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Hot Chip: « A Bath Full of Ecstasy »

Pour peu que cela soit encore nécessaire, « Melody of Love », premier extrait de A Bath Full of Ecstasy, fait la démonstration qu’après 19 ans, Hot Chip n’a encore rien perdu de sa mélodique touche. Tout y est, la voix angélique d’Alexis Taylor, le refrain qui tourne en boucle entre nos deux oreilles sans vouloir s’arrêter, étourdissant et addictif. Valeur sûre de la pop britannique, le quintette a recours, pour la première fois en sept albums, à l’avis extérieur de deux réalisateurs d’expérience, Rodaidh McDonald et le regretté Philippe Zdar, qui poussent encore plus le son du groupe au milieu du dancefloor.

Ainsi, « Hungry Love » s’écoutera comme un hommage au house de Chicago des années 1990, Positive évoque les bombes des Pet Shop Boys, la magnifique « Why Does My Mind » progressera doucement dans une symphonie de synthétiseurs aux mille couleurs, bijoux de pop dansante qui font oublier les plus douces et désincarnées « Bath Full of Ecstasy » et « Echo » au milieu d’un album qui s’avère être le plus accessible de la discographie du groupe.

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25 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Bedouine: « Bird Songs of a Killjoy »

Bedouine avait charmé avec un premier opus teinté d’indie-folk onirique ; elle tente de récidiver aujourd’hui avec un Bird Songs of a Killjoy dans lequel la chanteuse et musicienne d’origine arménio-syrienne nous propose douze nouvelles compositions radieuses et voyageuses qui prolongent le périple entamé deux ans plus tôt.

A l’écoute des enivrants « Under The Night » qui ouvre le disque mais encore d’autres perles de la même trempe à l’image de « Sunshine Sometimes » qui suit, « One More Time » et « Matters of The Heart » on fera comme plonger dans la discographie de Nick Drake, Joni Mitchell ou bien même du regretté Leonard Cohen mais avec la grâce californienne qui va avec.

Son indie folk teinté de soft-rock californien du début des années 1970 qui habille les sublimes arrangements de la triptyque « Bird », « Bird Gone Wild » et « Hummingbird » sans oublier sa bouleversante interprétation ira bercer plus d’un. Même lorsqu’elle entreprend des allures jazzy sur le somptueux « Dizzy », Bedouine étonne plus d’un en allant chercher vers des sonorités music hall pour un résultat éblouissant tout comme sur la conclusion complètement rêveuse intitulée « Tall Man » qui nous mettra sur un petit nuage.

Comme pour son album précédent, Bedouine continue ses péripéties toujours aussi passionnantes avec une pointe de douceur et de mélancolie qui se profile pas loin. Avec Bird Songs of a Killjoy toujours aussi orchestral, elle reste dans sa lignée sans jamais tomber dans la redondance et c’est à cela que l’on reconnaît la grâce.

***1/2

25 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Bastille: « Doom Days »

Deux ans après le généreux Wild World, le projet de Dan Smith revient à la charge avec, pour un nouvel opus qui nous laisse une impression mitigée. En 2013, non avait fait connaissance avec un Bastille qui apparaissait comme un vent nouveau dans le paysage pop-rock britannique avec Bad Blood, un premier disque fédérateur et produit avec une certaine finesse. Wild World, sorti près de trois ans plus tard, a engendré ce qui reste à ce jour la plus grosse tournée de Bastille.

Tout ce que proposait cet album semblait déjà poussé à son maximum ; la production, l’écriture des morceaux, la structure. N’arrivant pas à la hauteur du premier opus, l’album s’est vite perdu dans dans la maudite comparaison. Même si quelques titres demeurent franchement réussis, Wild World a invoqué, avec le recul, comme un sentiment de lassitude. Qui perdure d’autant plus aujourd’hui.

On tient déjà peut-être là le premier souci de Doom Days – c’est qu’il marche bien trop dans les pas de ses prédécesseurs, sans vraiment proposer quelque chose de nouveau. « Bad Decisions », « Million Pieces », ou encore « The Waves »… Les 11 morceaux qui composent ce troisième chapitre ne dessinent rien de bien neuf à l’horizon, si ce n’est la confirmation du talent d’écriture de Smith mais cela ne suffit pas.

En effet, même si on peut noter le ton toujours aussi chavirant du musicien et une voix qui sait toujours autant porter le projet, on peut trster de marbre face n la dimension « conceptuelle » quelque peu redondante du projet (chaque album est crédité comme un long métrage) respectée ici avec un disque qui retracerait le déroulement d’une nuit.

Visuellement, les clips sont toujours aussi léchés, l’esthétique globale du disque est dans la parfaite lignée deux précédents. Mais en choisissant de ne pas vraiment innover, le groupe se complait dans une facilité instrumentale mainstream qui est de plus en plus déconcertante – malgré quelques moments au-dessus du lot, entre autres l’effervescence trap « Doom Days” »ou l’élégant « 4AM » avec un saxophondu plus beau cru. Dans un dernier instant lumineux (« Those Nights », suivi de « Joy » et ses chœurs élégiaques), le disque se terminera sur une note certainement optimiste mais mais elle ne parviendra pas à occulter ces Doom Days, jours sombres tels qu’ils sont annoncés et énoncés.

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25 juin 2019 Posted by | On peut faire l'impasse | | Laisser un commentaire

Rafael Anton Irisarri: « Solastalgia »

Rafael Anton Irisarri est l’un des noms les plus remarquables de la scène ambient depuis les années 2000. Chantre d’une musique sobre et cinématique, l’Américain, par ailleurs boss du studio new-yorkais Black Knoll, nous propose ici un opus fidèle à son art exigeant.

Irisarri découpe cet album en six plages puissantes, au son extrêmement intense. Solastalgia porte pleinment le concept éponyme développé par le philosophe Glenn Albrecht, à savoir un sentiment de détresse face aux changements climatiques et au désastre environnemental. Ode à la nature sauvage et aux grands espaces, Solastalgia est un opus profond, brillamment illustré par le clip de « Coastal Trapped Disturbance », tourné en Islande par Sean Curtis Patrick. La musique nous entraîne dans un monde organique mystérieux et déroutant, à la fois lumineux et sombre. La clarté s’impose, mais se heurte à des incursions noisy maîtrisées, renforçant le sentiment d’être confronté aux éléments bruts.

Quelques motifs dark surgissent donc (« Decay Waves »), mais s’envolent assez rapidement, car l’ensemble reste néanmoins résolument optimiste. Sans forcer son talent, Irisarri propage une certaine quiétude grâce à des nappes élégantes, émaillées de drones denses, tout en conservant un schéma crescendo/decrescendo jouissif (« Black Pitch »). Il nous alerte sur la catastrophe écologique en jouant avec nos émotions et, par l’intermédiaire d’une production solide, nous implique totalement dans le processus d’écoute, une forme de deep listening abouti (« Kiss all the Pretty Skies Godbye », évoquant Alio Die). Les sources sonores étant traitées avec soin pour tisser des textures fortes et dynamiques, le musicien nous fait quitter notre morne quotidien en diffusant une magie hypnotique. Irisarri prouve une nouvelle fois que l’ambient peut être une musique habitée, malgré un propos foncièrement minimaliste. Une beauté pure émerge de ces trente-huit minutes de sonorités délicates, et on aurait tort de s’en priver.

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25 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Grace Acladna: « Phonophobia »

Ce nouvel opus, de Grace Acladna, est un véritable coup de foudre. En une poignée de titres la jeune anglaise réussit à rendre la musique mainstream terriblement addictive, de par sa capacité à intégrer dans sa production des éléments subtilement expérimentaux, alternant les atmosphères avec une liberté ensorcelante, du très enjoué « When I Saw You » en passant par un dubby « Brain Crush » aux intonations jazzy, nous perdant dans des zones brumeuses aux coulures UK Garage ambient sur « Fuming », prenant la direction d’un dancefloor cyber issu de Mille et Une Nuits déviantes avec « If You Want », pour finir avec le très trip hopien « Apnea », que n’aurait certainement pas renié un certain Tricky.

On l’aura compris, Grace Acladna laisse parler sa personnalité, nourrie de musique au sens large du terme, déployant tout un arsenal d’ambiances de prime abord éclectiques, dont le point commun est sa voix captivante reliant l’ensemble merveilleusement.

Phonophobia révèle une artiste qu’on espère voir continuer de grandir et murir, débroussaillant le monde avec la même envie qui semble l’habiter tout le long de cette parution au parti pris résolument ancré dans notre époque.

***1/2

25 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire