No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Ulver: « Drone Activity »

Ce combo ses ingularise par une collaboration avec Sunn O))) mais ses compositions sont minimales et elles peuvent expliquer le virage progressif pris par Ulver qui, depuis le milieu des années 2000, est passé du Black Metal à l’ambiant et l’électronique. Ainsi, dans la musique du groupe, il y a des battements, des errements et du vide, elles permettent de laisser quelques questions en suspens, comme pour mieux oublier les tensions du jour et se perdre doucement dans les ténèbres qui viennent.

Aujourd’hui les Norvégiens sortent quatre longs morceaux atmosphériques sur lesquels entend des nappes de synthétiseurs modulaires dont les distorsions nous poussent doucement vers l’introspection, comme pour mieux s’évader dans un étrange scénario sur l’éveil des machines. On y découvre des rythmes synthétiques qui progressent lentement vers des percussions tribales (à moins que ce ne soit l’inverse). Au bout de 21 minutes et 49 secondes, « Twenty Thousands Leagues Under The Sea » nous laissera au bord de l’hallucination, comme dans un mouvement lysergique, un bourdonnement sublime.

Les guitares reviennent sur « Exodus » et c’est indubitablement un morceau-phare ; les riffs sont fantomatiques, déformés par une flopée de pédales d’effet et si les tonalités sont plutôt lumineuses sur les premières minutes, elles progressent lentement vers une orchestration plus sombre et menaçante. Le voyage en question tient d’abord sur quelques pulsations, une phrase de synthétiseur et des accords de guitare assez lointains, mais tout semble s’effacer dans les cinq dernières minutes. Les distorsions sont plus agressives alors que la fatigue nous attrape, elles semblent évoquer de nouvelles horreurs pour une nuit sans rêve.

***1/2

17 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

CFCF: « Liquid Colours »

Caque nouvelle production du parcimonieux Mike Silver est désormais très attendue, et il ne manquera pas de dérouter ceux qui l’avaient catalogué au premier degré des îles électro-exotiques, entre vignettes chill out et guitares baléariques.

Avec Liquid Colors, CFCF rapproche dans un mash up inouï la Muzak d’ascenseur, de spas et d’attente téléphonique avec les rythmes ultra-rapides de genres musicaux déjà datés : la jungle et la drum’n bass ; genres associés, selon lui, à la société du commerce, de l’apparence et de la richesse ; la pochette de l’album ressemblant elle-même à une publicité pour fluides et cosmétiques.

Son propos rejoint celui d’artistes tels que Matthew Herbert ou Daniel Lopatin (Oneohtrix Point Never) dont le travail musical s’articule autour d’une réflexion sur les sons de la consommation, de la pub et de la vidéo-culture.

On est loin des déferlements de percussions de la drum’n bass : l’art de CFCF est d’avoir réussi à intégrer assez harmonieusement ces tapis très légers de rythmiques jungle sur des nappes ambient et des mélodies dont il a le secret. L’ensemble fonctionne parfaitement, même s’il paraît un poil répétitif sur les 16 titres ; car on relève peu de ressources instrumentales, en dehors de la guitare – superbes « Oxygen Lounge » et « Subdivision » – et des orfèvreries de synthés.

***1/2

17 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Kate Tempest: « The Book Of Traps And Lessons »

Trois ans après Let Them Eat Chaos, la Londonienne nous présente son nouvel effort, offrant à ses textes engagés un cadre musical idéal. Avec deux premiers albums nommés pour le Mercury Prize, on peut dire que Kate Tempest est déjà une valeur sûre. Poétesse, dramaturge ou encore musicienne, la diversité de ses engagements n’en fait nullement éloigner son talent. Depuis bien des années déjà, un public de plus en plus large est touché par l’Anglaise. Ce troisième album ne risque pas de ralentir cette vague.

Ce qui interpelle tout d’abord, c’est cette pochette, et ce titre. On pourrait croire à un conte pour enfants, avec une portée éducative. Le choix de la sensibilisation persiste, mais avec plus de légèreté que l’album précédent. Quand une artiste anglaise sort pareil album en ces temps si particuliers pour nos voisins d’outre-Manche, il n’est pas anodin pour nous d’avoir l’idée du Brexit dans un coin de notre tête…

D’une vision globale, un premier constat : le rap qu’elle chérit tant est mis de côté. Ce virage, elle le doit au grand Rick Rubin. Il lui suggéra en effet d’apporter de la nuance dans son style pour ouvrir son champ d’expression. Force est de constater que la démarche est plus que réussie. Le style surprend comme toujours, mais différemment cette fois-ci.

Les synthés gardent une place majeure, et ce dès les premières secondes de « Thirsty ». Le fondu enchaîné avec « Keep Moving Don’t Move » nous plonge dans son univers pendant 45 minutes même si, après trois ans d’attente, on aurait peut-être aimé en avoir plus. La voix est posée, les mots sont percutants. Les autres instruments utilisés habituellement par l’artiste se font alors entendre.

« Brown Eyed Man » est également liée au titre précédent, et il en sera de même avec « Three Sided Coin ». Quatre morceaux sont passés, et déjà retrouve-t-on les combats de la poétesse. Elle nous parle du mal-être de son pays, de la société, du monde. La politique est vivement présente tout au long de l’écoute, confirmant nos a priori. Rien d’étonnant pour Kate Tempest, qui ne se cache pas pour critiquer les politiciens nationalistes.

C’estavec soudaineté que « I Trap You » va nous surprendre avec un grand bond dans le passé. Une pointe de douceur vient se glisser dans nos oreilles, pour laisser alors place à « All Humans Too Late » qui laissera de côté les instruments. « Hold Your Own » en fera de même, et l’attention se focalisera sur les paroles alors que « Lessons » va quant à elle bouleverser avec sa mélancolie, démontrant que ses textes sont autant appréciables habillés ainsi.

« Firesmoke » offrira ensuite des accords que l’on quitte difficilement, mais que l’on délaissera finalement pour « Holy Elixir ». Son fond sonore aurait pu offrir une belle tempête, mais les textes s’en chargeront avec aisance. Transition sera faite avec la dernière composition, « People’s Faces », finissant ce sublime album comme dans un nuage.

Tempest nous à son pays un espace de réflexion et d’espoir, tout en dénonçant les idées néfastes. De l’extérieur, on peut en âtre atteint, tant les sujets traités sont universels. Cette habilité de la plume associée à une aisance musicale déconcertante ne peut que déranger, mais de la plus belle des manières.

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17 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Calexico and Iron & Wine: « Years To Burn »

Lorsque deux actes majeurs de la scène indie folk s’unissent, cela donne toujours quelque chose de mémorable. C’est du moins ce que l’on pense. Et cette année, le groupe Calexico a décidé de s’allier à Sam Beam alias Iron & Wine qui resteront à jamais des actes les plus consistants de la scène via un album collaboratif intitulé Years To Burn qui fait suite à leur EP collaboratif In The Reins paru il y a quatorze années plus tôt.

Et c’est dire que cette association était bien attendue maintenant ! Pour ce premier opus, Calexico et Iron & Wine arrivent à concilier les deux univers avec maîtrise à travers des morceaux paisibles et rêveurs comme l’introductive « What Heaven’s Left » qui est accompagné d’une section de cuivres mais encore « Midnight Sun » avec sa mélodie guitaristique qui a de quoi rappeler « Pagan Angel and a Borrowed Car » d’Iron & Wine.

Entre les arrangements latines de Calexico et les sonorités dépouillées et voyageuses de Sam Bean, il n’y a qu’un pas et la magie opère sur la pièce maîtresse de huit titres nommée « The Bitter Suite » composée en trois parties ambitieuses. Mis à part cela, on peut également citer « Father Mountain »et « Follow The Water » qui valent leur pesant d’or. On est agréablement surpris par la symbiose entre les deux entités et ce Years To Burn qui se clôt par le plutôt joli « In Your Own Time » et qui est à la hauteur de nos promesses après leurs travaux précédents une décennie plus tôt.

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17 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Bückle / Vogt: « Before We Rise »

La chanteuse australienne Karen Vogt, de la formation Heligoland, et le producteur allemand Phillip Bückle ont réuni leur talent, pour un disque imprégné de douce mélancolie et de downtempo aux rebonds trip hop.

La production brute est à rapprocher de certains albums de Tricky ou de Massive Attack, tout en développant une approche personnelle fortement ancrée dans notre époque. Chaque plage est littéralement portée par la voix chargée d’images de Karen Vogt, qui capte l’auditeur dès le titre d’ouverture « Orange Blue ».

Tout en nuances et en subtilités, chaque titre propose une atmosphère propre dont le tout forme un ensemble cohérent, appuyé par une instrumentation variée, taillée dans une pierre précieuse.

L’approche minimaliste et directe, offre une profondeur organique en suspension, enrobée de mélodies nuageuses aux clairs-obscurs hivernaux, transpercées de couleurs pastel. Une première collaboration enthousiasmante, qui on l’espère, aboutira avec la sortie d’un album. Très fortement conseillé.

***1/2

17 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Late Bloomer: « Waiting »

En l’espace de deux albums, Late Bloomer se fait une place sur la scène indie punk américaine. Le trio originaire de Charlotte composé de Joshua Robbins, Neil Mauney et de Scott Wishart revient donc avec leur successeur nommé Waiting. Et ils ont bien attendu, dis-donc après quatre années d’absence.

Mêlant college-rock, emo et rock alternatif avec une énergie punk débordante, Late Bloomer va droit au but avec des compositions bien vivifiantes allant de l’introduction nommée « Complacency » à « The Truth » en passant par les implacables « Heaven », « Not The Same » et « Listen ». Avec l’aide de Justin Pizzoferreto (Speedy Ortiz, Dinosaur Jr., Pixies…), le trio envoie tout valser avec « January » et « All I Need ».

Il suffit de riffs fuzzy et des rythmiques qui fusent à 100 à l’heure pour que Late Bloomer soit opérationnel sur tous les points. Avec d’autres brûlots grungy comme « Make It All Go Away » et « Life Is Weird » en guise de conclusion, Waiting prouve que la patience a ses vertus et montre le groupe en pleine inspiration.

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17 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Crumb: « Jinx »

Ce groupe de Brooklyn mené par la voix entraînante de Lila Ramani (sans oublier Brian Aronow aux synthés, aux claviers et au saxophone, Jesse Brotter à la basse et Jonathan Gilad à la batterie) a réussi à se faire un nom sur la scène indie rock expérimentale de cette décennie avec leur EP paru en 2016 suivi de Locket l’année suivante. Après un passage remarqué à l’Avant-Garde du Pitchfork, les voilà qu’ils présentent leur premier album intitulé Jinx produit par le toujours incontournable Gabe Wax.

Et croyez moi sur paroles, Crumb ne déçoit en aucun cas avec ce premier opus tellement ils étaient attendus au tournant. Cet opus nous entraîne dans des recoins plutôt originaux aussi bien oniriques qu’inquiétants renforcés par la voix de Ramani qui n’arrête pas de briller dès les premières notes de « Cracking » suivi du déchirant « Nina » aux réverbs bien senties, sa rythmique bien solide et sa mélodie pianotée où la vulnérabilité et l’honnêteté sont de mise.

La pop psychédélique que nous concocte le quatuor de Brooklyn emprunte plusieurs sonorités. Tantôt hallucinogène sur l’étonnant « Fall Down » aussi bien complexe que merveilleux ou encore sur le surf-rock jazzy fantasmagorique qu’est « M.R. » avec ses bandes inversées où on a l’impression de plonger dans le monde d’Alice aux Pays des Merveilles tantôt lumineux et éthéré avec les notes de clavier hypnotiques de « The Letter » sans oublier « Ghostride ». Imaginez une fusion entre Stereolab et Madlib en raison de ses rythmiques hip-hop jazzy hallucinées et bien vous obtiendrez des perles comme « Part III » aux ambiances de maison hantée et son final instrumental complètement jouissif ou bien même « And It Never Ends » qui sait nous bercer comme personne.

27 minutes de musique au total, c’est peu mais Jinx est un album complètement intense et inventif de la part d’un groupe qui n’a pas froid aux yeux. La pop psychédélique de Crumb est complètement impressionnante où on se laisse guider par cette ambiance digne d’une boîte de Pandore aussi bien lumineuse que cinématographique ainsi que les textes personnels qui font office de thérapie de Lila Ramani pour un résultat plus qu’éclatant.

***1/2

17 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Julia Shapiro: « Perfect Version »

Julia Shapiro est une des guitaristes et porte-paroles des groupes Chastity Belt et Childbirth. En trois disques, le quatuor de Seattle a réussi à s’imposer et se forger un respect sur la scène indie rock américaine avec ses textes drôles et féministes. Deux ans plus tôt, le groupe avait affiché son visage plus sérieux avec I Used To Spend So Much Time Alone, un titre presque prophétique pour nnotre artiste qui se lance ici en solo avec Perfect Version.

Marchant sur les pas du dernier album de Chastity Belt, la chanteuse et guitariste a décidé d’exorciser tous les traumatismes qu’elle a vécu pendant un an. Entre problèmes de santé, rupture amoureuse et crise existentielle qui persiste, elle décide de s’isoler pour mettre en oeuvre ce Perfect Version cathartique. Dès les premières notes du titre introductif nommé « Natural », on plonge dans la psychologie presque fracassée de son auteure mais également « Shape » et « Tired » aux influences pas si lointaines de Chastity Belt mais en plus solennel.

Avec ses riffs mélodiques et ensoleillés contrastant à ses rythmiques plutôt pesantes, Julia Shapiro arrive à nous émouvoir en ressassant ses pensées les plus sombres.

Elle arrive, toutefois, à utiliser ses pesées pour en faire des armes avec ses textes afin de chasser la morosité qui la plombe comme sur « Around The Block » et « I Lied ». Il arrive qu’elle puisse durcir le ton sur des moments plus électriques comme « Harder To Do » et « A Couple Highs » mais c’est plus la douceur digne d’Elliott Smith qui l’emporte en fin de compte avec le morceau-titre et la conclusion nommée « Empty Cup ».

Julia Shapiro nous offre un premier album solo touchant et percutant en matière de catharsis sonore. Chassant définitivement les mauvais nuages qui l’ont plombée pendant une année, elle réussit à retrouver des couleurs et à repartir sur pied avec ses compositions dans lesquelles beaucoup pourraient s’identifier.

***1/2

17 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

City & i.o.: « Spirit Volume »

Elaboré sur une longue période, Spirit Volume est le premier album collaboratif entre les artistes City (synthés) et i.o. (batterie et guitare).

Sonnant résolument lo-fi, l’ensemble est un magma en fusion, construit autour de décharges industrielles corrosives et de pulsations rythmiques aux déconstructions permanentes, mêlant plages ambient et noise poisseuse, accélérations fast & furious et synthés rongés de l’intérieur.

Spirit Volume est un opus à l’esthétisme tranchant, où l’expérimentale prend parfois des allures de mysticisme sombre surgissant de forêts obscures, desquelles émergent les incantations d’alchimistes terroristes.

Les deux musiciens composent des titres contorsionnistes à la beauté déviante, lacérant l’espace même dans ses instants les plus calmes, de par l’omniprésence menaçante, de sonorités granuleuses à la densité électro-organique. L’atmosphère générale laisse entrevoir entre ses couches, un monde aux allures maladives, recélant parmi ses strates, une délicatesse rugueuse qui demande un peu de patience avant d’en percevoir toute sa splendeur. Superbe.

***1/2

 

17 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire