Friday Jesus Tuesday » et surtout du sublime « Creation Destroys Science » qui suit, morceau qui nous offre peut-être les trois meilleures minutes du disque. « Perfect Suburbian Clone » fonctionne très bien lui aussi avec une rythmique bancale qui rappelle le travail de Jones sur Death Of The Neighbourhood. Le disque abat ensuite avec « Cave In » et « Yeah I’m In Hollywood », deux de ses atouts majeurs. Le second morceau, qui referme le disque, est le plus marquant car il fait écho directement (par le truchement d’Hollywood) au parcours personnel de l’artiste qui a connu un succès immense avant de dégringoler la pente médiatique et de travailler dans la confidentialité. « Yeah I’m In Hollywood » parle de la décadence d’un homme qui a perdu son épouse (ce qui n’est pas le cas de Jones) avant de se perdre lui-même. L’édition digitale prolonge le plaisir avec « Beautiful », excellent exemple des travaux d’illustration sonore et de cut-up du chanteur, et le morceau-titre. Photosynthesis est une pièce marquante et largement à la hauteur de ce qu’on pouvait espérer.

Ce nouvel album est un disque complexe, déroutant mais qui ravira les fans de longue date du bonhomme (ceux qui ne se sont pas arrêtés aux morceaux du milieu des années 90) ainsi que les amateurs de pop divergente et psychédélique, d’ambiances menaçantes et dérangées. Ce sera, pour l’isntant, la morale de l’histoire pour Babybird.

***1/2.

2 août 2019 - Posted by | On peut se laisser tenter |

Aucun commentaire pour l’instant.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :