Damon Locks / Black Monument Ensemble: « Where Future Unfolds »

Membre de l’ex-formation punk/math-rock Trenchmouth, Damon Locks, s’est lancé il y a quelques années dans un projet solo, consistant à mélanger samples de discours des Civil Rights enrobés de boites à rythmes. Petit à petit, il s’est vu rejoindre par une troupe de danseurs de la compagnie Move Me Soul, de chanteurs issus du Chicago Children’s Choir, et  de musiciens, Angel Bat Dawid (clarinette), Dana Hall (batterie), propulsant Where Future Unfolds dans une nouvelle dimension, digne héritier de l’afro-futurisme d’un Sun Ra et d’une liberté digne du New York Contemporary Five.

La grande force de Where Future Unfolds est de piocher dans la grande histoire de la musique afro-américaine, pour un résultat qui dépasse toutes les attentes, mélangeant les genres pour offrir un album qui fait la jonction entre passé, présent et futur, habité par un militantisme plus que jamais nécessaire.

Enregistré lors rs d’une prestation à Chicago, Where Future Unfolds résonne comme le renouveau d’un genre en pleine explosion, l’afro-futurisme retrouvant ses couleurs originelles, pour sonner de manière aussi vitale et actuelle.

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Hollywood Vampires: « Rise »

Quand on sait que Hollywood Vampires est composé de Alice Cooper, Joe Perry et Johnny Depp, l’attention ne peut être que captée. n supergroupe qui attire l’attention. Après un premier album sorti en 2015, fait principalement de reprises, le trio se remet au travail ; cette fois-ci cette fois, il n’est pas question de copier mais bel et bien de créer.

Rise va donc permettre de voir ce que l’on peut attendre d’un projet aussi appétissant tant des ointures comme Alice Cooper ou Joe Perry n’ont plus rien à prouver. Reste, néanmoins à savoir si elles ont encore des choses à dire.

Le morceau d’ouverture « I Want My Now » balaie imédiatement tous les doutes. Le rythme entrainant et les guitares survoltées fonctionnent à merveille. Le groupe surprend par sa fraicheur et effectue une entrée en matière tonitruante.

Le reste ne faiblit pas et démontre que la formation est pleine de verve et de verdeur. Comment ne pas battre la mesure sur des morceaux enjoués et groovy tels que « The Boogieman Surprise » ou encore le refrain charismatique de « Who’s Laughing Now” » ? Même recette sur « Mr. Spider » où l’on ressent toute l’influence d’Alice Cooper et son penchant pour le rock théâtral.

Hollywood Vampires ne se contente pas que d’empiler les hits rock mais cherche également à varier le propos. De multiples interludes jalonnent le tracklisting et crée une atmosphère mystérieuse qui colle bien au groupe (« How The Glass Fell », « The Wrong Bandage ») avec ces moments de pause qui s’intercalent avec brio entre les compositions et les amorcent de belle manière.

Au chapite des suprises,la participationde Jeff Beck et John Waters sur « Welcome To Bushwackers » s’avèrera être un pari réussi, avec un blues déroutant d’efficacité. L’exercice de la reprise est encore utilisée mais ne fonctionnera, par contre, que sporadiquemt.

Si l’interprétation de « Heroes » par Johnny Depp sera une réussite, on ne pourra en dire autant des deux autres. « You Can’t Put Yours Arms Around A Memory » ne réussit guère à Joe Perry alors que « People Who Died » s’avère franchement qoporifique voire mortel. Malgré ces faux pas, Rise mérite toute l’attention qu’il a suscitée. Il permet de voir Hollywood Vampires sous un nouvel angle : celui d’un groupe qui a des choses à dire etqui est capable de créer des compositions de qualité. Bref, les vampires sont révéillés et bien vivants.

***1/2

Earth: « Full Upon Her Burning Lips »

Quel processus créatif peut bien utiliser Dylan Carlson pour trouver les titres de ces albums ? Il y a neuf ans pour la réédition de A Bureaucratic Desire Foe Extra Capsular Extraction, un opus fourmillant de six cordes barbares et des basses vrombissantes de Joe Preston. On pourra remettre le couvert avec le nouvel opus de Earth dont le titre, Full Upon Her Burning Lips, est tout aussi énigmatique, tout autant que son accompagnement musical fait de riffs hypnotiques et déliquescents.

On y entendra toujours la batterie d’Adrienne Davies dont le précision s’étire jusqu’à adopter cette rythmique indolente permettant à Dylan Carlson de retrouver la cosmogonie du blues. Le duo prend son temps avec ces phrases de guitare dispersées sur dix morceaux, sans que la note de trop se fasse ressentir. Les effets de distorsion semblent légèrement en retrait et laissent place à un étrange effet audio qui tire cla musique vers des fréquences suffisamment graves pour procurer quelques sensations caverneuses. Allez savoir pourquoi, ensuite, la lente désagrégation des trois minutes et vingt secondes de « Exaltation of Larks me » pousse toujours dans une intense rêverie quand on la digère.

Ainsi, Dylan Carlson et Adrienne Davies ont resserré le propos jusqu’à son extrême simplicité ; un riff et un rythme. C’est probablement leur disque qui s’aventure le moins dans les bourdonnements atmosphériques et, temps aidant on goûera ces quelsues écoutes parce que, précisément, elle nous font prrendres conscience de la décomposition dudit temps.

***1/2

Big Bend: « Radish »

Nathan Phillips, l’homme derrière Big Bend, s’inspire, pour créer, de son quotidien ; e de son boulot dans un café, laissant les mélodies de la radio du bar s’imprégner en lui pour les chantonner discrètement lorsque les clients ne le regardent pas, et improviser pendant les silences. Radish est le premier album de Big Bend où Phillips se risque à chanter. Et on se demande pourquoi il ne l’a pas fait plus tôt ; sa voix douce n’est pas sans rappeler le Mark Kozelek des débuts, avec davantage de retenue. Lui qui s’était auparavant illustré au sein d’une musique instrumentale beaucoup plus proche d’un minimalisme gorgé d’un psychédélisme assez abrasif, le voici à présent à écrire des chansons calmes, aux sonorités douces, qui développent un écosystème passionnant – les instruments respirent, les timbres s’invitent et puis repartent…

On pense parfois à un Mark Hollis aux arrangements plus luxuriants. Radish se ressent avant tout comme une expérience de studio. Nathan Phillips, semble avoir envisagé les différents segments de son album au cours de sessions studio séparées les unes des autres (par groupes de 4 musiciens à la fois, si on en croit les infos à disposition), ce qui est à la fois super et frustrant. Exemples: « Swinging Low » et « Four », qui font intervenir la violoncelliste Clarice Jensen et le gourou new age Laraaji (avec un sample vocal de la mère de Nathan, chanteuse d’opéra, sur la première des deux pistes), laissent bien deviner qu’il s’agit de parties coupées de sessions bien plus longues. Et si ce sont deux morceaux superbes, on assiste à regret à l’arrêt prématuré de « Four », qui développait une stase parfaitement reposante, qui aurait bien pu durer 10 minutes de plus, et qui se voit obligée de conclure brusquement.
Mais il s’agit là de plaintes secondaires ; s’il est vrai que Radish peut laisser par moment l’impression d’un patchwork de sessions différentes (cas étrange de ce « 12′ – 15 », brève pièce électroacoustique contemplative avec Susan Alcorn, fort belle mais curieusement placée entre deux chansons « pop » qui auraient tout aussi bien pu se suivre), chacun de ces segments est d’une beauté paisible qui réchauffe l’âme.

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