No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Morgonrode: « Morgonrode »

La formation norvégienne Morgonrode développe un univers qui puise dans son héritage culturel, pour l’entrainer vers un ailleurs suspendu, qui voit la folk, le jazz et la musique traditionnelle flirter avec le temps, où voix en lévitation, violons, contrebasse, percussions et nyckelharpa, happent l’auditeur vers un ailleurs singulier, aux atmosphères rares et précieuses.

Le monde de Morgonrode touche de plein fouet l’auditeur de par son immédiateté musicale. Pas besoin d’en comprendre les mots pour se sentir soulever par ces mélodies virevoltantes, jouant avec des anges bercés par le souffle de cordes ancestrales et la magie de rythmiques raffinées.

Le quintet nous transporte titre après titre dans la succursale d’un Eden caché, dissimulant un trésor à la beauté éblouissante, gardiens d’une musique céleste aux bordures dorées et dotée d’un puissant pouvoir envoutant. Majestueux.

***1/2

13 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Vanishing Twin: « The Age Of Immunology »

Vanishing Twin compte cinq membres, de cinq nationalités différentes, et une même volonté de casser la ligne d’horizon pour ouvrir le chant des possibles. Cathy Lucas, Valentina Magaletti, Susumu Mukai, Phil MFU et Elliott Arndt sont tous basés à Londres, épicentre d’une galaxie pourtant bien plus large. Leur dernier album, The Age Of Immunology, véhicule des images de contrées lointaines et porte des envies d’ailleurs, comme si le monde entier s’était englué dans une léthargie de troisième type. Vanishing Twin raconte la contemplation à travers des formes inédites. « KRK (At Home In Strange Places) » a par exemple été enregistré à l’aide d’un simple téléphone lors d’un live donné sur l’île croate du même nom. Il décrit une boucle très contemporaine tout en inoculant le rythme galopant des percussions jazzy.

Il y a chez Vanishing Twin un esthétisme marqué. La forme importe, elle initie même. La galerie de portraits que compte The Age Of Immunology représente plusieurs paysages, chacun libérant un espace de création. Dix titres, dix plages musicales où s’échouent les curiosités du cosmos que regarde un œil passéiste, en attendant un alignement de planètes favorable : « Cryonic Suspension May Save Your Life ». Leurs spirales émettent des ondes (« Backstroke ») qu’il fait bon capter, messages délivrés dans un langage universel bien que cosmopolite : « Language Is A City (Let Me Out!) ». Les langues s’entrechoquent et la beauté reste. Le chant, lui, flotte.

La musique de Vanishing Twin a le cœur savant et les tourments universels. Un groove subtil, la note bleue, l’expérimentation, l’attraction de l’étrange et la science-fiction en ligne de mire, ces éléments définissent tous un peu l’utopie sonore des cinq Londoniens d’adoption. La fibre arty est évidente. Protéiforme, elle est ici exploitée savamment, tendant à un même idéal : la recherche de l’émotion se trouve dans le détail. Car c’est là que réside le mystère de l’art. Parfois abstraits, les traits de The Age Of Immunology titillent les sens et invitent à sauter le pas, à tenter le grand voyage de l’inattendu.

***1/2

13 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Plastic Mermaids: « Suddenly Everyone Explodes »

L’insulaire quintet britannique Plastic Mermaids nous offre un ambitieux et coloré mille-feuille psychédélique. Woodstock, Monterey, l’ile de Wight c’était la tournée royale et anarchiste des festivals au temps de la splendeur du mouvement hippie. Les cinq musiciens britanniques du Plastic Mermaids – insulaires de l’île de Wright – ont peut-être hérité de ces années-là quelques gênes libertaires. Leur musique recherche en tout cas cette indépendance. Elle affiche aussi une aguichante exubérance. Patchwork insensé mais contrôlé de références, ce premier LP codifié, regorge de circonvolutions, de chemins de traverses et de fausses pistes.

Plus orchestral tu meurs, plus minimal (par instant) tu respires. Ce riche monument est gorgé de synthés, de matériels bricolés et assemblés de toutes pièces par les musiciens, il mélange les genres sans vergogne – électronique, classique, dance, synthétique, psychédélique, indie rock, prog, rock spatial ou dreampop. Une myriade de petits effets (tintements de cloches, cordes ou samples) viennent décorer cette symphonie insulaire de la lilliputienne île de Wight. Cet énorme télescopage aurait dû être dégoulinant et d’un mauvais genre ; dans le pire des cas il sera borderline (« Taxonomy »). Mais avouons-le tout net, on se délecte de ce florilège spatio-orchestral. La généreuse lampée de morceaux proposée ici semble même bien calibrer pour un futur triomphe. Douglas Richards le chanteur principal au spectre vocal proche d’un Jonathan Donahue (sur quelques-uns des titres emblématiques) bien accompagné par sa tribu (le bassiste Tom Farren, le batteur Chris Jones, le guitariste Chris Newnham et son frère Jamie Richards au synthé et chant) ne gambergent et ne mégotent pas.

Actif depuis 2014, la formation britannique a déjà essaimé une poignée d’EP tous passés en rase-motte sous les radars. Suddenly Everyone Explodes, cinq années après leur formation est leur premier feu d’artifice. Le spectacle pyrotechnique est à la hauteur de l’attente, soigneusement préparé, exubérant et ambitieux. La faute à une collection hétéroclite d’atmosphères musicales, à ce patchwork de mélodies célestes, voire à certaines plus intimistes – en tout cas dans leur première partie – mais qui finissent quand même toutes par exploser en vol dans un florilège de cordes, de chœurs et de toute la batterie instrumentale requise. Par exemple : « Luliuli », sous vocodeur (à la Laurie Anderson) et parsemé de notes de pianos minimale, ou l’acoustique « Milk », qui tourne bien vite en florilège synthétique, et même le poignant et très personnel parlé-chanté « Yoyo » qui finit par reprendre goût à la vie dans un final énorme de chœurs et de ferveurs. Sur « Ooh » la chasse est autorisée – le signal est un mur du son de synthé à la sonorité d’un cor de chasse ! – avant une flambée dans les étoiles et dans les aigus (la voix de fausset de Richards est alors à son apogée).

Sans rompre la magie nous nous enfonçons dans les profondeurs stellaires. Nul besoin ici de la technologie SpaceX pour graviter dans l’espace de confort et la zone d’énorme décompression. Cette double portion de musiques assure cette équipée.
L’ossature de ce premier LP s’appuie en grande partie sur « Floating in a Vacuum » et son envolée éthérée d’arpèges de violons magnifiée par une série de chœurs et d’ambiances cosmiques ; c’est également le fluorescent, psychédélique et pop « 1996 » ou l’indie-rock et le « Still Like Kelis » façon Grandaddy aux accords de guitares dynamiques et à l’atmosphère enjouée.

Ce quintet britanniquel est tout sauf replié sur lui-même et cloîtré sur son île, bien au contraire, il vole et franchit les océans pour rejoindre et se mêler à la flamboyante farandole des Sparks, du Flaming Lips et du MGMT.

****

13 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Danielle De Picciotto: « Deliverance »

La grande prêtresse, moitié d’Alexander Hacke, revient en solo, quatre ans après le très bon Tacoma. L’Américaine nous propose dix titres (dont deux uniquement disponibles en format numérique) sensibles et forts. Picciotto évoque notre monde actuel, qu’elle survole, dévoilant ses émotions. Elle perçoit la détresse et l’absurdité des humains, mais ajoute des notes d’espoir. Elle pose sa voix profonde pour nous conter son voyage, en faisant l’usage majoritairement de spoken words, mais elle chante également (« Et arripuerit », « Dark Butterfly », « Dancing in the Rain »). La tension sera palpable tout au long de cette aventure, la traversée est macabre et la noirceur, omniprésente. Musique d’un autre temps, mais qui résonne pourtant de façon si contemporaine… Il y a du Laurie Anderson dans l’art de Picciotto à n’en pas douter, surtout quand celle-ci dégaine son violon. Elle s’écarte néanmoins des traces de son aînée, en convoquant une dark folk élégiaque sur « Deliveranc » » et « Die Wüste in meiner Seele ». Parfois même, le disque se pare d’atours néoclassiques, des bruits épars sont incorporés, constituant une trame instrumentale minimaliste mystérieuse (« My secret Garden », « Sehnsucht »).


Deliverance est un opus chamarré, assez déroutant, qui prouve une nouvelle fois l’énorme talent de la musicienne pour mettre en place des ambiances évocatrices. « Et arripuerit » (qui a fait l’objet d’une vidéo) et « Hail » »sont tendus et portés par une forme d’électronique rituelle, s’avérant selon nous en deçà du reste. Leur aspect funeste est tout de même efficace, mais nous préférons quand Picciotto distille ses sonorités doucement mélancoliques, qui atteignent des sommets sur « Die Wüste in meiner Seel » » et « Survivors ». Si la tristesse s’impose, Picciotto nous rassure aussi, allant même jusqu’à composer un morceau atmosphérique particulièrement suave, « Dancing in the Rain », chargé en cordes sucrées et bienveillantes. Un album élégant, intelligent et extrêmement poétique.

***1/2

13 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Cold Showers: « Motionless »

Un artwork minimaliste, signé Robbie Simon, pour une musique qui ne l’est pas. Ou plutôt qui ne l’est plus. Cold Showers, originaire de Los Angeles, étaient jusqu’alors connus pour offrir un post-punk assez classique : une voix grave tentant de rappeler Ian Curtis, une basse mise en avant, une guitare sombre et des nappes de claviers. Deux albums signés chez Dais, l’un plutôt réussi (Love And Regret en 2012), l’autre plus dispensable (Matter of Choice en 2015). Puis silence radio.
Prendre le temps de la réflexion semble avoir été bénéfique pour le trio qui, jusque là, produisait une musique qui manquait de personnalité et de relief. Pas mauvais dans le genre, mais trop commun pour être réellement mémorable.
Motionless n’est peut-être pas le chef-d’œuvre de l’année, mais il a le mérite de proposer un véritable travail dans l’instrumentation et d’être beaucoup plus sophistiqué que ses prédécesseurs, notamment grâce à l’ajout de cordes et de saxophone. « Tomorrow Will Come », le morceau d’ouverture, est la transition parfaite entre les anciens travaux du groupe et la nouvelle direction voulue sur cet album : on retrouve un son assez sombre et des claviers bien sentis mais la structure de la chanson est plus complexe, plus travaillée. « Shine » est sans doute le titre qui illustre le mieux l’évolution du groupe et où l’aspect plus pop et lumineux est clairement assumé.

Un album condensé, huit titres seulement, qui va à l’essentiel. L’atmosphère qui règne sur le morceau-titre « Motionless » n’est pas sans rappeler The Cure, mais l’instrumentation est vraiment réussie, là où par le passé le groupe n’arrivait pas à imposer sa personnalité. On retiendra également le côté sombre et efficace du premier single « Faith », où les effets sur la voix de Jonathan Weinberg font immanquablement penser à Paul Banks d’Interpol. Enfin, les cordes délicates sur les couplets du titre final « Every Day on my Head » qui contrebalancent avec l’explosion d’instruments sur le refrain.
Avec ce troisième album, les membres du groupe ont démontré leurs talents de compositeurs en réussissant à digérer leurs influences et à se détacher de leurs ombres pesantes. Ce qui manque à ce
Motionless c’est sans doute le titre fédérateur qui met tout le monde d’accord. On peut aussi se satisfaire d’avoir huit bons titres cohérents et attendre la suite avec impatience.

***1/2


13 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Yohuna: « Mirroring »

Yohuna est une chenteuse de Brooklyn dont le premier album nommé Patientness produit par le prodigieux Owen Pallett et s’est imposé comme fermet du renouveau de la scène bedroom-pop

Son successeur nommé Mirroring est auto-produit avec l’aide précieuse d’Eric Littman, et Johanne Swanson, de son vrai nom, continue tenter de nous faire voyager ses pensées et son univers vers de contrées oniriques et inconnues. Moins centré sur les claviers et plus vers des instruments plus organiques, Mirroring se laisse écouter comme une légère brise avec des morceaux éthérés à l’image du titre d’introduction nommé « Knowing U » qui est suivi de « Fades To Blue » soutenus par des arrangements à cordes discrets.

Quittant les aspects lo-fi pour des ambiances on ne peut plus maximalistes et baroques, elle ne néglige pas pour autant ce côté bedroom-pop poétique. Que ce soit sur « See Me » ou des ambiances que ne renieront pas d’autres actes comme Hovvdy et Elvis Depressedly avec « Waiting » et « Dead To Me », Yohuna (accompagné de ses acolytes musiciens comme Emily Yacina, Felix Walworth de Told Slant, Mike Caridi de feu LVL UP ou encore Warren Hildebrand de Foxes In Fiction) nous envoûte comme il se doit.

Elle le fait avec des arrangements si somptueux et si précieux avec un solo de violoncelle en prime sur « Stranger » ou une harpe sur les voix réverbérées de « Find A Quiet Place ».

Après les dernières notes de la ballade acoustique planante et larmoyante nommée « So Free », on a cette sensation de se sentir pousser des ailes grâce à cette poésie qui nous hante tant. Yohuna continue à sortir de ses gonds avec ce Mirroring délicieux, charmant et complètement renversant la montrant à l’aise dans des ambiances on ne peut plus baroques.

***1/2

13 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Earthen Sea: « Grass And Tree »

Les modes vont et viennent. Il fut un temps pas si lointain, à la fin des années 90’s, où sur la frange ascétique du post-rock, aux confins de l’électro le plus éthéré, s’est développée une scène féconde autour de Biosphere qui œuvrait déjà depuis 1990 et dont l’album Substrata (1997) reste une pierre incontournable, et de Pan American, le projet mené par Mark Nelson qui avait déjà ouvert beaucoup de portes avec Labradford. Le mexicain Murcof et le canadien Loscil ne tardèrent pas à suivre leur sillage, en se lançant à l’aube des années 2000. Tout ce monde-là a été sollicité pour composer des musiques de films et leurs compositions instrumentales, « neo ambiant » ou « techno dub », la terminologie diverge et fait toujours débat, furent souvent utiliser pour des campagnes de publicité.

Et puis le vent a tourné et un grand revirement s’est opéré au profit de consonances bien plus organiques mais en reprenant peu ou prou les mêmes codes et une posture artistique analogue. Une bonne partie des adeptes d’ambiant sont désormais sensibles aux artistes « neo classical » (enfin, on devrait même dire « néo néo classiques », puisqu’ils s’inspirent des artistes du néoclassicisme comme Igor Stravinski, Maurice Ravel, Francis Poulenc et le plébiscité Erik Satie). L’un des précurseurs dans le genre reste Max Richter, mais Nils Frahm, Ólafur Arnalds et feu Jóhann Jóhannsson lui ont volé la vedette.

Dans ce contexte, l’œuvre d’Earthen Sea parait à contre-courant voire même incongrue. Loin de ces amours de jeunesse hardcore (il a notamment joué dans Amalgamation, Black Eyes, Mi Ami, Skate Laws, etc.), Jacob Long s’astreint à l’art de la soustraction. Cette économie de moyens fait office de manifeste chez lui. C’est assez naturellement, qu’après 5 ou 6 albums pour des structures confidentielles, il a rejoint l’écurie Kranky. Son nouvel album, Grass And Trees trouve ainsi sa place aux côtés aux productions de ses contemporains Grouper, MJ Guider, et A Winged Victory For The Sullen, mais plus encore les anciens Bowery Electric et… Pan American. La musique de l’Américain est une invitation à l’évasion des songes, une suggestion de voyage imaginaire.

Un beat minimal rebondit en ricochet à la surface d’une eau parfaitement calme et lisse, dessinant des ondes électroniques qui s’évanouissent sur le rivage. Un crépitement se perd dans le feuillage de la canopée. Le vent déchire le voile du blizzard sur un océan de glace. Une bille fait onduler une grande lame d’acier posée en équilibre en haut d’une construction vertigineuse. L’approche d’un reptile sur le sable provoque l’accélération des pulsations arythmiques du cœur avant qu’il ne s’éloigne et qu’une apathie létale nous terrasse. Les flammes s’élèvent dans la nuit, la chaleur rayonnante du feu de camp réconforte. La ville, rendue minuscule par l’altitude, fourmille frénétiquement jusqu’à s’éteindre alors qu’un métronome décompte le temps qui passe. Et il n’y a plus alors qu’à se laisser (trans)porter.

***1/2

13 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire