No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Nots: « 3 »

Nots est un des groupes féminins qui possède plus de testostérone que n’importe qui. On s’est pris une sacrée claque à l’écoute de leur second disque intitulé Cosmetic (paru en 2016 et les jeunes femmes de Memphis récidivent avec 3.

Une fois de plus, on s’acoquine leur fusion entre post-punk et garage-rock sur des titres toujours aussi explosifs et rentre-dedans à l’image de l’introduction nommée « Low » et « Woman Alone » mais à un détail près. Menant toujours la guerre au patriarcat, Nots se fait plus menaçante que jamais avec des missiles un peu plus synthétiques comme « Floating Hand » ou « Surveillance Veil ».

Leur post-punk chaotique et inquiétant prend des allures plus alarmistes notamment grâce aux textes dénonciateurs de Natalie Hoffmann qui sont mis en avant notamment sur « Rational Actor » mettant en avant les dangers du pouvoir sur la technologie. On arrive à s’identifier sur les titres aux synthés intergalactiques comme « In Glass » et « Half Painted House » nous laissant aucune chance de respirer. Sur 3, Nots pousse le vice encore plus loin et personne ne sera à l’abri pas même le patriarcat.

***

15 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Bjarki: « Happy Earthday »

Bien qu’il soit l’auteur d’une poignée de disques publiés, le producteur Bjarki considère Happy Earthday comme son premier album en ajoutant que c’est une manière de dire adieu à une certaine musique et à entrer dans une autre.

Vaste programme que ce deuil de l’enfance. Au long des quinze morceaux composant Happy Earthday, le natif de Reykjavik met la focale sur une conscience environnementale grandissante et, à l’image d’une planète en plein changement, chacun des éléments du disque fait sa mue.

Cérébrale, cette production recèle tellement de bonnes idées que Bjarki ne risquera pas d’être assimilé à ces nombreux suiveurs des pionniers Warpiens auxquels il rend néanmoins un hommage quasi-permanent. C’est ainsi les travaux ambient d’Aphex Twin qui peuvent être évoqués sur « Lita Og Leira » alors que l’on pensera plutôt à ses abstractions favorites sur un « (.)_(.) » à la fois acid-jungle et onirique. On ne s’empêchera par ailleurs pas de considérer que les titres des morceaux semblent être un clin d’œil évident à Richard D. James.

Mais les autres pionniers ne sont pas en reste, et les beats étouffés de « Blessuð Börnin » rappellent certaines ambiances chères à Plaid, tandis que « Cereal Rudestorm » évoque un Autechre sous acide et que l’onirisme de « Two Brainedness » autant qu’un « Salty Grautinn » aux polyrythmies cérébrales convoquent l’univers de Boards of Canada.

Bjarki s’affranchit néanmoins de ses aînés et d’autres grands moments – peut-être plus singuliers – jalonnent cette production, d’ »Alone In Sandkassi » avec ses beats abrasifs rythmant une instrumentation rêveuse mâtinée d’irruptions aussi étranges et impromptues que délicates et séduisantes, à un « Happy Screams » oscillant entre ambient et IDM horrifiante, en passant par l’acid granuleuse aux synthétiseurs obscurs de « Bheiv_Sheep « et l’abstract hip-hop fugace d’ « ANa5 » ou, dans un registre plus downtempo, de « Plastic Memories ».

Pont entre son inspiration propre et l’influence du gratin de Warp, Happy Earthday permet à Bjarki de se distinguer des suiveurs en teintant ses compositions d’un incroyable élan de liberté et de vitalité. Et, nous l’avons bien compris, c’est surtout un hommage à son enfance qui guide la démarche de l’Islandais sur cet enregistrement. Et cela fait toute la différence. Car il ne s’agit nullement de copier qui que ce soit mais bien de traduire la manière dont il s’est auparavant imprégné d’un environnement fait de cette planante étrangeté. Et l’opération, parfaitement digérée, permet à Bjarki Rúnar Sigurðarson de confirmer qu’au-delà de GusGus, l’Islande recèle des trésors bien cachés en matière d’électro aventureuse.

****

15 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Greys: « Age Hasn’t Spoiled You »

Ce quatuor post-punk résident de Toronto est actuellement l’un des meilleurs groupes du genre de son pays. Depuis la parution de l’album If Anything (2014), et plus particulièrement celui de l’extatique Outer Heaven (2016), la réputation du groupe n’est plus à faire. Aux côtés de Metz et Preoccupations, Grays fait partie de la Sainte-Trinité de la nouvelle scène post-punk-noise canadienne.

Après la sortie d’Outer Heaven, la formation a enchaîné les tournées en compagnie de quelques compagnons de route canadiens; White Lung, Japandroids et bien sûr, Preoccupations, pour ne nommer que ceux-là. En côtoyant tous ces confrères et consoeurs, Shehzwad Jiwani (meneur de Greys) a donc eu envie de plonger dans des sonorités différentes tout en ayant le désir de développer de nouvelles habitudes créatives. C’est ainsi qu’il s’est mis à écouter des groupes aussi disparates que The Chemical Brothers, Beastie Boys et Crosby, Stills, Nash & Young (sic !).

Greys tente de repousser ses limites créatives, et par moments, c’est totalement réussi, à d’autres, par contre, ce sera l’ennui va happer l’auditeur. Malgré l’intégration d’ascendants sonores intéressants (krautrock, musique industrielle, jazz, musique ambiante, etc.), de claviers et d’échantillonnages inventifs, le quatuor a oublié d’écrire des chansons cohérentes, particulièrement en fin de parcours. Bien sûr, le penchant bruyant ne disparaît pas totalement, mais il est supplanté par quelques éléments mélodiques plus pop qui parfois amenuiseront la force de frappe du groupe.

Par exemple, dans « Arc Light », lorsque le groupe revisite son aura Trail of Dead, on retrouve toute la puissance que l’on aime chez eux, mais c’est quand la formation tente de nous émouvoir que le bât blesse. Ainsi, la mièvrerie mélodique dans « Western Guilt » agacera plus qu’elle ne nous bouleversera.

Jusqu’à « Kill Appeal » (5e titre de l’album), ce disque est assez intéressant. Par la suite, le groupe se perd dans des expérimentations et des mixtures sonores qui empêchent certaines chansons d’atteindre leur plein potentiel. L’incursion malhabile dans le krautrock entendue dans « Shelley Duvall in 3 Women » est franchement soporifique. En contrepartie, dans « Aphantasia », le jeu de guitares fortement inspiré par le son légendaire de Sonic Youth est particulièrement réussi.

Verdict ? Age Hasn’t Spoiled You est un disque qui souffre d’une certaine fatigue compositionnelle, et ce, malgré les bonnes idées et intentions que cette création renferme. Voilà une production sise « entre deux chaises », comme si Greys n’assumait pas pleinement sa nouvelle identité. Somme toute, ça demeure un bon album, mais qui manque un peu de vigueur.

***1/2

15 mai 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Mist Of Misery: « Unalterable »

cette surenchère de claviers dramatiques, ce surdosage de tristesse déchirante : ce black doom  pour qui l’adjectif « grandiloquent » s’adapte tout à fait à la musique du combo. Adeptes des claviers enveloppants, des plaintes à vous fissurer le coeur, des éléments neo-classiques et des très longs titres surexploitant les riffs d’une mélancolie déchirante, Mist Of Misery est le candidat idéal pour passer une soirée bien au chaud à se lamenter de toutes les misères qu sort ou de la psyché.

Unalterable est vraiment un excellent disque de genre. Il dispose à la fois d’un toucher funeral doom classieux et d’une sensibilité black metal qui lui octroie intensité et puissance. Et dans cette configuration, beaucoup d’appelés, peu d’élus. Bien sûr, les claviers sonennt parfois un peu « cheap » ; si la qualité de composition est là, un peu plus de moyens octroyés au groupe pour cette nouvelle offrande n’auraient pas été de trop. D’autant plus que celle-ci est d’une richesse assez colossale. En effet, Mist Of Misery nous régale de presque deux heures de musique ! C’est inédit dans le genre et mérite d’être souligné. Bref, on en a pour son argent même s’il faut s’accrocher pour enfiler Unalterable d’une traite.

Mais, si l’ensemble baigne dans le désespoir, des nuances sont à noter, et les titres sont assez variés pour qu’on se laisse porter sans bâillement ou renoncement aucun. Inaltérable donc.

****

15 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

She Keeps Bees: « Kinship »

Le dernier album de She Keeps Bees, Eight Houses, datait de quatre ans le duo de Brooklyn revient à la charge avec ce ciquième album, Kinship. Cet opus mesure à nuoveau la force tranquille qui émane des deux new-yorkais ; c’est à des morceaux folk courts mais jamais dénués de mélancolie que l’on a affaire, que ce soit sur l’introduction plutôt sombre nommée « Hawk » mais également « Coyote » et le touchant « Breaking Weight » qui ont de quoi nous procurer des frissons.

On retrouvera l’interprétation toujours aussi bouleversante de Jessica Larrabee et des instrumentations remarquables par leur sobriété faisant leur effet sur « Dominance », « Queen of Cups » et autres « First Quarter Moon ». Tantôt mis à nu tantôt accompagné par des arrangements sur mesure que ce soit avec « Longing » et « Ocean », le retour de She Keeps Bees est plus que le bienvenu. On aurait aimé que Kinship dure un peu plus longtemps mais qu’importe, ce voyage musical a de quoi nous provoquer multiples et belles émotions.

***1/2

15 mai 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire