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Anzio Green: « Lygan »

Après un premier album en 2008, Anzio Green, avait récidivé avec A Day Without Distance, paru cinq ans plus tard. Alors qu’une nouvelle période assez longue vient de s’écouler, les Londoniens reviennent avec un troisième opus, nouvel exemple d’une approche commune pertinente et fondée. De fait, comme on l’indiquait il y a plus de dix ans, Anzio Green n’est pas uniquement un moyen pour Wil Bolton et Mark Streatfield de se retrouver et de confronter leurs savoir-faire personnels, mais plutôt de développer un propos propre à ce duo.

C’est ainsi qu’entre ambient légèrement torturée et introduction de notes un peu ouatées, les Anglais délivrent cinquante-cinq minutes intéressantes, réparties sur cinq morceaux avec une inscription avérée dans la durée, dispositif à même de goûter l’évolution de chaque titre et l’introduction des nouveaux éléments.

Qu’elles viennent du clavier ou de la guitare, les courtes strophes mélodiques interviennent ainsi toujours en contrepoint des nappes et accords de synthé plus appuyées, comme pour ne jamais verser complètement dans la noirceur.

Dans ce contexte, même les explosions apparaissent comme contenues et maîtrisées tandis que les pulsations sourdes emmènent l’electronica-dub de « Bright River » vers quelque chose de très alangui. Si Lygan ne décolle jamais complètement, ni n’impressionne suffisamment, il constitue assurément un ouvrage consistant, occasion de donner, tous les cinq ou six ans, des nouvelles de ce duo cohérent.

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9 juillet 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Ubik MCDXCII: « Blackout Blinds »

Tirant son nom du célèbre livre de Philip K. Dick, Ubik, l’artiste et photographe anglais Ubik MCDXCII propose un deuxième album Blackout Blinds nourri d’urbanité nocturne et de spasmes industriels, de hip hop hardcore et de field recordings, n’étant sans évoquer par son approche expérimentale, des artistes tels que Dälek, Kill The Vultures ou Cannibal Ox.

Suintante et dégoulinante, sa musique est un concentré de bruitages concassés et superposés, sur lesquels les mots susurrés lâchent leurs mots en forme de menace, sur des tapis de crasse et de poussière.

Blackout Blinds est un bloc monolithique aux ambiances paranoïaques et flippantes, dont la densité épuise l’auditeur, le vidant de son suc vital pour s’en nourrir. Il faut une certaine concentration pour réussir à s’enchainer les dix titres à la suite, de par la volonté assumée de nous rendre la tache difficile, nous renvoyant dans un espace clos et étouffant, composé à coups de noise rampante et de viscéralité tachée de matière organique dégoulinante. Un opus radical gorgé de désespoir et de pessimisme. Très fortement recommandé.

***1/2

9 juillet 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Purple Mountains: « Purple Mountains »

l y a des disques auxquels on ne croyait plus. Celui des Purple Mountains est de cette trempe. David Berman, qui avait tiré le rideau des Silver Jews en 2008 revient avec un nouveau nom, des nouveaux musiciens et toujours les mêmes états d’âme.
La dégaine
et la voix sont toujours identiques depuis que, dès 1994 David Berman s’était acoquiné avec Stephen Malkmus et Bob Nastanovich pour écrire des merveilles dont on ne s’est à vrai dire jamais remis.
En 2008, Berman a brusquement sifflé la fin de la partie. Le revoilà donc pour son nouveau projet. Onze ans d’absence pour onze morceaux touchés par la grâce divine, par la grâce de
Lou Reed. Se livrant à un autoportrait au vitriol, David Berman dégaine encore des chansons qui éclairent toute la concurrence par leur simplicité apparente et leur beauté implacable.

La preuve encore avec « Margaritas at the Mall », une chanson existentialiste qui évoque le Purgatoire. Berman, qui s’est assuré une place au paradis avec ses disques, disserte sur le monde et sa vie tel un John Fante qui aurait rencontré John Cale dans un bar. L’artiste n’a pas changé. On va donc continuer d’écouter religieusement ce disque nous raconter sa vie.

***1/2

9 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Band Of Skulls: « Love Is All You Love »

Une question s’impose d’emblée pour ceux quiont beaucoup aimé le premier album de Band Of Skulls, Baby Darling Doll Face Honey, mais qui n’ont pas trouvé leur compte dans leurs productions suivantes : revient-on, avec Love Is All You Love, au blues-rock cru et énergique, sorte de rencontre entre The Bvlack Keys et Led Zeppelin, qui caractérisait le groupe à l’origine ? Eh bien, non. Si c’est que l’on cherche de la part du groupe britannique, ce nouvel opus risque peu de satisfaire ; par contre, si on apprécie le rock aux accents plus pop, les radios commerciales tout comme l’auditeur desdites musiques y trouveront leur compte tant Love Is All You Love flirte en grande partie avec ce second genre et y inscrit même ses meilleurs moments.

Dès son deuxième album, Band of Skulls avait pris un virage hard rock, taillant sa musique très années 1970 pour s’assurer quelques tubes radiophoniques. Avec Love Is All You Love, le groupe prend un nouveau tournant : les guitares deviennent moins incisives, la batterie est plus carrée, les synthétiseurs occupent plus d’espace, et les refrains prennent toute la place, insistant systématiquement sur des lignes courtes, répétitives, mais très accrocheuses. En résulte un album techniquement irréprochable, mais inégal, péchant par un manque flagrant d’originalité.

Le disque s’ouvre sur « Carnivorous », morceau qui tente péniblement d’exploiter des sonorités arabisantes. S’articulant autour d’un riff de guitare très stéréotypé, la voix n’arrive pas à prendre sa place, les meilleurs moments du morceau étant les puissants punchs qui le ponctuent. Dès le second titre, on reviendra toutefois en territoire un peu plus familier avec un « That’s My Trouble » qui prendra une tangente plus rock et investira le type de rythmique un peu molle qui caractérisait le groupe à l’origine.

Il faudra donc attendre le troisième morceau avant que l’album décolle véritablement avec un la chanson-titre qui est assurément l’un des moments forts de l’album. On reste ici en terrain rock. Les harmonies vocales du refrain confèreront à la mélodie très accrocheuse une légèreté et une certaine richesse harmoniques qui redonneront du souffle à l’auditeur.

On continuera, lors des titres suivants, dans cette même lancée hard rock, pour, ensuite, enchaîner avec la très radiophonique « Cool Your Battles » et sa batterie qui martèle les temps, ses larges accords de synthétiseurs et son refrain classique constitué de « ouh ouh », nous faisant entrerdans un territoire résolument pop qui établira le ton pour la suite de l’album, et le rock bluesy étant définitivement mis en retrait.

Ponctué seulement par la balade « Sound of You », le reste du disque installera une pop aux accents rock qui s’avèrera d’intérêt variable et constellés de clichés comme « Speed of Light ». Nettement plus intéressante, « We’re Alive » sera traversée par un rythme et des harmonies de voix simple et efficace et « Gold » qui fera montre d’un riff de guitare un peu plus élaboré.

Love Is All You Love constitue un album plutôt inégal. Il met de l’avant les grandes qualités vocales de Russel Marsden et Emma Richardson. Ceux-ci arrivent à déployer quelques mélodies fort accrocheuses qui peuvent valoir le détour, malgré des compositions généralement très stéréotypées. C’est peut-être là ce qui manque à Love is All You Love : des interprétations un peu plus profondes, qui auraient donné un supplément d’âme à un album plutôt conventionnel.

**1/2

9 juillet 2019 Posted by | On peut faire l'impasse | , | Laisser un commentaire

Gia Margaret: « There’s Always Glimmer »

Gia Margaret avait fait ses premiers pas en 2014 avec un premier EP intitulé Dark/Joy. Suite à cela, l’auteure-compositrice-interprète venue de Chicago a continué de monter en puissance avec des prestations scéniques qui ne laissaient personne de marbre. Il faudra attendre quelques années pour que la musicienne publie son premier album intitulé There’s Always Glimmer sur lequel, au travers de ses douze compositions autoproduites, Gia Margaret reste dans une zone de confort pour lemoins attachante en nous offrant de sublimes ballades indie folk minimalistes et touchantes. Avec quelques relents slowcore et de petites touches électroniques discrètes, la native de Chicago sait nous émouvoir en ouvrant grand les portes de son jardin secret sur des morceaux à l’image du titre introductif nommé « Groceries » mais également des inspirations dignes de Marissa Nadler et de Sharon van Etten sur « Birthday » et sur « Goodnight ».

There’s Always Glimmer est un disque de rupture mais la qualité d’écriture de Gia Margaret ira élever un peu plus le niveau. Entre la ballade pianistique aux saveurs électroniques de « Smoke », la vaporeuse « In Normal Ways » en passant par les dépouillés « Looking » et « Exist », la magie opère à chaque seconde tandis que l’interprétation de la mamzelle nous laisse sans cesse sans voix. Le premier disque qui contient aussi d’autres perles comme « For Flora » et « Wayne » arrivera à nous faire relativiser sur le comportement humain grâce à ces ballades angéliques et riches en émotion.

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9 juillet 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Jane Weaver: « Loops In The Secret Society »

Jane Weaver a commencé à faire parler d’elle il y a une dizaine d’années avec son album The Fallen By Watchbird qui avait auguré d’un des parcours féminins et électroniques les plus riches et singuliers de l’ère moderne. La compositrice de Liverpool officie désormais depuis quasiment vingt ans, dans un registre qu’elle recompose et décentre au gré de ses expériences en studio. Jane Weaver est tantôt folk, psychédélique, rock. Elle habite un territoire électro où on a le sentiment souvent d’évoluer dans un futur proche, une succession de bandes son exotiques et passionnantes où affleure toujours une féminité sensuelle et en permanente recherche de vérité.

Loops In The Secret Society est venu d’une série de « lives » que l’artiste a donnés en s’imposant la contrainte de ne pas utiliser de bandes et donc de tout jouer en direct. Le défi est immense quand on connaît un peu sa manière de composer qui consiste à empiler les couches de musique et à assembler une structure monstrueusement compliquée et éphémère, autour d’un squelette ou d’une mélodie à deux doigts. Jane Weaver a profité de ces concerts pour revisiter des morceaux venus de toute sa discographie. C’est cette expérience que prolonge Loops In The Secret Society, un album aussi déroutant que somptueux.

La recomposition des morceaux leur donne une saveur nouvelle. Le ton est spatial à l’entame avec les grandioses « Element » et « Milk Loop ». Mais c’est l’incroyable « Arrows » qui donne le ton et la mesure du dépouillement à l’œuvre. La chanson est ramenée à sa plus simple expression : une voix d’ange, posée sur une pulsation élémentaire. Jane Weaver met un reverb sur sa voix et nous propulse dans une sorte d’outre-monde futuriste, nébuleux et nuageux. On a clairement ici le sentiment d’évoluer en apesanteur. Jane Weaver expérimente au point d’effrayer.

On pensera à Can et aux grands expérimentateurs. Le krautrock cotoye le spacerock mais aussi la synthpop (« Did you see Butterflies ») sans aucune trace d’effort. Avec ses 22 titres qui alternent les instrumentaux et les passages chantés, mais évoluent aussi dans des genres très différents, Loops in the Secret Society est un album roboratif mais aussi étonnamment homogène. « Mission Desire » fait office de tube à la Kraftwerk et fait le grand écart avec le quasi gothique et sépulcral « Found Birds ». La balade est prodigieuse et hypnotique. Il y a dans cette électro une vie propre, des parfums naturels (Majic Milk, par exemple, qui est à tomber) et biologiques qui émeuvent et transforment ce qui est d’essence technologique en un monument de sensibilité organique. Jane Weaver continue après quasiment deux décennies de musique à surprendre et à fasciner par sa capacité à animer des structures électroniques qui relèvent à la fois de la pop et de la musique classique. On marche dans les pas de Debussy, en même temps qu’on entend les machines qui respirent et discutent entre elles.

La musique de Jane Weaver s’adresse autant à ses fans de longue date qu’à ceux et surtout celles qui veulent découvrir une nouvelle facette des musiques électro, féminine et habitée. La musique de Jane Weaver donne parfois l’impression d’une culture scientifique, comme si on avait prélevé quelques cellules d’une partie de son corps et qu’on avait laissé le soin à des machines d’en assurer la croissance et l’éducation. La femme électronique. L’enfant louve, nourrie par des synthétiseurs. C’est d’une beauté sidérante et d’un charme troublant.

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9 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

The Cradle: « Bag of Holding »

Cela fait un petit bout de temps que Paco Cathcart qui officie sous le pseudonyme The Cradle poursuit son bonhomme de chemin. Le musicien natif de Brooklyn possède au moins plus d’une trentaine de sorties sur son Bandcamp et reste productif dans son coin. Le voici donc de retour avec un nouvel album intitulé Bag of Holding.

Finies les expérimentations qui lui sont propres, The Cradle a décidé d’opter pour des arrangements les plus épurés et organiques sur ce dernier opus. Il en résulte un disque indie folk orchestral où les compositions sont peaufinés à l’os telles que le titre introductif « Sweet Dreams » qui donne le ton mais encore « Rememberer’s Heaven » et « That Place Unique » où l’on peut trouver la patte de son éternel acolyte Sammy Weissberg qui signe les plus beaux arrangements.

Mais on ne sera d’ailleurs pas au bout de nos surprises car d’autres titres somptueux à l’image de « Holding and Holding » et « A Thought That Deletes » viendront compléter le tableau. Très loin de l’aspect abstrait auquel nous a habitué The Cradle, Bag of Holding qui comprend également la participation discrète de pas mal d’invités comme Lily Konigsberg de Palberta, Nina Ryser ou bien même Anina Ivry-Block est sans doute le plus bel ouvrage de son auteur depuis des lustres.

***1/2

9 juillet 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Kin Hana: « Au Sable »

Personne ne connaît réellement Kin Hana ; ce musicien de Brooklyn trace sa route de façon tranquille et nous offre toujours des disques émouvants et sensationnels. Cette année, Aaron Hodges présente un de ses plus beaux albums de sa discographie nommé Au Sable.

Pour ce disque, Kin Hana est parti à la rencontre de ses racines pour nous donner un aperçu des plus envoûtants. Le voyage débute avec un harmonieux et mélancolique « Wernechor » où son indie folk prend des allures spirituelles mais encore « The Mountain » et « Generations » qui valent leur pesant d’or.

Au Sable est une méditation musicale de la part de son auteur qui creuse un peu plus sur ses origines afin de nous faire frissonner comme jamais. On ne sera pas au bout de nos surprises car, à l’écoute d’autres perles comme « Johnny » et « Long Hair », on planera sans la moindre envie de redescendre de notre petit nuage. Au Sable est bien plus qu’une excursion musicale ; c’est une expérience spirituelle à laquelle chaque auditeur doit se prêter au jeu.

***1/2

9 juillet 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Sean Henry: « Fink »

Dans le rayon des nouvelles révélations bedroom-pop américaines, on peut citer le nom de Sean Henry. L’artiste nous vient tout droit de New York et a baigné dans des influences bedroom-pop et soft-grunge pour un résultat plutôt convaincant. Après plusieurs sorties sur son Bandcamp en format lo-fi, il passe au format studio avec son premier album nommé Fink. En dix titres, Sean Henry nous invite dans son univers faussement désinvolte mais riche en questions existentiels qui le tourmentent.

Du titre introductif nommé « Imperfection » à « Virgo » en passant par les implacables « Party Fiend », « The Ants » et autres « Gum In Hair », le new-yorkais va droit au but et remplit le contrat avec brio.

Même si il ne révolutionne rien dans le genre, on appréciera tout de même des morceaux où il s’ouvre à nous sur « Are We Alive? » ou bien même sur « No More Feelings ». Avec Fink, Sean Henry se fait une place timide mais sûre sur la scène soft-grunge américaine.

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9 juillet 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | , , | Laisser un commentaire

Save face: « Merci »

Save Face est un nouveau venu de la scène pop-punk américaine. Il s’agit d’un trio venu tout droit du New Jersey composé des membres Tyler Povanda (chant, guitare), Phil McGarry (guitare), Chris Aveta (basse) et Chris Flannery (batterie) et décide de frapper fort dès le départ avec leur premier album intitulé Merci, deux ans après leur premier EP.

Marchant sur les pas de Queen et Green Day pour le côté opéra, Merci se veut être un récit en musique d’un homme qui se remet sur pied après un passage en cure de désintoxication. Et bien évidemment, tout n’est pas toujours évident car la paranoïa et les sentiments négatifs reprennent le dessus tout au long de ces quatorze titres bien explosifs mais cohérents. Que ce soit sur « Bad », « Heartache » ou bien même sur « Jonesin’ », Save Face respecte la trame comme personne.

Entre emo et pop-punk, le quatuor du New Jersey sait rendre sa musique la plus visuelle qui soit afin que l’on puisse saisir le dénouement jusqu’au bout. C’est avec l’aide de cuivres et de cordes sur certains moments que Merci peut prendre des allures de mélodrame notamment sur « Mercy », « Nothin’ » ou bien même sur « Plans ». Cela peut sonner un peu pompeux à la longue mais Save Face parvient à se démarquer et à faire preuve d’originalité pour un « debut album  »qui sauve la face.

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9 juillet 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire