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The Membranes: « What Nature Gives… Nature Takes Away »

Une légende se forge dans les silences, les caves. Après les attentes qui n’en finissent plus, l’espoir abandonné.  The Membranes (Blackpool, Lancashire / déménagement vers Manchester en 1983) ont disparu tels les dinosaures avec l’âge d’or du post-punk, fin 70’s / courant 1980. 1990, fin de l’histoire. Dans les caves se développe un mythe autour du groupe après sa dissolution mais ses hommes ont fait leurs vies. La réalité, le quotidien : grisaille et anonymat. Votre existence n’est extraordinaire que dans ce que les autres y projettent.  
Un jour, la route de John Robb croise celle de My Bloody Valentine. Supplications. Remettez le couvert. 2009, 2010. Alors ils rejouent. De la scène et puis l’étincelle. Des origines, reste John, pilier entouré aujourd’hui de la paire de guitares bruitiste Nick Brown / Peter Byrchmore et de Rob Haynes à la percussion. Depuis le retour, deux albums. Une chimie en devenir. What Nature Gives… Nature Takes Away est le deuxième de ces disques, successeur de Dark Matter/Dark Energy (2015). Un album ? Non : un double, ou du moins se présente-t-il comme tel. Une masse, clairement : seize morceaux. Une mosaïque de son abrupts et imprégnés de mystique. Une  myriade de références est citée par le label : Godspeed You! Black Emperor, Mogwai, Bauhaus, Ulver, Wardruna. Cadrage fantaisiste ? Une chose, elle, est certaine : cette musique, physiquement présente, ambitieuse, impressionne. Velléité dans l’écriture, dureté dans le son, il y a là un héroïsme rêche et toujours cette basse qui résonne, dure et au bord de la saturation : celle de Robb, artisan indéboulonnable de cette résonance grumeleuse et rigide. Urbanité sourde et rocailleuse, charbon vital. Un mythe peut se redéployer : « The Magical and Mystical Properties of Flowers », avec Kirk Brandon ou encore « Nocturna » » qui évoquera la gravité d’un Joy Division. Le titre éponyme, ses cordes, sa cinématographie : c’est simplement à fondre sur place. Claire Pilling guide le chœur, le palpitant s’emballe et il est un peu partout.


Ainsi, unee résonance ancienne et en même temps si présente au monde, s’imposera avec insolence. Ceux qui les avaient aimés voire côtoyé à la fin des années 1970, ces dernières années, les ont fait rejouer avec eux. Des premières parties. Ils ont eu du flair. Killing Joke, The Sisters Of Mercy, The Stranglers. 2019 confirme l’état de grâce. C’est si sombre, fascinant, hypnotisant, incantatoire… Rien à jeter. Un son a traversé les corps, les a happés : comme un monde qui s’ouvre à vous, paysage qui s’est donné vie dans le feutre et la magie des studios 6DB (Manchester) avec Ding Archer. Ding, artisan du dur, cf. Pixies.
What Nature Gives… Nature Takes Away est un disque « sur la beauté et la violence de la nature. » Une peinture aux reflets ocre et bruns, myriade de détails agglomérés par un sens de la beauté peu commun et perturbant la notion de genre : dub et voix anthropo huileront à l’envi un « mijotage » psyché sur « The Ghosts of Winter Stalk this Land ». Feeling plein mais pas purisme. Fragments épiques et religieux resurgissent du bruit, moments d’élévation et de spatialité dans les caves. Les pierres ne sauraient ceindre l’esprit et le son convoque les fantômes : des présences errent en ce bas monde et Kirk Brandon n’est pas la seule légende du passé à baigner dans ce chaudron. Il y a Chris Packham sur « Winter (The Beauty and Violence of Nature) », Shirley Collins sur « A Murmuration of Starlings on Blackpool Pier ». Les miracles s’enchaînent. Un son pictural. Et le groupe ouvre littéralement la boîte de Pandore sur le dernier titre, comme si tout restait à faire, comme si tout était encore possible. Quelques voix disséminées, magmaïennes, font alors le lien avec « Deep in The Forest where the MemoriesLinger » et celles du tripal premier morceau « A strange Perfume ». Une boucle. Après tout, ils reviennent bien de nulle part, alors… qui sait où ils iront encore ?  Un disque saisissant, passionnant, vital.

****1/2

9 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Kyle Bobby Dunn: « From Here to Eternity »

From Here to Eternity est le premier LP du canadien Kyle Bobby Dunn en cinq ans. Le temps a passé très vite depuis le somptueux …and the infinite Sadness qui avait hissé l’artiste au rang des plus beaux compositeurs de la scène ambient. Mais cette attente est aujourd’hui largement comblée par cet ovni musical de près de trois heures. Le son unique du Montréalais prend toute sa dimension dans les longues compositions de From Here to Eternity, qui insufflent une ambiance à la fois tranquille et oppressante. Souvent léger et humoristique dans l’appellation de ses morceaux « Zendel Holyday Hangover Toccata » « Videodrone des questions », Kyle Dunn l’est beaucoup moins dans sa vie et son approche de la musique. Sur ce nouvel album, l’artiste explore le conflit perpétuel de nos émotions et de nos conditions d’êtres humains.

Le drone ambient de Kyle Dunn est toujours aussi cinématique, l’on se sent à la fois proche observateur et placé en retrait de ses compositions éthérées. Certains morceaux sont munis d’une atmosphère légère et éclairée tandis que d’autres sont marqués par des monolithes sombres à l’ambiance pesante. Pour apporter de nouvelles approches à ses compositions, l’artiste a invité des artistes amis dont notamment Mark Nelson (Labradford, Pan American) et Thomas Meluch. Un album essentiel et classieux.

****

9 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

William Ryan Fritch: « Deceptive Cadence: Music For Film Volume I & II »

Le compositeur californien William Ryan Fritch a produit non seulement de nombreux excellents albums studio mais un nombre encore plus colossal de musiques de films et de documentaires. Ce nouvel effort de Fritch est consacré, comme son titre l’indique, à ses compositions dédiées au septième art. Mais bien plus qu’une simple compilation de morceaux disparates, Fritch a méticuleusement sélectionné, retravaillé et re-masterisé l’ensemble de ces 45 titres pour leur donner une nouvelle vie et leur apporter une nouvelle vision narrative.


La musique de Fritch réussit à se débarrasser des arrangements et orchestrations pompeux de la musique classique contemporaine, au profit d’une pureté qui fait place entière à l’émotion. Le génie de l’américain arrive ici à tenir l’auditeur captivé sur l’ensemble de ces deux disques d’une durée, je précise de deux heures trente.
Ce double album vient célébrer dix ans d’une carrière sans-faute de l’américain, qui signe probablement ici son meilleur disque.

***1/2

9 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire