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Patience: « Dizzy Spells »

Roxanne Clifford se devait de tourner la page Veronica Falls. Changer les habitudes et passer à autre chose. Et pour ça, elle est partie s’installer en Californie et désormais elle se fait appeler Patience, le nom de son nouveau projet déjà squissé dès 2016. Ça s’appelait « The Pressure » , et ce titre annonçait d’ores et déjà le virage à 180 degrés qu’allait opérer Roxanne Clifford pour la suite de ses aventures. Exit les guitares jangly et place à une synthpop anachronique car délibérément 80’s, pour laquelle elle a d’ailleurs créé son propre label.

Après avoir enfoncé le clou avec l’excellent un excellent « White Of An Eyes » façon New Order elle a prêté sa voix à « You’re Sorry » un titre que l’ont doit à Todd Edwards, connu pour son influence dans la House music et le UK Garage et sa collaboration avec Daft Punk. Ce dernier se retrouve d’ailleurs dans la production du titre d’ouverture de l’album, « The Girls Are Chewing Gum ».

C’est comme si on mettait les pieds sur un dancefloor, mais comme dans un cercle fermé qui se laisserait volontiers submergé par une vague de spleen.

En effet, avec Roxanne Clifford, la mélancolie n’est jamais très loin. Ici, la seule différence, c’est qu’elle passe par un traitement différent (new wave, avant-pop et même Italo disco, parfois). Quelque part, comme toute page qui se tourne, c’est assez courageux et il suffit de se laisser tenter pour être récompensé (« Living Things Don’t Last », « The Church » et surtout « White Of An Eye »). Le fantôme des Veronica Falls planera aussi sur ce Dizzy Spells, le temps d’un duo avec Marion Herbain sur « Moral Damage ».

Si Roxanne Clifford ne cache pas son intention de revenir un jour avec une nouvelle formation en dehors des Veronica Falls, elle montre ici sa capacité à proposer autre chose et à se réinventer tout en préservant sa belle sensibilité « pop ».

***1/2

16 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Matmos: « Plastic Aniversary »

La musique électronique s’est longtemps débattue pour atteindre un statut équivalent à celui de la musique que l’on pourrait qualifier d’« organique ». La noblesse du bois qui résonne au son de l’archet de crin de cheval, le cuir tendu du tambour, la flûte d’os ou la calebasse creusée à même le fruit, contre la musique synthétique qui reproduit les sons des instruments faits de bois, de métal, de plantes ou de parties d’animaux, mais qui s’astreint aussi à les déformer ou à les amplifier au moyen de courant électrique… L’opposition simpliste continue de se rejouer à l’infini, dans un duel imaginaire où les adeptes des sonorités classiques et des productions sonores électroniques se regardent en chiens de faïence ou s’ignorent superbement. Évidemment, la réalité est plus complexe, et bon nombre d’instruments dits « classiques » ont depuis longtemps intégré des composantes de plastique et de nylon, et les catégories musicales autrefois plus franches sont perméables comme jamais.

En cette ère où l’on prend conscience partout dans le monde de l’envahissement du plastique et de ses potentiels ravages environnementaux, ce duo de Baltimore

nous offre un cadeau on ne peut plus approprié pour dévoiler le potentiel musical de ce matériau omniprésent : un objet sonore 100 % plastique. Leur opus précédent, Ultimate Care II, était, de ce point de vue, une création sonore décapante, élaborée à partir des tribulations d’une machine à laver.

Le duo de Baltimore que forment Drew Daniel et Martin « M. C. » Schmidt fait, aujourd’hui, paraître son Plastic Anniversary. Et le titre de cette nouvelle galette n’est pas anodin : on met à profit une panoplie de sonorités insoupçonnées créées à partir d’objets dérivés du pétrole, et il en résulte des pièces percutantes aux textures à la fois familières et étranges, mais on fait aussi la fête au plastique dont les vibrations se glissent dans nos oreilles pour nous chatouiller les tympans. En écoutant l’album, on s’émerveille à plusieurs reprises du résultat qui défie ce qu’on pourrait anticiper d’une œuvre recourant exclusivement à des polymères. Les sons, couinements, grincements, frottements, percussions et la résonnance des divers matériaux qu’on triture sont magnifiquement agencés en des pièces à la fois surréalistes et captivantes. Et on retrouve en prime une performance du batteur Greg Saunier deDeerhoof dans l’excellent « Silicone Gel Implant ». Cela n’est pas surprenant outre mesure, Matmos s’entoure de collaborateurs hors pair depuis bon nombre d’années, dont de grosses pointures comme Björk.

Certaines compositions comme « Thermoplastic Riot Shield » mêlent des rythmes dansants et syncopés aux accents de house à des alarmes, des bruits d’outils et des rythmes vaguement tribaux pour créer une ambiance inquiétante et déconstruite. D’autres, comme « Fanfare for Polyethylene Waste Containers », évoquent un univers plus sombre, toujours en misant sur des rythmes entraînants, alors que la chanson titre, « Plastic Anniversary, » flirte du côté de l’arrangement orchestral à grand déploiement.

Matmos s’est imposé un nouveau défi technique, et il le relève haut la main. Cela dit, le produit fini, dans son ensemble, ressemble davantage à une exposition de possibilités qu’à un objet cohérent. Il n’y a évidemment aucun mal à cela, le concept d’album étant de toute manière de plus en plus mouvant. Les pièces concoctées par le duo sont brillantes et témoignent de leur audace compositionnelle, mais elles sont tout de même regroupées en une parution à la forme classique (divisée en portions dont la longueur varie entre 2 min 30 sec. et 5 min), même si elles auraient peut-être gagné à être fusionnées en une production continue comme c’était le cas pour Ultimate Care II. S’astreindre à un tel exercice aurait dans tous les cas donné un résultat plus organisé et conféré plus de profondeur au projet.

Plastic Anniversary reste néanmoins un disque extrêmement plaisant à écouter, d’autant qu’il nous permet de profiter de toutes les subtilités sonores dont il est pourvu.

***1/2

16 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire