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Proem: « Until Here For Years »

Le premier album de Proem était prometteuet son electronica convaincante. Il recroise aujourd’hui notre chemin,son seul lopus paru depuis ces neuf années. Comment ne pas entreprendres alors l’écoute de cette cinquantaine de minutes d’electronica aux rythmiques savamment appuyées ?

Comme sur Enough Conflict, Proem convoque ainsi des sonorités franches, aux franges de l’industriel et du métallique, utilisant des effets et traitements pour accentuer leur caractère grésillant, l’aspect « claquant » des pulsations ou bien la dimension sourde de certains coups. Alors que ces quelques lignes pourraient laisser craindre une écoute bousculée par des éléments durs et acérés, Richard Bailey sait assurément ménager son auditoire, offrant, au sein même de chacun des morceaux, des moments moins anguleux. À l’autre bout du spectre, il ne cède pas complètement aux sirènes de la mélodie, se permettant, par exemple, de limiter celle-ci à quelques mesures avant de passer le relais à des rythmiques moins chromatiques (« Until Here Robot », « Kids That Hate Live Things »).

Particulièrement probant quand il densifie le propos et mélange, dans le même morceau (« Dimensional Scissors Dance Routine ») de nombreuses composantes, Proem y démontre également son aptitude à faire évoluer ses compositions au sein même des cinq minutes de sa propre durée : au déluge initial succèdent des séquences inférieures à la minute pendant lesquelles tel ou tel élément se trouve placé en avant. Certains titres sont toutefois probablement trop brefs (ainsi des deux minutes de « An Effort Was Made ») pour prétendre à une telle adhésion et, dans l’ensemble, on ne secoue donc pas forcément la tête autant qu’on aurait pu le souhaiter, mais l’Américain livre bien un nouveau chapitre tout à fait probant de son parcours musical.

***1/2

 

12 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Árstíðir: « Nivalis »

Árstíðir (« saisons » en Islandais) a été fondé en 2008 à Reykjavík par le trio de chanteurs et instrumentistes Daniel Auðunson (guitare), Gunnar Már Jakobson (guitare) et Ragnar Ólafsson (piano). Au fil des années et des albums, ce trio est renforcé par des invités divers au violon, au violoncelle, à la basse et aux percussions. Le résultat est un croisement particulièrement réussi et fécond entre Sígur Rós pour la finesse des mélodies et Sufjan Stevens pour la richesse des harmonies vocales.

Dès la sortie du premier album éponyme en 2009, le succès est immédiat en leur terre natale. Depuis, non seulement il ne s’est jamais démenti mais il s’est étendu aux autres pays scandinaves et germaniques. Árstíðir a pu ainsi assurer les premières parties de concerts lors des tournées des Suédois de Pain Of Salvation et de la chanteuse Anneke van Giersbergen (anciennement de la formation hollandaise The Gathering).

Le présent opus, Nivalis, cinquième album studio du groupe, affirme son style très personnel et peaufiné, issu d’un subtil mélange d’influences parfaitement digérées, allant de la musique de chambre classique à la pop minimaliste en passant par la musique folklorique. Les chœurs chaleureux restent le point fort d’Árstíðir, simplement accompagnés d’arpèges de guitare ou bien dialoguant avec les claviers et les cordes dans des compositions brillantes aux mélodies entraînantes. Cette musique, tantôt enjouée tantôt mélancolique, traduit une alchimie improbable entre chaud et froid, équilibre précaire entre volcans et glaciers qu’on ne trouve que dans la patrie du groupe, pays perdu au milieu de l’Atlantique où vivent encore des elfes et des trolls (les vrais, esprits de la nature, pas ceux qui sévissent sur Internet).

***1/2

12 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Froth: « Duress »

En 2017, Froth était sorti des sentiers battus avec son album Outside (Briefly). Le groupe californien tente de se réinventer en passant de la pop psychédélique des années 1960 à des allures shoegaze et noise-pop, et ce, sans jamais aliéner son auditoire. En effet, certains éléments montrent que le combo souhaite rester dans cette veine pour Duress.

Ainsi, Froth marche sur les pas de son prédécesseur mais avec une pointe d’expérimentation en prime. S’ouvrant sur le captivant « Laurel » avec ses synthés analogiques et sa rythmique implacable et obsédante, le groupe de Los Angeles mené par Joo Joo Ashworth reste de nouveau égal à lui-même en ne laissant rien traîner. Il en est de même pour la pop psychédélique efficace de « Catalog » qui suit ou bien même le semi-instrumental bien menaçant et noisy nommé « A2 » avant que n’intervient le chant sur les dernières secondes qui ont de quoi faire frémir.

Donc plus expérimental et plus ambitieux que ça, tu meurs. Froth redéfinit les codes de sa musique avec précision et ingéniosité. Que ce soit sur les loops insolents du menaçant « 77 » conviant Isabella Glaudini suivi de l’interlude bien étange nommé « John Peel Slowly » où les samples et la noise ne font qu’un ou sur des moments plus libérés comme les allures Spiritualized de « Xvorth » ou celles plus Beach House de la dream-pop éthérée « Slow Chamber », l’audace des Californiens n’a plus à être questionnée. Froth continue de creuser le sillon afin de faire parler au mieux sa créativité et son originalité, et ce Duress en est la preuve concrète.

***1/2

12 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Tom Adams: « Yes, Sleep Well Death »

La musique de Tom Adams prend sa source dans l’éther des lointaines galaxies froides, dans cet envoûtant vide sidéral à peine troublé par les méditations mélancoliques d’Ólafur Arnalds, par la voix troublante de Sufjan Stevens et les dérives électroniques de Nils Frahm ou encore par les hautes envolées de Sigur Ros. Si vous n’êtes pas sensible à ces univers-là, alors la musique de Yes, Sleep Well Death risque fort de vous ennuyer. Par contre, si vous n’avez rien contre un petit voyage hypnotique avec décrochage immédiat des lourdeurs terrestres, cet album va vous ravir à coup sûr. Mais qui est donc ce Tom Adams qui semble réclamer une place de choix au sein de ces artistes au registre souvent minimaliste mais ô combien enveloppant et apaisant ? Ce natif de Cambridge, producteur et auteur-compositeur, réside et travaille à Berlin où il vit sa musique comme une exploration permanente vers de nouveaux territoires secrets. Il nous explique que ses ébauches au piano ou à la guitare débouchent la plupart du temps sur des perceptions beaucoup plus ambitieuses et toujours sur des voyages vers l’inconnu. La carrière de Tom Adams commence en 2016 avec la publication d’un E.P. intitulé Voyages By Starlight, une œuvre prometteuse et déjà imprégnée des éléments caractéristiques de ses créations. Son premier album, Silence, sort l’année suivante et se présente comme une merveille de sensibilité partagée entre un piano céleste, une voix très haute et des effets électroniques venus des étoiles. Tout au long des huit morceaux, on croit entendre des chants sacrés propices au recueillement et à l’introspection. Un pas de géant qui allait faire sortir Tom de l’anonymat et fédérer autour de lui un public très attentif à la suite de ses aventures. Un public complètement conquis par ce Yes, Sleep Well Death qui, enfin !, poursuit la marche en avant de fort belle manière.

Lorsqu’on commence à s’intéresser au travail de Tom Adams, on ne peut éviter de faire le parallèle avec la musique classique, baroque ou sacrée et de s’imposer une écoute recueillie et attentive. Mais attention, cette musique n’est pas difficile d’accès, elle utilise des ressources mélodiques et rythmiques très pop qui apporteront des repères évidents à l’auditeur. On se laisse porter sans heurts et sans la moindre gêne par les nombreux moments de volupté et les quelques moments de tension. Le premier titre, « Peninsula », en est une remarquable illustration. Tom Adams commence par installer un climat serein et mystique avec des effets aériens et de lointains chants incantatoires, puis sa voix douce et fluette prend le relais pour s’élever très haut et surfer sur une rythmique qui s’emballe progressivement. Une construction classique mais fort bien réussie. Adams a écrit ce morceau en Écosse, au bord de la mer et qu’il est en grande partie issu de son subconscient. Écrire et composer dans un état second n’a rien de choquant, c’est arrivé à beaucoup d’autres avant lui. Il faut seulement accepter cette démarche d’autant plus qu’elle donne un éclairage important sur sa manière de fonctionner. La chanson suivante, « Dear Future », est une référence évidente à Silence, son album précédent. La construction, les arrangements et l’utilisation du piano tout en accords plaqués sont familiers, mais l’ami Tom se permet une cassure avec ce soudain et intense chant post rock qui surprend et interroge. C’est une vrai bonne nouvelle qui va changer la donne et empêcher Yes, Sleep Well Death de se contenter de suivre des traces un peu trop balisées. Tom nous explique même qu’avec ce nouveau disque, il avait le sentiment d’installer Silence dans un monde plus vaste et entouré de paysages très différents.

Ensuite, « Cold Noise », à l’écriture plus légère, va surprendre avec son côté pop et chantant. La mélodie est accrocheuse, plus directe et la voix semble plus naturelle, moins travaillée. Sur ce titre, Tom rend hommage à la ville de Berlin, un lieu historique et magique qu’il décrit comme l’endroit parfait pour réaliser ses rêves. Cette page intimiste et reposante sera de courte durée car « The Breaking » vient, aussitôt après, nous envelopper de son atmosphère lourde et pesante. Il s’agit bien d’une rupture avec le titre précédent car on se retrouve soudain plongé dans une ambiance glauque à la Blade Runner d’où émerge une litanie quasi religieuse qui traite des turpitudes du monde et de l’impossibilité de s’en échapper. Le bien-nommé « In Darkness » enfonce le clou sur le côté angoissant de notre époque avec un chant légèrement plaintif sur fond de nappes sombres et douces. C’est le retour du post rock cosmique rythmé par un sonar aux connotations cinématographiques. Même si le contexte ne porte pas à la franche rigolade, il faut admettre qu’on est complètement hypnotisé par ce qu’on entend et ce ne sont pas les deux merveilles qui vont suivre qui pourront changer la donne. A commencer par le très atmosphérique « Dive » qui fait souffler un vent stellaire sur le piano et sur cette voix de falsetto si caractéristique. On est déjà bien accroché mais le surprenant coup de frein qui laisse la place à un chant puissant et grandiose est tout bonnement sublime. Les percussions s’en donnent à cœur joie avant de s’effacer pour un final tout en douceur. Tom Adams cite « Dive » comme la pièce maîtresse de son disque, on peut difficilement le contredire. Enfin « The Garden » va lui aussi nous subjuguer avec une belle voix beaucoup plus basse et des harmonies vocales magnifiques. Là aussi, le morceau s’éteint un long moment pour attendre la venue d’une chorale classique qui va entamer une lente procession.

Cet album est un étonnant outil de projection mentale. Pour l’écriture de « The Garden », Tom Adams a visualisé son jardin d’enfance comme ultime refuge en cas de besoin et c’est vrai qu’on devine la joie et la plénitude qu’il ressent en évoquant ce lieu. Maintenant, rien ne vous empêche d’utiliser sa musique pour faire votre propre visualisation et éprouver des sensations similaires. C’est une thérapie à conseiller par les temps qui courent.

Tom Adams annonce également la sortie prochaine de Particles, un album de piano solo écrit initialement en 2014 et enfin publié cette année dans de bonnes conditions, nul doute qu’on ne pourra qu’être intéressa par ces premières œuvres embryonnaires.

****1/2

12 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire