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Hey Colossus: « Four Bibles »

Hey Colossus est un combo, non pas difficile à cerner ou à appréhender, mais à apprécier. Entre son chrurgical, In Black And Gold, et domestiqué il est parfois délicat de faire la part des choses et c’était d’ailleurs le cas le cas sur The Guilottine, le précédent opus du groupe.

Four Bibles nous ménagera ce même itinéraire en dents de cie. Pour exemple, un disque qui est capable de faire se succéder un morceau plein d’emphase avec force piano et violon qui frôle le trop-plein sans jamais l’atteindre (« It’s A Low) » et un instrumental complètement bizarre, faussement inachevé, qui emmène le groupe loin des stades qu’il semblait convoiter l’instant d’avant (« Decompression »).

Sur he Guilottine, on naviguait déjà allègrement entre îlots de désespoir et vagues tendues et bruitistes. Four Bibles conservera cette dynamique qui fait que l’on ne saura jamais trop à quoi s’attendre lorsqu’un morceau s’achève et que va débuter le suivant. Surtout, on a de plus en plus l’impression d’être face à un humanoïde à la peau translucide sous laquelle on pourra lire les conflits émotionnels et telluriques qu’il abrite son enveloppe, véritable moteur du groupe depuis ses débuts, il y a onze ou douze disques. C’est pour çette raison qu’on ne peut pas taxer Four Bibles d’album fondamentalet encore moins de ratage complet. C’est pour cela aussi que tout ce qu’il sort est approximativement plus intéressant que n’importe quoi d’autre.

Four Bibles, c’est d’abord une poignée de morceaux grande classe où le spleen érode et consume une éradication qui égratigne le spleen à son tour dans un va-et-vient ininterrompu : « Memory Gore », « Confession Bay », « It’s A Low » ou encore « Babes Of The Plague » sont autant de petites saletés qui ne paient pas de mine de prime abord mais finissent par révéler leur potentiel hautement addictif sans qu’on n’y prenne garde. D’autant plus que la production massive fait briller leurs chromes de mille feux

On pourra préférer le Hey Colossus un peu dégueulasse, recouvert de rouille et de boue amère, cherchant une mise au point approximative où le flou est aussi important que la netteté mais force est de constater que ces morceaux – au cordeau et bien peignés désormais – sont tout simplement imparables. Peut-être pas autant, toutefois, que le fabuleux Carcass – l’indépassable sommet dont il s’avère très difficile de ne pas succomber à son écoute.
Four Bibles, ce sont aussi les onze minutes de « The Golden Bough », un morceau tout mou, légèrement invertébré au regard de ce qui l’entoure, mais qui lui aussi finit par se frayer un chemin vers l’encéphale pour y déverser des endorphines à grande eau. Pourtant, fondamentalement triste et mal foutu, rien ne le prédestine à faire naître autre chose qu’un ennui renfrogné chez l’auditeur mais dans ce cas-là, ce sera tout l’inverse qui se produira.
Four Bibles, ce sont enfin « Palm Hex/Arndale Chins » et le titre éponyme, deux trucs un peu anecdotiques qui peinent à s’imposer mais dont le disque ne pourrait se passer. Le premier permet au groupe de recouvrer tous ses muscles après avoir joué au mollusque et le second emmène rlentement et brusquement Four Bibles vers le silence définitif.
C’est vrai qu’Hey Colossus a changé et qu’il touche aujourd’hui au dernier élément qu’il n’avait pas encore touché et faisait jusqu’ici le lien entre tous ses albums – le son crade, le gros grain – mais il reste néanmoins ce qu’il a toujours été : un groupe colossal.

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19 juillet 2019 - Posted by | Chroniques du Coeur | ,

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