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Bjarki: « Happy Earthday »

Bien qu’il soit l’auteur d’une poignée de disques publiés, le producteur Bjarki considère Happy Earthday comme son premier album en ajoutant que c’est une manière de dire adieu à une certaine musique et à entrer dans une autre.

Vaste programme que ce deuil de l’enfance. Au long des quinze morceaux composant Happy Earthday, le natif de Reykjavik met la focale sur une conscience environnementale grandissante et, à l’image d’une planète en plein changement, chacun des éléments du disque fait sa mue.

Cérébrale, cette production recèle tellement de bonnes idées que Bjarki ne risquera pas d’être assimilé à ces nombreux suiveurs des pionniers Warpiens auxquels il rend néanmoins un hommage quasi-permanent. C’est ainsi les travaux ambient d’Aphex Twin qui peuvent être évoqués sur « Lita Og Leira » alors que l’on pensera plutôt à ses abstractions favorites sur un « (.)_(.) » à la fois acid-jungle et onirique. On ne s’empêchera par ailleurs pas de considérer que les titres des morceaux semblent être un clin d’œil évident à Richard D. James.

Mais les autres pionniers ne sont pas en reste, et les beats étouffés de « Blessuð Börnin » rappellent certaines ambiances chères à Plaid, tandis que « Cereal Rudestorm » évoque un Autechre sous acide et que l’onirisme de « Two Brainedness » autant qu’un « Salty Grautinn » aux polyrythmies cérébrales convoquent l’univers de Boards of Canada.

Bjarki s’affranchit néanmoins de ses aînés et d’autres grands moments – peut-être plus singuliers – jalonnent cette production, d’ »Alone In Sandkassi » avec ses beats abrasifs rythmant une instrumentation rêveuse mâtinée d’irruptions aussi étranges et impromptues que délicates et séduisantes, à un « Happy Screams » oscillant entre ambient et IDM horrifiante, en passant par l’acid granuleuse aux synthétiseurs obscurs de « Bheiv_Sheep « et l’abstract hip-hop fugace d’ « ANa5 » ou, dans un registre plus downtempo, de « Plastic Memories ».

Pont entre son inspiration propre et l’influence du gratin de Warp, Happy Earthday permet à Bjarki de se distinguer des suiveurs en teintant ses compositions d’un incroyable élan de liberté et de vitalité. Et, nous l’avons bien compris, c’est surtout un hommage à son enfance qui guide la démarche de l’Islandais sur cet enregistrement. Et cela fait toute la différence. Car il ne s’agit nullement de copier qui que ce soit mais bien de traduire la manière dont il s’est auparavant imprégné d’un environnement fait de cette planante étrangeté. Et l’opération, parfaitement digérée, permet à Bjarki Rúnar Sigurðarson de confirmer qu’au-delà de GusGus, l’Islande recèle des trésors bien cachés en matière d’électro aventureuse.

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15 mai 2019 - Posted by | Chroniques du Coeur |

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