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Endless Melancholy: « Fragments of Scattered Whispers »

Fragments of Scattered Whispers est le sixième album d’Endless Melancholy, projet de l’artiste ukrainien Oleksiy Sakevych.

Depuis le début des années 2010, Sakevych avait su développer une musique ambient électronique bien à lui, en suivant une ligne directrice fondée sur l’expression de la mélancholie, comme l’atteste le nom de son projet. Sur Fragment of Scattered Whispers Sakevych peaufine sa maîtrise des atmosphères électroniques teintées de manipulations de bandes magnétiques et de mélodies douces jouées au piano.

A l’écoute des ritournelles développées sur « Postcards », ou de « Her Fragrant Beauty », l’on ne peut que s’immerger profondément dans cette atmosphère délicate et laisser libre court à notre imagination.

Pour ce disque, Sakevych s’est adjoint les services de Krzysztof Sujata (musicien ambient derrière l’alias Valiska) qui apporte une patine unique à l’ensemble en prenant en charge le mixage et le mastering.

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7 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Faye Webster: « Atlanta Millionaires Club »

Faye Webster est une de ces chanteuses versatiles dans la mesure où elle semble savoir tout faire en matière de musique et ce avec beaucoup de bonheur, d’inspiration et ce côté débridé et sans complexe qui donne la sensation que tout y est fluide et aisé.

C’est une artiste qui rend à la fois hommage aux grandes traditions américaines (Country, Folk, Americana), tout en s’inspirant de son expérience acquise au cœur de la scène hip-hop d’Atlanta.

Cet album au rythme posé est d’une coolitude absolue. Derrière le jeu en slide sur ses cordes de guitare qui font planer une atmosphère teintée de Country et de Folk (« Room Temperature », « Right Side Of My Neck »), Faye Webster impose sa personnalité moderne qui vient contrebalancer l’esprit vintage de ses chansons.

Elle flirte avec le R&B sur des titres tels que « Pigeon » et « Come To Atlanta » puis de façon beaucoup plus évidente avec « Flowers » qui lorgne même vers le Hip Hop avec la participation du rappeur Father, tout en intercalant un morceau à l’humeur beaucoup plus traditionnelle avec « What Used To Be Mine ».

Ce mélange assumé des genres fait d’elle une artiste qui sait vivre avec son temps, en produisant une musique actuelle qui bénéficie en même temps d’une culture musicale plus profonde, celle d’une Amérique en pleine transition culturelle et sociale, à la fois attachée à ses traditions et figure de proue de la révolution technologique. Mais en fin de compte Faye Webster n’a cure de tout cela, elle nous ouvre son club de millionnaires avec une décontraction contagieuse, et un charme sans limites.

***1/2

7 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

October Tide: « In Splendor Below »

À l’instar de Saturnus, tous les changements inhérents à October Tide (line-up, label, logo, etc.) n’ont jamais rien changé au fond ni aux formes de leur musique. Troublant (on note toutefois une disparition des claviers après le premier album). Depuis le premier album – Rain Without End, sorti en 1997 – d’un projet qui se présentait à l’époque comme un side-project à Katatonia, l’orientation est purement doom/death, sous-genre musical où les guitares sont au centre du propos. Elles posent le cadre et l’embellissent. On retrouve donc un midtempo plombé et un florilège de mélodies à la beauté froide qui nous ramènent instinctivement à la période Brave Murder Day / Sounds of Decay de Katatonia.

Ce constat fait, on peut émettre une solide hypothèse : OT demeure et restera jusqu’à la fin des temps le projet de cœur de Fred Norrman (et dans une moindre mesure, celui de son frère Mattias, bassiste ou second guitariste selon les besoins du groupe) : celui qui injecte les fluides, l’initiateur, le compositeur de génie. Malgré la participation de Jonas Renkse sur les deux premiers albums (dont le dernier pour lui, l’excellent Grey Dawn [1999]), qu’on peut se risquer à qualifier d’anecdotique, Norrman et October Tide seront liés jusqu’à la mort de l’un ou de l’autre.
De 1999 à 2010, l’entité disparait, puis renaît avec un line-up cristallisé autour de Fredrik et Mattias. Il restait des démons à extérioriser. Depuis sa reformation en 2010 (quelques mois après que les frères Norrman aient quitté Katatonia), quatre albums ont vu le jour, inégaux mais loin d’être dispensables (
Winged Waltz [2016], pauvre en moments forts, succède à un Tunnel Of No Light un brin décevant).

Tout est aujourd’hui oublié car In Splendor Below s’impose facilement comme une des productions les plus vibrantes de la discographie des Suédois. Un sixième album transcendant qui rappelle les meilleures heures d’un doom/death sans compromission (entre 1995 et 2005, à quelques mois près), et dans lequel la guitare lead se distingue majestueusement. Inspirés en diable, tous les titres sont gorgés en mélodies puissamment mélancoliques et en refrains addictifs (« Stars starve me » et « Guide my Pulse » peuvent à eux-seuls représenter le genre). On reste impressionné par la cohésion de l’ensemble, l’absence de déchets, et par la lourdeur rythmique qui certes ne varie que très peu, mais qui laisse filtrer des suites de notes célèbrant les ténèbres. Obscurité et désespérance, magnifiés par le chant d’Alexander Högbom (Centinex, Demonical), parfait dans son rôle d’hurleur d’outre-tombe. Fred Norrman parvient à réinjecter de la magie dans un genre où tellement de choses ont déjà été dites… d’ailleurs, hormis Daylight Dies ou Swallow The Sun, aucun groupe ne peut sérieusement prétendre égaler cette maîtrise du sujet et son exploitation.
On connaissait l’aura noire et les potentialités d’OT, son rayonnement dans un ciel où les étoiles doom/death ont disparu une à une ; mais on ne s’attendait pas à une telle décharge émotionnelle, un tel sursaut d’orgueil. Que les amateurs de musiques sombres et électrifiés s’en réjouissent.

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7 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Mikael Lind: « Contingencies »

Mikael Lind, musicien suédois installé en Islande, n’en est pas à son premier coup d’essai, puisque sa musique est déjà parue sur des labels respectés tels que Polar Seas, Morr Music ou Time Released Sound. Ce nouvel album permet un peu mieux de découvrir sa musique, une musique qui, à l’image de son smptueux artwork, nous plonge dans un univers vaste et sublime.

Principalement construit autour d’improvisations jouées à l’aide de différents pianos, Contingencies est d’une justesse de jeu assez rare. La parfaite maîtrise de l’espace et des silences dans ces morceaux donnent une profondeur remarquable à l’ensemble. Au delà du piano, ce sont les manipulations électroniques qui donnent corps à cet album ambient qui rappellera les excellents travaux de Jason van Wyk.

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7 juin 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

My Disco: « Environment »

Cinquième album du trio australien, Environment a été enregistré en Allemagne. Pochette sombre avec un genre de monolithe abstrait et sans aucun texte, le fait qu’il a été produit dans le studiod’Einstürzende Neubauten enfonce encore le groupe dans la noirceur.
My Disco avait débuté au début des années 2000, rapidement sous la houlette de Steve Albini en signant des albums de punk-rock minimaliste un peu autistes et puis avec leur Little Joy, ils avaient vraiment trouvé une formule originale : ligne de guitare et de basse répétitives et c’est la batterie qui créait variations et mélodies sur des climats particulièrement tendus. Severe, album précédent de 2015 avait alors fait évoluer le groupe vers quelque chose d’encore plus sombre et dérangeant…


Environment voit le combo évoluer vers musique qui devient pratiquement abstraite. C’est une sorte de drone organique et déconstruit. La batterie se transforme en percussions. Elle n’est plus vraiment jouée mais frottée ou raclée à la manière de leur compatriotes de Sky Needle. Une note de guitare et de basse est samplée et étirée pour laisser cette texture mouvante tourner en rond dans la pièce. Ici, les musiciens renoncent à jouer de la musique avec leurs instruments mais les utilisent pour créer des sons.
Et puis au milieu il y a
ura ce « Rival Color », rythmique tribale, chant d’outre tombe et tension extrême pour cette paisible fin d’album sous la pluie et cette façon hors normes de voir des musiciens tourner le dos à leur musique.

***1/2

7 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Suplington: « After Life »

Dans Repeating Flowers, le précédent disque de Suplington, (alias Nakula Fogg), on avait repéré deux superbes pièces : « Spring Dance », scintillant de clochettes sur des rythmes de derbuka et « The Ocean As One Being », langoureux, méditatif malgré une multitude de micro aspérités sonores, évoluant vers une nappe de synthé et finissant par le bruissement des vagues.

Son dernier album, After Life, baigne également dans un univers marin et rappelle la préoccupation de l’artiste pour la nature et les éléments. Ce sont de longues plages spacieuses, illustrées de sons environnementaux, à la manière du World Receiver de Tetsu Inoué .

On retrouvera à nouveau cette capacité à créer une ambient où les drones et synthés se déploient en harmonie avec de subtils traitements organiques (« Seagulls in Your Mind) », des glissements de violon (« A view in Motion) », des moments de tension dramatique (« Sore Eyes) ».

Enfin, un dernier titre, le majestueux (« Procession »), débutant par un bourdon grave, puis faisant émerger une mélodie de cordes le bourdon disparaîtra progressivement pour ne laisser place qu’à ces filaments de violon traité, nous fera nous dire que, si After Life est le programme qui nous attend après la vie, il n’y aura pas  nulle place pour s’en sentir inquiet.

***1/2

7 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Childcare: « Wabi-Sabi »

Ce quatuor londonien sort son premier album après quelques E.Ps et tournées. À la croisée des chemins entre Jungle, Superfood et Everything Everything, Vabi-Sabi offre rock softcore psyché qui peut également faire penser à The Vaccines

Childcare réunit sur cet album des vieux morceaux – comme le très réussi « Mega Grey » qui était sur leur premier EP en 2017 – et des inédits.

L’opus va débuter par une intro perchée, « Inhale », avant de se lancer réellement grâce au remuant « Man Down », dans des sonorités funky et psychédéliques. C’est ensuite leur dernier « single » « Champagne Brain » qui prendra le relai, permettant à son auditeur de commencer à cerner la dimension spirituelle et conceptuelle de l’album. Wabi-Sabi est en effet une référence à une expression japonaise qui fait à la fois écho à la mélancolie du « wabi » et le temps qui passe du « sabi ».

Il règne en effet une ambiance de plénitude dans cet étrange objet qui veut, mêler les contraires et promouvoir l’art de la résilience. À cet égard, si Wabi-Sabi manque d’un ou deux hits majeurs ou d’immédiateté, il reste un opus varié dans ses sonorités, comme le choix de laisser la bassiste Emma Topolski délivrer un aérien et estival « Bamboo », dans son esprit (« Sugarcane) », flirter avec délicieusement rétro (« Cooking Each Other’s Juices) » ou le bizarre (« Getting Over You »). Et si vous pensez entendre Jungle ou Alt-J sur « Big Man », rien de bien surprenant tant Childcare peut les rappeler dans ses sonorités tropicales et ses mélanges audacieux d’un « Magazines » que Damon Albarn validerait sans sourciller.

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7 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Interview de Fountaines D.C.

 Les post-punkers irlandais de Fontaines D.C se singularisent par un goût pour la poésie merveilleusement exemplifiésur leur nouvel album, Dogrel. Ils abordent ici des sujets personnels où, selon leur guitariste Carlos O’Connell,il n’y a aucune appréhension à faire part de sa vulnérabilité. Il répond ici sur toutes les problématiques qui ont occupé le combo dans la genèse de ce nouvel opus.

Dogrel semble être plus personnel qu’avant ; êtes-vous inquiet de vous exposer ainsi ?

Oui, inquiet et excité à la fois. Il y a une grosse part de vulnérabilité edans. Avant, nous ne travaillions qu’à mi-temps ; maintenant nous somes plus au fait du quotidien et certains expériences sont retranscrites ici ; en particulier les phases dépressives et la perte de notre innocence.

Il y a ce goût inhabituel dans le rock pour la poésie.

Ça a toujours été le cas chez nous et on avait déjà publié deux ou trois livres avant. Du coup on a été influencés par Kerouac, Ginsberg et d’autres. Ensuite nous avons eu notre période irlandaise : Kanvanagh ou Joyce. Puis on a été absédés par Yeats. Ce sont ces autours qui nous donnent inspiration mais aussi énergie et une immense sensation de liberté aunt à ce que nous désirions écrire.

Il y a quelques années, le gouvernement irlandais a investi beaucou pd’agent pour la culture…

Nous en avons bénéficié. Ils nous ont aidés à réaliser l’album et, plus eimportant encore, nous ont accordé un soutien sans failles. Sans eux nous n’aurions pas pu faire autant de tournées et jouer dans de si grandes salles dont certaines, pour notre plus grande joie, étaient complètes.

Beaucoup de vos titres évoquent aussi des sujets économiques et financiers…

Il est important d’en parler car l’argent est le thème central sur Drogrel. Ces derniers temps beaucoup de gens ont pu prospérer, les personnes qui travaillent dans la technologie ou qui ont pu investir dans l’immobilier. Mais pour la majorité, nous vivons une période difficile ; beaucoup de familles qui vivaient à Dublin depuis des générations on dû partir en raison de la hausse des prix. Pour des artistes c’est encore plus difficile, nous l’avons vécu personnellement et c’est pour cette raison que nous en parlons.

Que pensez-vous de l’impact des médias sociaux sur l’art ?

Je crois que le problème réside dans le fait qu’ils crèent une distraction dans l’univers des gens et que ceux-ci dovent être un peu plus consients des véritables enjeux. J’ai été professeur et faire en sorte que les élèves laissent tomber leurs martphones et prêter attention à ce qu’on leur disait était une vraie galère. Parfois j’avalks l’impression que je leur coupais un membre. Au moins cela m’a permis de les mettre sur la liste des invités pour aller à nos concerts. (Rires) Qu’on le veuille ou non c’est un outil de promotion.

7 juin 2019 Posted by | Rapid Talk | | Laisser un commentaire

Teen Daze: « Bioluminescence »

Voici un nouveau disque qui émerge de la production pléthorique et inégale de Jamison Isaak. Bioluminescence séduit par sa délicatesse et par la cohérence de sa palette instrumentale entre électronique et sonorités organiques (guitare, bruits, sons naturels). Huit morceaux à coloration ambient et downtempo, dont les plus intéressants créent une ambiance nostalgique.

Le très court « Longing, » pianoté avec simplicité, se déploie progressivement en arpèges et bruits percussifs du plus bel effet. Minimal et mélancolique, « Drift » est une des réussites de cet album. Paradoxalement, les trois tracks les plus rythmés, « Hidden Worlds », « Ocean Floor » et « Endless Ligh »t, lorgnant vers une house accrocheuse faite pour (nous) plaire, semblent moins singuliers et un poil décalés par rapport à une tonalité d’ensemble plus personnelle (« An Ocean on the Moon »).

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7 juin 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Sólveig Matthildur: « Constantly In Love »

S’intéresser à la scène musicale islandaise, c’est savoir que celle-ci regorge de talents et ne se limite pas seulement à Björk ou Sigur Rós. Les musiques froides y sont dignement représentées par le trio féminin Kaelan Mikla, l’un des groupes les plus excitants de ces dernières années au sein de la mouvance dark wave, dont Sólveig Matthildur assure les synthés et une partie du chant. Après une première escape solo en 2016 avec son très beau premier album Unexplained Miseries & The Acceptance Of Sorrow, Sólveig revient avec Constantly In Love.

Si son premier effort était assez cinématographique et flirtait parfois avec l’ambient, ce nouvel opus se révèle plus direct dès la première écoute, avec une voix nettement mise en avant. Le premier « single » « Dystopian Boy », en est l’illustration parfaite : un morceau efficace, dansant avec un refrain qui reste en tête et l’apport incontestable de Deb Demure (Drab Majesty) : une guitare qui signe une ligne magnifique. Le morceau miroir, « Utopian Girl » est tout aussi réussi avec ses répétitions phrasées et lancinantes.

À l’image de ces deux titres, plusieurs autres morceaux sont construits à la manière d’un diptyque (« My Desperation »/ « Your Desperation » ou encore « Constantly in Love » « Constantly Heartbroken »), Matthildur y navigue entre l’anglais et l’islandais en évoquant de manière poétique des thèmes universels : l’amour perdu, le spleen, les rêves.  Musicalement, l’album contient son lot de petites bombes dark wave (« My Desperation » /« Your Desperation »,notable par son excellent remix) mais aussi des morceaux plus planants comme le titre éponyme et sa sublime ligne de synthés ou encore « My Father Taught me how to Cry », véritable crève-cœur.

Difficile de ne pas être conquis par la voix puissante et parfaitement maîtrisée de Sólveig Mathildur, utilisée comme un instrument à part entière. Écouter simplement « Constantly heartbroken » pour s’en convaincre. Le dernier titre, « The End », vient renforcer cette impression : départ en douceur avec longue introduction au synthé puis montée progressive en puissance, magistrale, grâce à la voix de l’Islandaise.  Avec ce deuxième album, Sólveig Matthildur poursuit son émancipation et s’affirme comme l’une des artistes les plus importantes de la scène dark wave et au-delà. Avec des mélodies accrocheuses, des « featuring » de qualité (elle partage le titre « I’m OK » avec Some Ember) et une authentique signature vocale, elle signe, en termes de dark wave, un des meilleurs albums de l’année.

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7 juin 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire