No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Flamingods: « Levitation »

Entre Flamingods et Tame Impala il y a plus qu’une proximité ; le choix du registre psychédélique, et, à cet égard, les poncifs du genre font florès. Levitation en est l’exemple parfait mais, comme très souvent, l’émulation n’est pas un copier-coller.

On trouve ici, en effet, des parfums krautock, des effluves de dance et, pour s’accorder au titre donné à l’album, s’il y a poussée vers le haut, celle-ci a une liturgie faite d’explosion plutôt que de contemplation.

C’est ici que l’album du groupe se singularise : notes et riffs ruissellent d’une seule parole, l’énergie. On y dansera dans la bonne humeur et la convivialité. Un climat festif mais qui n’est pas décérébré.

***

15 juillet 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Yellow Eyes: « Rare Field Ceiling »

Suffit-il que cinq ou six groupes habitent le même pâté de maisons pour faire une scène ? On vous laisse réfléchir à la question. Toujours est-il que la récurrence du terme Brooklyn black metal, apparu dans le sillage de Krallice et Liturgy il y a une dizaine d’années, interpelle. Si l’on considère que tout épithète est un entre-soi, on y verra, à demi-amusé (ou pas), une forme de réaction symétrique à la grande famille des groupes étiquetés Cascadian black metal, sévissant pour leur part dans les verts recoins du Northwest. Les apôtres de la permaculture d’un côté, les exégètes du posturbanisme de l’autre. Maintenant que la caricature est posée, nous pouvons centrer le propos sur Yellow Eyes, qui peut-être ne se réclament pas eux-mêmes de l’école de Brooklyn, et après tout, who cares, n’est-ce pas ? Ce qui est vrai, c’est que le groupe appartient à une petite galaxie de projets ayant pour dénominateur commun le guitariste/vocaliste Will Skarstad. On citera Sanguine Eagle et Ustalost pour les archives, et aussi parce que les deux valent largement le détour.
 S’ils développent des propos et des esthétiques différentes, les groupes de Will Skarstad se rejoignent naturellement sur certaines bases, la première étant un son de guitare à la fois ultra écorché et lumineux, comme enveloppé d’un halo de cuivre, propice à éveiller une impression de mystère et de grande ancienneté. Ce son typé est constitutif de Rare Field Ceiling, comme avant lui du très bon Immersion Trench Reverie (2017).


 Dans cette même lignée, Yellow Eyes s’affranchissent en totalité d’une gestion alternée des temps. Leurs morceaux ne repassent jamais deux fois au même endroit, obligeant l’auditeur à renoncer aux repères « classiques » et à raccorder son attention aux virages imposés pour ne pas se laisser décrocher. Par chance, la variété est au rendez-vous et ménage de nombreuses respirations, lesquelles compensent de façon salutaire les parties rageuses où le groupe donne tout, sans édulcorer quoi que ce soit, derrière les sermons criards de Skarstad. Le mot « sermon » est à dessein car un fond spirituel anime l’œuvre de Yellow Eyes, sans la prendre en otage – on est heureusement loin des rengaines liturgiques omniprésentes d’un Batushka. Cette présence du mystérieux, déjà mentionnée dans les guitares, prend aussi la forme de passages atmosphériques traversés de cloches, ou encore de beaux extraits de chants populaires slaves qui, adroitement fondus dans une matière ambient, rappellent la poétique paysanne des films de Béla Tarr. Pour le petit vernis d’authenticité, ajoutons que ces chants de femmes ont été, sauf fake news, enregistrés par Skarstad lui-même lors d’un voyage en Sibérie. Au smartphone quand même, la perfection n’est pas de ce monde.
Abrité derrière un concept difficile à décrypter (les amateurs de symboles seront aux anges), Rare Field Ceiling est un album épique au sens noble, à la fois intimidant par son côté sérieux et progressif, et hospitalier pour qui viendra juste se repaître d’une musique créative en diable. D’évidence il ne prendra jamais une ride.

****

15 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Gauche: « A People’s History of Gauche »

La scène post-punk de Washington compte à ses rangs Priests qui domine avec ses deux albums aussi puissants qu’un cocktail musical. Et bien, une des membres du groupe nommé Daniele Yandel officie ans un autre combo nommé Gauche. Cette formation compte également dans ses rangs une certaine Mary Jane Regalado de Downtown Boys (encore un poids lourd) et nous offre dans la foulée un premier album coup de poing du nom de A People’s History of Gauche.

Les deux caractères forts de ce All Star Band qui compte aussi Jason P. Barnett (chant, guitare, basse), Adrienne CN Berry (chant, saxophone), Pearie Sol (claviers) et Laurie Spector (batterie, basse) se retrouvent parfaitement à travers ce premier album contestataire et brûlant. Avec l’aide d’Austin Brown de Parquet Courts et de Jonah Takigi, Gauche vient semer la pagaille à travers des morceaux explosifs à l’image du morceau introductif nommé « Flash » mais également « Pay Day » et « Surveilled Society ».

On retrouve toutes les influences qui ont baigné les groupes respectifs mais il y a un côté Parquet Courts dans l’urgence et T-Rextasy pour le côté déluré et l’engagement féministe. Il en ressort d’autres titres lours tels que « Copper Woman », « Boom Hazard » ou bien même « Dirty Jacket » où le post-punk confronte la bodega.

A l’heure où les riffs de guitare rencontrent les solos déjantés de saxophone, Gauche a trouvé la recette parfaite pour éveiller les consciences encore endormies et faire bouger une société patriarcale de plus en plus étouffante à ses yeux avec « Running » et « History ». En 36 minutes, A People’s History of Gauche nous convainc d’aller dans une  seule direction, une direction très à gauche du cente.

***1/2

15 juillet 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

SDEM: « IIRC »

Le label Opal Tapes, mené de main de maitre par Stephen Bishop, alias Basic House, est épatant de par sa diversité et la qualité des artistes qu’il met en avant, véritable plaque tournante des musiques actuelles, dans toute leur complexité et leur richesse.

Avec SDEM, Opal Tapes tape une fois encore dans le mille, IIRC s’immisçant dans les recoins de la musique concrète, de l’électro-acoustique, le tout traversé de sursauts IDM.

IIRC est un six titres complexe dans son approche, mélangeant field recordings crispants, envolées trépidantes et déséquilibres mélodiques chargés de crissements et de pistes déviantes, de rythmiques drill et de déstabilisation atmosphérique, conjuguant les profondeurs obscures d’Autechre à l’expérimental du grim Un album qui incarne parfaitement la politique d’Opal Tapes. Captivant.

***1/2

15 juillet 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

KG & Scratchclart: « Touch EP »

Journaliste productrice, Karen Nyame, alias KG, s’est associée au talentueux et imprévisible Scratchclartautrement dit PKA Scratcha DVA, dont on ne présente plus le travail, pour un premier EP, Touch, qui mixe polyrythmies africaines, Gqom et UK funk.

Les quatre titres sont une invitation au dancefloor qui voit les beats battre la mesure, remplis de décrochements et de syncopes, de pulsations énergiques et de répits trompeurs. Le groove puissant qui se dégage de chaque track donne le tournis, alliant tribalité et futurisme trépidant.

Touch EP est un concentré de transe et d’énergie mystérieuse, roulant à toute vitesse sur des routes cabossées et entrainant les corps dans une danse frénétique faisant le lien entre Afrique contemporaine et bass music.

***

15 juillet 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Rerekat: « Our Bones Are Dried Up »

Taillé dans une matière brute qui donne la furieuse envie de danser et de se laisser porter par les percussions tribales qu’il développe, Our Bones Are Dried Up est un disque de techno féroce, conçu pour résonner sur des sound systems aux enceintes démentielles.

Rerekat n’y va pas quatre chemins pour faire de nous des larves avides de pulsations dansantes échappées de machines en roue libre. Les basses lourdes grondent sur des tapis rythmiques se fracassant sur une tôle dense, amortissant les coups de masse de kicks marteau-pilon.

Les atmosphères plantent leurs racines dans un underground affolant, traversant de part en part des zones aux turbulences déchainées, survolant en mode transversal des jungles luxuriantes habitées de tribus animées par le besoin vital de rentrer en transe.

***

15 juillet 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Bleached: « Don’t You Think You’ve Had Enough? »

Aux côtés de Death Valley Girls et de The Coathangers, Bleached arrivait à  se faire entendrer avec un second album Welcome The Worms ympathique mais qui faisait pâle figure. Le combo féminin reviennent ici avec un troisième disque, Don’t You Think You’ve Had Enough ? dont le but est de se faire une place dans la scène californienne.

Pour ce faire, Bleached a décidé d’effectuer un grand virage musical ; finis donc les aspects garage-pop teintés de stoner sentant bon le désert californien pour une musique beaucoup plus pop et plus aseptisée comme le montrent des influences dignes de Two Door Cinema Club sur les funky « Hard To Kill » et « I Get What I Need ». Plus flagrant encore, le désormais duo s’enfonce dans les clichés FM à l’écoute de « Somebody Dial 911 » ou les allures disco-funk (vraiment pas nécessaires) de « Kiss You Goodbye ».

Cela n’empêche pas pour les deux sœurs Jennifer et Jessie Clavin de revenir aux sources de temps à autre avec des moments plus électriques comme « Heartbeat Away », « Daydream » et « Valley To LA » mais la verve des débuts semble bien lointaine. Il peut y arriver d’avoir quelques bonnes surprises malheureusement rares comme « Rebound City » ou la conclusion faussement acoustique nommée « Shitty Ballet » qui s’emballe sur les dernières secondes avec ses riffs fuzzy toujours de bel effet.

Toujours est-il que Bleached des débuts qui dominait la scène musicale du désert californien n’est plus et que Don’t You Think You’ve Had Enough? ne rse résume qu’à un jukebox pop quelconque manquant d’originalité.

**1/2

15 juillet 2019 Posted by | On peut faire l'impasse | | Laisser un commentaire

Bones UK: « Bones UK »

Bones UK est, comme son nom l’indique, britannique, mais c’est avant tout un duo féminin que l’on pourrait qualifier de « décadent », dans le sens où, pour définir sa musique, les djeunes femmes ont choisi « des serpents, du sexe, du cuir et des motos ». Cliché mis à part ou aura, en fait, droit à une sorte de rock industriel / electro-rock souvent attaché à la mélodie mais subversif dans la forme ; un croisement entre, pour schématiser, INXS et Nine Inch Nails. Ce style ne se prend pas la tête et n’attend rien d’autre qu’un lâcher-prise salvateur dans un monde où le paraître règne en maître en toutes circonstances. On est, d’ailleurs, accueillis par une excellente « Beautiful is boring » bien jouissive alors que « Filthy freaks » prendra des atours beaucoup plus pop. « Pretty Waste » reprendra vite le flambeau. et« Leach » consacrera l’alternance avec un rythme qui rappelle le « Adieu » de Coeur de Pirate et une guitare lead qui évoquera Santana.

Plus loin, on retrouvera le « I’m Afraid of Americans » de Bowie déjà présenté chez Howard Stern à l’occasion d’une émission-hommage à l’icône et « Souls » est une ballade electro-rock sexe qui, toute comme Skeletone », s’assurera pas vraiment, Il faudra attendre « Choke » et son riff imparable pour que la machine reparte et qu’un « Creature » conservant cette touche bluesy electro rock entérinera ce qui fait le charme du groupe. Ce qu’on retiendra de ce premier album ? Une somme sympathique de chansons qui s’écoute bien,mais s’oublie peut-être un peu trop vite et une écriture qui demande à être plus affinée et personnelle pour être mémorable.

***

15 juillet 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Akio Suzuki: « Resonant Spaces »

Né des cendres de Farmacia901, le label italien Editions901est une source de découvertes inespérées, mettant en avant des artistes expérimentaux dont les riches palettes laissent nos oreilles ébahies.

L’album de l’artiste culte japonais Akio Suzuki, Resonant Spaces, enregistré lors d’une tournée en Ecosse et les Orcades, dans divers lieux choisis pour leurs particularités sonores, aux cotés du saxophoniste John Butcher.

L’expérience est d’une poésie sans égale, que ce soit dans la plus grande grotte costière du Royaume-Uni (Smoo Cave), en passant par un énorme réservoir d’essence, dans une maison de glace (Tugnet Ice House), au milieu du cercle de pierre de Ring Of Brodgar ou dans le Mausoleum Hamilton dont la réverbération dure 15 secondes.

Utilisant une foule d’objets, cailloux, bouteilles de poche, tige de bambou, éponge, plaque de verre et le célèbre Analopos, inventé par Akio Suzuki, les deux hommes multiplient les pistes ouvertes par les échos résultant de chaque endroit dans lequel se tiennent les performances.

Les improvisations donnent naissance à des instants uniques, où le silence se voit enrobé de souffles et de frottements, de caresses et percussions, mélodies éphémères mettant en avant l’acoustique de chaque terrain d’expérimentation, où les diffusions se font denses ou légères, impalpables ou directes. Fascinant.

***1/2

15 juillet 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Jake Shears: « Jake Shears »

Ce groupe américain a connu son heure magique avec son album Magic Hour paru en 2012. Au moment où l’avenir est incertain pour le combo, Jake Shears, tête pensante deladite formation, continue sa carrière en solo et revient avec un premier album.

Que ce soit en solo ou avec son groupe, Jake Shears reste droit dans ses bottes et cet opus en est la preuve concrète. On retrouve la glam-pop bien groovy et festive quelque peu farfelue à travers ces nouveaux morceaux comme « Good Friends » qui fait suite à une introduction instrumentale pseudo-dramatique mais également les pétillants « Creep City », « S.O.B. » et autres « Big Bushy Mustache ».

Au milieu de cette armada que nous offre le leader de Scissor Sisters, le disque arrive à montrer toute la versatilité du bonhomme sans trahir pour autant ses origines. Frôlant de très près les aspects commerciaux, Jake Shears nous offre un bon condensé de bonne humeur et d’humour sans pour autant négliger la vulnérabilité qui a fait sa force.

***

15 juillet 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire