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Tant qu'il y aura du Rock!

Silversun Pickups: « Widow’s Weeds »

Jusqu’à présent, aucun des disques du combo de Los Angeles n’a déçu ; et dès que « Neon Wound » démarre ce Widow’s Weeds on se met à penser qu’il va en être de même pour ce cinquième opus.

Celui-ci va, en effet, dérouler tranquillement 47 minutes d’un rock indé alternatif qui est plus pop, moins acidulé que les précédents. Cependant, le talent de composition et le sens de la mélodie qui fait mouche sont, eux, intacts et les guitares sonnent toujours aussi bien.

Parmi les autres morceaux-phares du disque citons « Songbirds », « We are Chameleons », « Straw Man » et le  « single » « It doesn’t Matter why ». En sachant que le reste se situe juste un petit cran en-dessous, mais mérite largement d’être écouté en boucle, il ne restera plus qu’à se replonger dans l’intégralité des autres opus de ce groupe bien trop sous-médiatisé.

***1/2

23 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

The Breath: « Let the Cards Fall »

Rioghnach Connolly et Stuart McCallum sont Britanniques, Irlandaise pour la première et sa voix translucide, de Manchester pour le guitariste (aussi à l’œuvre dans The Cinematic Orchestra) et qui, ici, économise ses notes pour ne délivrer que les plus douces. Comme pour son premier album il y a 2 ans, le duo s’est entouré d’amis musiciens pour donner davantage de reliefs à leurs compositions, un batteur et un bassiste tout en discrétion et un pianiste tout en légèreté.

On l’aura compris, The Breath est un souffle, une bise, une respiration. Tout en retenue et en délicatesse, le groupe explore la beauté des molécules d’air en piochant dans ses origines (le côté celtique de « Hide Out »), en usant de sa tessiture et polissant chaque seconde pour la transformer en coussin ouatée.

Let the Cards Fall incte à ne pas quitter son cocon à se laisser tenter par une simple contemplation béate, une dégustation sonore… et tant pis si on se rendort.

***1/2

23 juin 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

The Raconteurs: « Help Us Sranger »

Un an après le difforme album solo Boarding House Reach, Jack White revient à ses premières amours blues rock en réactivant le groupe The Raconteurs pour un premier album en onze ans. Avec Help Us Stranger, aucune prise de tête, pas de dérapages de synthétiseurs ni de boîtes à rythmes : que du bon rock vintage dont les compositions, coécrites par White et le guitariste-chanteur Brendan Benson, font encore allusion aux classiques de Led Zep et de The Who.

Un peu simple, pourrait-on penser. C’est même, sur le plan musical, anti-original. On ne boudera pas notre plaisir pour ça ; ces douze nouvelles chansons ont toutes leurs qualités propres, de la beatlesque ballade « Only Child « au furieux rock anti-réseaux sociaux « Don’t Bother Me » propulsé par la puissante section rythmique de Patrick Keeler (batterie) et Jack Lawrence (basse), en passant par la « power ballad » blues « Somedays (I Don’t Feel Like Trying) « ou la superbe et solennelle « Thoughts and Prayers » qui clôt ce troisième album sur une note bluegrass.

***1/2

 

23 juin 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Max Santilli: « Surface »

Édité dans la collection « International » du label Into The Light Records, ce premier album solo de Max Santilli repose sur des archives d’enregistrements à domicile réalisés entre 2016 et 2018 avec guitares, synthés et instruments acoustiques.

Surface est un disque légèrement différent de l’album Scenes que le multi-instrumentiste australien a enregistré il ya un an avec Jacob Fugar dans le duo Angophora. Moins d’instrumentation électronique, une dimension baléarique toujours présente, mais dans une atmosphère où prédominent les instruments et percussions traditionnelles dont joue Santilli.

il y a beaucoup de douceur et de sérénité dans ces plages ensoleillées par la guitare (« Watching », « Crossoveer »).

 

On y trouvera des réminiscences d’autres multi-instrumentistes, tels que Mickey Hart ou Nana Vasconcelos (« Vision »), un rappel aussi des plages ethno-ambient de Robert Rich (« Crb »).  Et on appréciera un univers minimaliste lo-fi  qui enchantera par la simplicité et l’émotion qu’il dégage.

***1/2

23 juin 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | , , | Laisser un commentaire

Enablers: « Zones »

Enablers ne reste jamais inactif très longtemps. Partageant son temps entre le studio et la scène, le quatuor américain refaisait parler de lui en fin d’année dernière avec un titre de 17 minutes composé à distance, qui annonçait un nouvel album à venir. Nous y sommes : Zones se laisse imprégner de l’affection que ses auteurs portent à l’improvisation et aux expérimentations musicales diverses. Pas de dépaysement donc puisque post rock, noise rock et spoken word s’unissent une nouvelle fois à merveille tout au long de ces neuf titres accidentés, libres comme l’air, et sans conteste les plus chaotiques de sa discographie.

Soutenues par les rythmiques équilibristes de Sam Ospovat, les guitares mélodieuses et/ou bruitistes du duo Kevin Thompson/Joe Goldring tissent alors un grand filet dans lequel le charismatique et habité Pete Simonelli jette en toute confiance sa poésie parfaitement écrite et articulée. Complexe en filigrane, notamment pour le tout-venant peu familier à son habileté tortueuse (« Cha Cha Cha », « Squint »), la musique du quatuor s’applique – malgré ses humeurs changeantes – à rester audible et compréhensible (« Furthermore »), séduisante même parfois (« Goon Seat », « Broke) ».

C’est grâce à cet équilibre parfait, atteint à chaque album, qu’Enablers dessine une suite d’ascenseurs émotionnels qui déposent l’auditeur avec, en fin de course, la sensation d’être plus vivant que jamais. En attestent « Bill, in Consideration » et » In McCullin’s Photograph », deux incarnations parfaites de l’identité unique et exigeante du groupe, solide ambassadeur d’une musique qui, après s’être longtemps jouée des étiquettes réductrices, n’accepte plus désormais que celle de moyen d’expression.

***1/2

23 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

She Past Away: « Disko Anksiyete »

Lorsque l’on essaie de décrire la musique de She Past Away, on pense aux paysages hivernaux, aux couleurs grisâtres, à la mélancolie. Aussi l’annonce de la sortie d’un troisième album pendant la période estivale semblait-elle quelque peu antinomique, à moins que cela ne soit synonyme de changement ? Quelques indices pouvaient le laisser penser, le départ du bassiste du groupe, une signature sur Metropolis Records pour la distribution nord-américaine et pour la première fois, de la couleur sur la pochette de ce nouvel album Disko Anksiyete.
Que les fans de la première heure se rassurent, le mélange de post-punk synthétique et de goth qui a fait le succès du groupe turc n’a pas disparu, mais l’influence de la wave s’est considérablement renforcée. Le tournant plus électronique se note dès l’ouverture entièrement instrumentale et se confirme sur « Durdu Dünya ». L’enchaînement avec « Disko Anksiyete » et Izole est imparable : She Past Away démontre sa capacité à écrire des tubes pour dancefloors goths, toujours empreints d’une tristesse presque palpable. Les machines et claviers s’imposent sans pour autant que le groupe ne perde son âme, notamment grâce à la voix caverneuse de Volkan Caner qui fait toujours son petit effet.

Malgré des qualités évidentes, ce troisième opus a le même défaut que ses prédécesseurs : un certain manque de variation qui rend parfois les morceaux difficiles à distinguer. Belirdi Gece (2012) et Narin Yalnizlik (2015) souffraient d’une certaine monotonie qui, même si elle avait son charme, pouvaient être lassante au fil des écoutes. Sur Disko Anksiyete, ce défaut se retrouve surtout sur la deuxième partie de l’album, un peu moins efficace que la première, et plus particulièrement sur les morceaux les plus lents où She Past Away ne parvient pas à emporter complètement. Malgré sa superbe ligne de guitare, « Ağit », le titre final, n’atteint pas la beauté hypnotique d’un « Hayaller? ».
Disko Anksiyete ne constitue donc pas un tournant radical pour She Past Away, il explore simplement le versant plus électronique de la musique du groupe tout en conservant sa mélancolie glacée. Nul doute qu’il sera un excellent remède à la chaleur des nuits caniculaires.

***1/2

23 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Norm Chambers: « Air Example »

Norm Chambers ne s’est pas fait connaître dans les années 80 sous le pseudo de Jürgen Müller, car son album d’évocations subaquatiques plein de bulles et de bleeps (réédité à sa juste valeur en 2011) n’a jamais convaincu en son temps les producteurs de documentaires sur les merveilles des fonds marins. On le retrouve depuis les années 2010 toujours vert et prolifique sous le pseudo de Panabrite ; mais c’est sous son vrai nom que l’artiste publie ses expérimentations récentes les plus intrépides.

Un Idea Region inouï et séduisant, sorti l’an dernier, mêlait des sons concrets à des nappes d’orgues et de synthé rappelant les grandes heures de la kosmische Musik et de la new age.

Il va encore plus loin avec Air Example, aboutissement d’un travail de deux ans, où des captations de bruits, d’objets, de percussions liquides et répétitives s’enchaînent à la manière des cycles d’un marimba cristallin (« Circle », « Carillion »).

La musique fourmille de sons vivants, de trames dub (Papillon), textures imprévisibles, voix vocodérisées (« Optimal Point) ». L’ensemble rappelle les expérimentations de synthèse modulaire de Benge, l’électronique aventureuse d’Atom Heart ou les sonorités exotiques de Wolf Müller.

Air Example réunit ainsi 12 compositions épatantes, autant d’exemples de mondes mystérieux qui s’ouvrent comme si l’air lui-même nous était révélé, au-delà de sa transparence, sous un microscope, dans l’infiniment petit des particules, bactéries, spores, tressautant eux-mêmes sous les maillets d’un immense gamelan stratosphérique.

***1/2

23 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

YONAKA: « Don’t Wait ‘Til Tomorrow »

Si YONAKA réussissent leur pari, ils auront écrit un conte de fée pour aspirants pop stars. L’histoire de jeunes passionnés qui se sont donnés les moyens de monter au sommet des charts et de jouer sur les plus grandes scènes du monde.
Ce quatuor est animé d’une énergie folle et témoigne d’une attitude punk et arty à la Yeah Yeah Yeahs, une mise en danger permanente sur scène sans rien lâcher sur la qualité du jeu ou du chant.
Ils ont tourné, en effet, avec Frank Carter And The Rattlesnakes et Bring Me The Horizon, ce qui ne pouvait que donner une indication quant à la suite de leur carrière. De retour en studio, c’est un autre groupe, celui qui a de l’ambition et un goût étrange pour l’auto-tune dont on à très vite peine à se remettre.


Produites et enregistrées par leurs soins, leurs chansons prennent un virage ultra pop. En voulant canaliser leur énergie et partager un message sur la confiance en soit, leur album arrive au croisement entre les Spice Girls et Garbage (« Fired Up ») tandis que « Guilty (For Your Love) » pourra être l’aveu assumé de cette direction artistique. Le morceau est dépouillé de tout ce qui fait un son rock, à part la batterie qui peine à se faire entendre. Avec une telle énergie, le groupe aurait pu être une version en bonne santé/bien élevé de la nouvelle scène rock enragée britannique (IDLES, Slaves…) mais il n’en est encore rien.

***

23 juin 2019 Posted by | On peut faire l'impasse | | Laisser un commentaire

black midi: « Schlagenheim »

Régulièrement, la Grande-Bretagne nous offre une petite pépite encore brute, entourée de mystère, OVNI inclassable qui gravite parfois très brièvement et aujourd’hui, la nouvelle énigme londonienne se nomme black midi dont le moins que l’on puisse dire, c’est que ce projet est excitant et déroutant.
Tout commence avec un concert enregistré dans les studios de la radio KEXP ; ;la prestation des quatre jeunes Londoniens interpelle et les vues se multiplient sur la toile. Ils deviennent ceux qu’on attend, ils intriguent la presse spécialisée et restent pourtant dans un quasi mutisme, délivrant au compte-goutte les informations sur les réseaux sociaux. Ceux qui ont eu la chance de les voir en live ces dernières semaines auront pu le constater : les quatre kids déploient une énergie surhumaine, font preuve d’une décontraction et d’une maîtrise scénique assez ahurissante, ce qui n’a pas manqué d’attirer l’attention, notamment lors du festival de défricheurs The Great Escape à Brighton en mai dernier. Dernièrement, les mythiques Rough Trade Records annonçaient sortir Schlagenheim, preuve ultime de l’intérêt pour les quatre musiciens.

Néanmoins, si leurs concerts dégagent une spontanéité surréaliste, le trait de génie réside bel et bien dans le fait d’avoir réussi à le retranscrire sur disque ; le son de Schlagenheim s’est certes enrichi de quelques instruments difficilement transposables en « live » mais il n’en demeure pas moins que l’on retrouve toute l’énergie délivrée lors de leurs prestations. Enregistrés en à peine cinq jours, les neuf titres forment un condensé enfin dévoilé de ce que donnent black midi en album.

On commence d’emblée, avec « 953 », sur un math-rock noisy alors qu’arrive cette voix nasillarde si distinctive, digne d’un groupe de prog des années 70. Césures rythmiques, fraîcheur, dimension grandiloquente indéniable, narration un brin décalée (« bmbmbm »), il est toujours compliqué de définir quelle direction prendra l’album et c’est ce qui le rend si unique. Aucun titre ne se détache des autres (même si l’enchaînement « Of Schlagenheim/bmbmbm » est tout bonnement incroyable), l’intensité ne décroît à aucun moment, aucun instrument ne prend le dessus sur un autre et le chaos et la folie (comparable à Devo ou encore, plus récemment, à Sunset Rubdown dans une certaine mesure) sont divinement maîtrisés.
Schlagenheim vient donc clore la question qui brûlait les lèvres de tous les férus de musique : black midi ne sont pas qu’une hype sur le papier. Ils réinventent le rock à guitares, style éculé s’il en est, surtout au Royaume-Uni. Leur musique est protéiforme, leur créativité et leur inventivité leur permettent une mise en lumière parfois compliquée dans la profusion de nouveautés que l’on a à disposition.

***1/2

23 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Plastic Mermaids: « Suddenly Everyone Explodes »

The Flaming Lips, Mercury Rev, MGMT, Grandaddy , Spiritualized, The Streets, Polyphonic Spree, Super Furry Animals… On met tout ça dans la même bouteille, on secoue bien fort, on tourne le bouchon sans laisser reposer et on se retrouve éclaboussé par tout ce qui fait l’essence des Plastic Mermaids avec et un album truc fun, malin, un peu drogué et surtout, totalement incontrôlable.

Car Suddenly Everyone Explodes est un véritable feu d’artifice. Au départ, on ra droit à cinq jeunes insulaires de l’île de Wight. Avec parmi eux, les frères Richards – Douglas et Jamie – qui se partagent la voix et les synthés, les deux allumettes et éléments clés de l’univers en kaléidoscope, elfique et parfaitement (néo)psyché des Plastic Mermaids. Leur force ? Habiller le tout avec des machines et des dizaines d’instruments qu’ils entreposent chez eux depuis des années (ce côté « bricoleurs »), mais aussi avec des chœurs qui propulsent certains passages vers des territoires inespérés, et hallucinés.

On pense notamment à Jason Pierce, ce petit miracle « space pop » tout en spokenword ludique et ces mêmes effets après le break céleste de 1996, l’un des « singles » de ce premier album que les Plastic Mermaids auront mis cinq ans à enregistrer (après une poignée d’EPs qui valent aussi le détour). Ça s’est passé dans une grande cabane, celle-là même dans laquelle les frères Richards jouaient lorsqu’ils étaient gamins. Un Abbey Road en pleine nature. Parfait pour jouer aux petits sorciers, et mettre en boîte ce qu’ils considèrent comme un disque « folkadelic » et orchestral.

Sans jamais véritablement viser le juste milieu, les Plastic Mermaids tapent régulièrement dans le mille (« 1996 », « Floating in a Vacuum », « 10 000 Violins Playing Inside an Otherwise Empty Head », « Milk », « Yoyo », et « I Still Like Kelis » écrits au lendemain d’un concert de Grandaddy auquel ils avaient assisté), tout en brouillant les pistes. Exit les algorithmes, les choses biens rangées là où il faut, la liberté des Plastic Mermaids est totale. Au risque, parfois, d’en faire un peu trop. Mais peu importe, ce Suddenly Everyone Explodes est une petite pépite incandescente de « debut album ».

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23 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire