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Pixx: « Small Mercies »

Le succès critique du premier album de Pixx,The Age of Anxiety a encouragé Hannah Rodgers à continuer sur sa lancée avec son second opus Small Mercies. Dans ce deuxième volet, les thèmes sociétaux ont été mis en musique sans que le propos ne deviennen trop didactique et le combo approfondit son savant mélange de rock et d’électronique qui n’est pas sans éviquer les années 80 et 90.
Le disque dévoile à son auditeur un monde accessible à la pop synthétique et le grunge. L’introduction clin d’œil à Hot Chip (« Andean Condor ») convainc par sa dynamique et sa bonne humeur et la formation s’exercera au rock lo-fi sans prévenir dans « Bitch » ou vaux titres électroniques rétro-futuristes : « Disgrace », « Peanuts Grow Underground », « Duck Out ». Le song-writing est détaché, arbore un style formel ou répété ce qui ajoute au charme du disque et, en considérant les guitares-garage saturées de « Mary Magdalene », Pixx va s’amuser à détourner l’attention et à pourvoir une certaine excitation.


Du haut de ses 21 ans, la jeune Rodgers livre sa vision blasée des « dates » et de l’après dans « Funsize » avec des mots etdles pensées de la chanteuse montrent une certaine noirceur dans les relations sociales et amoureuses. Les humeurs changent comme les cycles de la vie, et c’est ce qui est volontairement retranscrit dans le disque. C’est ainsi que l’on attribue une mention spéciale pour les contrastes de « Hysterical » ainsi que pour les deux interludes, « Dirt pt1/pt2 ») qui homogénéisent l’album. Les derniers « Duck Out »et « Blowfish » seront tourmentés, et ils en feraient presque oublier les notes solaires du premier titre. Néanmoins, cette conclusion laisse rêveur. Encore une fois, la jeune femme montre une tessiture vocale et une assurance rare.
Les quarante minutes suffisent à dépasser ce que l’on attendait de Pixx. Plus intéressant et plus impactant, Small Mercies est une collection de chansons qui s’accorde avec chaque moment de la journée. Du soleil à la lune, les anglais arrivent encore à animer la musique indie.

***1/2

11 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Palehound: « Black Friday »

Avec ses deux L.P.s, Palehound s’est fait un nom. Ellen Kempner, la native de Boston est parvenue à s’imposer sur la scène depuis son second opus A Place I’ll Always Go, mais elle a envie d’encore plus, la preuve avec son troisième et possible meilleur album nommé Black Friday produit par l’incontournable Gabe Wax (Soccer Mommy, Adrianne Lenker…).

Toujours entourée de ses fidèles compagnons Larz Brogan et Jesse Weiss, la chanteuse et musicienne enfonce quelque peu le clou et dévoile une personnalité des plus touchantes sur ce Black Friday. Avec une plume beaucoup plus affûtée qu’auparavant axée sur les relations et des instrumentations moins (DIY) bricolées Palehound touche dans le mille avec ses compositions 100% indie rock comme l’introduction lancinante nommée « Company » palsmodiée sous fond de synthés vieillots et de solo de guitare suspendu, mais encore les plus entêtants « Aaron » et « Killer » plutôt mélodique.

Son interprétation presque chuchotée a de quoi faire parler sa vulnérabilité sans compter que l’on prête beaucoup mieux attention à ses textes. En parlant de textes justement, elle réussit à faire parler le fond de sa pensée sur le poignant « Worthy » où elle explique qu’elle souhaite être respectée dans le monde de l’indie rock féminin malgré sa forte corpulence mais également sur « Bullshit » qui a de quoi faire penser à du Big Thief par moments où les relations amicales peuvent être plus complexes qu’il n’y paraît.

Faisant le grand écart entre bedroom-pop synthétique planante sur « Sneakers » et indie folk des plus rythmés avec « Urban Drip », Black Friday est un panel d’émotions et de sonorités qui arrivent à cohabiter en harmonie, que ce soit des moments plus effrénés (« Stick N Poke ») ou d’autres plus planants et mélancoliques (« The City », « In Town »). Pour cette raison, Palehound a réussi à émouvoir son auditeur à travers ces douze morceaux aboutis formant un ensemble hétéroclite mais chaleureux et totalement lumineux.

***1/2

11 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Stef Chura: « Midnight »

Début 2017, une nouvelle artiste venue de Detroit a sorti un premier album riche en promesses nommé Messes. Il s’agit de Stef Chura qui a réussi à percer dans ce milieu bien concentré, et, maintenant qu’elle s’est forgée un nom, la voici de retour plus virulente que jamais avec Midnight.

Pour ce second opus, elle n’a pas fait appel aux services de Fred Thomas à la production et a opté pour Will Toledo, alias Car Seat Headrest, la coqueluche indie rock du moment que tout le monde s’arrache et qui officie également à la basse. Cette collaboration ne trompera pas et new-yorkaisva imposer sa patte envers la native de Detroit qui se montre plus incisive et plus rentre-dedans que jamais à travers des morceaux rythmés comme l’introduction audacieuse et métronomique nommée « All I Do Is Lie » mais aussi un « Degrees » rappelant l’âge d’or de Pixies avec son schéma couplet calme et refrain bruitiste avant une conclusion instrumentale parsemée de synthés des plus fun sur « Jumpin’ Jack » et « 3D Girl ».

Plus riche que son prédécesseur, Stef Chura gagne aussi en assurance.Ele nous offre ainsi des moments bien explosifs avec l’infectieux « Scream » ou bien même le brûlot grunge qu’est « Method Man » ou d’autres plus mesurés avec le dévastateur « Sincerely Yours » doté d’une interprétation des plus plaintives magnifique. La paire Chura/Toledo fonctionne plutôt bien et le prouve lorsqu’ils se partagent le micro à deux reprises que ce soit sur « Sweet, Sweet Midnight » mais également sur la conclusion bien sobre nommée « Love Song ».

Le duo Detroit/New York signe donc un des opus les plus fascinants en matière d’indie rock pour cette année montrant une auteure-compositrice-interprète beaucoup plus mordante et déterminée que jamais.

***1/2

11 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Lust For Youth: « Lust For Youth »

Il y a clairement eu deux moments dans la carrière de Lust For Youth.  Au départ, le projet emmené par Hannes Norrvide proposait un post-punk lo-fi assez rigide, avec une voix très en retrait, quand les plages n’étaient pas entièrement instrumentales. Après avoir enchaîné trois albums sur cette lignée entre 2011 et 2013, le groupe a opéré un virage radical sur International et Compassion sortis respectivement en 2014 et 2016 sur Sacred Bones Records. Le post-punk rêche des débuts a laissé place à une synth-pop aux influences assumées : Depeche Mode et New Order en tête de celles-ci.
Opérant désormais à deux, Hannes Norrvide et Malthe Fischer reviennent avec un nouvel album éponyme qui frappe fort d’entrée avec « New Balance Point », un concentré de synth-pop 80’s avec la touche de modernité qui fait la différence et l’empêche de tomber dans la caricature. Plus sombre, « Great Concerns » fait des ravages avec son beat ultra efficace tout en s’interrogeant sur le changement climatique. Le « single » « By No Means » sera également l’une des grandes réussites du disque, notamment grâce à sa ligne de guitare imparable.


Lust For Youth n’hésitera pas à proposer des directions différentes sur cet opus. « Insignificant » en est une bonne illustration : si la première partie du morceau est assez classique, il se transforme ensuite en une plage expérimentale éblouissante, à grands coups d’envolées de synthés et de boucles lancinantes. On retiendra également deux titres plus mélancoliques : le touchant éVenus de Milo » et le très beau « Fifth Terrace » chanté par Soho Rezanejad, véritables moments lumineux de l’album mais sur lesquels la grisaille n’est jamais loin. 
Le nouvel album des Danois est donc un très bon cru, surtout lorsque le groupe sort de sa zone de confort pour s’aventurer vers de nouveaux territoires. Après avoir digéré ses influences, Lust For Youth démontre ici sa capacité à s’en extraire et laisse présager le meilleur pour la suite.

***1/2

11 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Snapped Ankles: « Stunning Luxury »

Leur Come Play the Trees, sorti en septembre 2017 avait fait date tant Snapped Ankles y jouaient une sorte de kraut aux reflets post-punk dans lequel ces londoniens hautement inventifs imposaient leur folie, unique, personnelle, et un genre qui se veut vérrouillé et sévère tout en étant inclassable.

L’écoute et ce Stunning luxury satisfait bien vite l’attente d’un tel disque, en l’exemple un opus qui puisse satisfaire le goût pour les sons nouveaux, fous et fantaisistes. L’ouverure à la Primus, le chant de « Pestisound (Moving Out) », est emblématique de ces morceaux décalés et sauvages qui trouve sa source dans des tons qu’on n’entend pas tous les jours). Si le dit morceau est presque retenu, il rend fou et la santé mentale de l’auditeur sera aussi merveilleusement malmenée par « Tailpipe », second essai trépidant, dont fusent des sonorités à la B 52’s option cinglée. Le fruit de la recherche est déjà là; folie, refus de se soumettre, intelligence dans le procédé, énergie à peine jugulée. « Letter From Hampi Mountain » usera d’ailleurs des mêmes ficelles mais il s’agit là d’un bricolga sonore talentueux, irrévérencieux. Il ne se définit pas, il s’écoute fort et pulse frénétiquement. Il se vit.

Avec « Rechargeable », le climat se fera froid. Le groupe exprime ainsi son refus de de l’immobilisme, mais insiste dans sa posture de l’entre-deux, du non-choix entre des genres qui de toute façon n’existent plus ici. Le son, le motif, crée l’hystérie. « Delivery Van » fera fuser les synthés, leur répétition, la versatilité rythmique et la vigueur audibles en l’occurrence font merveille. On passe alors la moitié du disque, que « Three Steps To A Development « et son électro dérangée fait encore grimper d’un cran. On pourra se demande où s’arrêtera l’escalade, mais on continuera à grimper aux rideaux de plaisir et de jubilation sonique.

« Skirmish In The Suburbs » traverse des localités plus célestes, plus psyché. Il tranche ainsi avec le reste, puis son amorce laisse place à une forme d’insanité sonore dépaysante. C’est d’ailleurs le maître-mot: dévier, innover, envoyer valser les formats reconnus, faire la nique à l’uniformisation. Le post-punk agité de « Dial The Rings On A Tree » portera atteinte, lui aussi et à son tour, à nos sens. C’est ce qu’il faudra à l’auditeur qui fuit les chemins trop fréquentés pour s’abreuver ailleurs. On dansera, alors, de bonheur sur un « Drink And Glide » aux coups de semonce enchanteurs. Une danse frénétique, incoercible, qui s’accentuera, enfin, avec « Dream And Formaldehyde », unn final assagi, plus spatial sans être le moins du monde normal. Une conclsion excellente et radicalement différente.

****1/2

11 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire