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Tunng: « This is Tunng… Magpie Bites And Other Cuts »

Pionniers de la folktronica au début des années 2000, Tunng restent à la tête d’une discographie passionnante comptant six albums et au moins de deux micro-tubes indie, les inoxydables Hustle et Bullets. Un temps en sommeil, Tunng connaîssent un regain d’activité depuis que Mike Lindsay et Sam Genders, ses fondateurs, se sont rabibochés. Après le très réussi Songs You Make At Night sorti l’an dernier, le groupe revient avec une compilation de Faces B, chansons bonus et autres raretés remastérisées avec soin.
This is Tunng… Magpie Bites And Other Cuts, donc. Vingt titres au compteur et un joyeux patchwork qui n’est pas sans rappeler les chansons de Tunng elles-mêmes. Un collage d’apparence foutraque mais en réalité extrêmement minutieux de guitares acoustiques passées au laptop, de boucles électroniques et de samples variés. Le tout enrobé de crépitements électroniques et autres bruits étranges. Le résultat : des ambiances à la fois intimistes, organiques et mystérieuses résolument ancrées dans le 21-me siècle. Mais c’est aussi la fragilité et la délicatesse du songwriting qui rend la musique de Tunng si attachante.


C’est à cette même balade, aux confins du folk et de l’electro, que nous convie encore le groupe avec cet album pêle-mêle. Pourtant, loin de sonner comme une compilation fourre-tout rapidement rassemblée, ce This Is Tunng… Magpie Bites And Other Cuts pourrait tout à fait passer pour un album (relativement) cohérent. Car on est frappé, à l’écoute de ces titres réalisés au cours d’une période s’étalant de 2004 à 2018, par la consistance sonique remarquable dont font preuve Tunng depuis leurs débuts. Les morceaux témoignent d’une vraie vision artistique qui semble étanche aux modes éphémères, tout en sonnant follement actuelle. Autre tour de force : on ne trouve rien à jeter parmi ces vingt raretés. On y repère plutôt plusieurs perles sauvées de l’oubli : « Heatwave », « The Pioneers », « Bodies », « Mapie Bites », T »he Raven Flies », « Weekend [In The Cabin] », « Pool Beneath The Pond »
Au final, ce This Is Tunng… Magpie Bites And Other Cuts est une excellente surprise. L’album dévoile un tableau réjouissant, composé de chansons aux idées foisonnantes, et qui montre toute la profondeur du talent du groupe. La preuve aussi, si besoin en était encore, qu’en matière de Folktronica, Tunng en est un des patrons.

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21 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Haythem Mahbouli: « Catching Moments In Time »

Le projet d’Haythem Mahbouli, compositeur tunisien vivant à Montréal révèle des accointances entre néo-classique et musiques électroniques. Centré sur un travail au piano, son premier album se déploie sur une durée d’une heure et, comme souvent avec ce registre musical, va rapidement chercher l’émotion de l’auditeur.

C’est ainsi que, dès le titre d’ouverture (le bien nommé « Catching The First Moment »), le compositeur incorpore cordes et vocalises féminines pour atteindre et attendrir son public. Plus loin, la conjonction des touches répétées de piano et de notes tenues des instruments à cordes (« Transition »), ces mêmes instruments à cordes montant vers une apothéose (Birth) ou les poussées de ces éternelles cordes (dans un schéma trop proche des musiques de films, dont on ne sera pas étonné d’apprendre que le Tunisien en compose) sur le caudal Catching The Last Moment visent assurément à la même efficacité.

Plutôt que ces procédés un rien trop voyants ou évidents, on préfèrera quand Haythem Mahbouli opte pour des approches moins immédiates, à l’image de « And Miles To Go Before I Sleep » et sa progression savamment distillée (les frémissements électroniques cédant la place aux cordes qui, elles-mêmes, laissent la fin du morceau à des samples parlés), de « Loss » avec ses éléments synthétiques entre souffles et bruissements superposés aux cordes ou encore de « Moments That Remain » et ses touches de clavier ouatées. Assurément, et cet album le prouve à nouveau, ce registre néo-classique n’a rien à gagner à aller vers la surenchère et la facilité.

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21 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Tomotsugu Nakamura: « Monologue »

Depuis son deuxième album, paru en 2014, Tomotsugu Nakamura est considéré comme un musicien allant de l’ambient à la folktronica, en passant par du piano épuré et quelques bruitages et claquements, bref un artiste pas forcément facile à cerner. Avec son quatrième album le Japonais opte pour un positionnement plus clair, convoquant, sur les onze morceaux d’un long-format qu’Audiobulb sort uniquement en format digital une même guitare acoustique. Dénudée, chargée d’arpèges et de notes isolées, la six-cordes trône ainsi en majesté sur un album où Nakamura l’accompagne uniquement de petits bruitages ou de quelques rares notes de piano.

L’atmosphère évidemment méditative et contemplative qui en résulte dit bien la volonté du Japonais d’instaurer un dialogue avec la nature (nonobstant l’intitulé de l’album, en forme de faux-ami).

 

Malheureusement, on finit, peu à peu, par s’ennuyer un peu à l’écoute de Monologue, la forme d’ascèse très ostentatoire virant au système, ne laissant qu’affleurer des éléments autres qui auraient certainement autorisé les morceaux à prendre des dimensions plus intéressantes.

Pour être tout à fait honnêtes, il nous faut reconnaître qu’au milieu de ce format acoustique, à la guitare en bois en sautoir, la présence d’un titre uniquement interprété au piano (« Violet ») permet de rompre ce continuum un peu plat. De même, force est de constater que la seconde moitié de Monologue laisse une part un peu plus consistante aux traitements des notes de six-cordes et autres petites perturbations électroniques, comme aux apports acoustiques judicieusement croisés avec ces dernières (les cordes de « Open Beautiful) ». Mais, au total, cela fait peu et, en tout cas, pas suffisamment pour faire dépasser à ce nouvel album de Tomotsugu Nakamura le stade de l’anecdotique.

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21 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Two Door Cinema Club: « False Alarm »

Le trio Irlandais est de retour avec un quatrième album, False Alarm, près de trois ans après Gameshow. Alors que leur deux premiers disques avaient été salués par la critique et ont également été des succès commerciaux et après avoir dévoilé trois « singles » et repoussé de sept jours la sortie de leur album, Two Door Cinema Club fait enfin sonner l’alame pour ce nouvel opus.
Le très funky/disco « Talk « est à l’image du groupe : électro pop et élégant. L’ADN du groupe y est bien représenté et ça fonctionnne. Le combo est, d’ailleurs, bien dans sa lancée et les morceaux de ce nouvel album sont imprégnés de son énergie, et donnent envie de sourire et taper du pied. Ainsi,« Dirty Air » et « Satisfaction Guaranteed » (qui traite de notre relation avec les réseaux sociaux) ont de solides accroches et invitent à venir danser.

A contrario, des titres tels que « Satellite » et « Once » présenteront un nouveau Two Door Cinema Club, différent de tout ce que nous avons pu entendre, voyageant entre Glass Animals, Phoenix et Tame Impala.
Tout au long de l’album, le chant d’Alex Trimble s’incarnera en toute volupté en s’adaptant aux différentes tonalités, allant de légèrement tamisé sur « Think » à une voix de tête maîtrisée sur « Already Gone ». En se positionnant dans cette ligne de mire, False Alarm arrive comme un risque certes, mais un risque rafraîchissant.
Cet album est un album unique dans la mesure où il divise le son du Two Door Cinema Club en deux, de la même manière qu’il divise les opinions. Si le travail consistait à créer un nouveau son aventureux pour mener à bien une transformation en devenir depuis Gameshow, alors le trio a assurément fait le travail. False Alarm est un album de régénération audacieuse et agressive qui ne manque pas même si il ne révoluttonnera pas le genre de l’électro pop.

***1/2

21 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire