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Ohtis: « Curve of Earth »

Curve of Earth est le premier album du trio américain Ohtis, composé de Sam Swinson (chanteur-compositeur), Adam Pressley (bassiste, guitariste et producteur) et le multi-instrumentaliste Nate Hahn (pedal-steel notamment).  Mais leur histoire est dans les faits un brin plus complexe, chaotique et ancienne. Elle débute sous les meilleurs auspices dans les travées du lycée de la petite ville de Normal (Illinois). En 2008, un premier album autoproduit If This Country Had a Heart, That’s Where I Was Born voit même confidentiellement le jour. En 2009, le guitariste Adam Pressley est contraint de lâcher l’affaire pour s’installer à Detroit. Le groupe est dissout. Huit années fileront durant lesquelles les deux amis (Adam et Sam) vivront à distance des trajectoires bien différentes. Pressley rejoindra la formation Prussia jusqu’en 2012 et enchaînera ensuite avec un nouveau collectif – les Jamaican Queens. Quant à Swinson il luttera contre une dépendance sérieuse à l’héroïne cause exclusive du départ de son acolyte. Sam et Adam garderont tout de même un lien tenu et composeront à distance et à une fréquence erratique quelques titres.

En 2016, toujours éclaté géographiquement, les musiciens renouent plus activement avec leur passé commun. Les pieds sur terre et sorti de l’enfer de la dépendance le songwriter américain Sam Swinson installé aujourd’hui à LA fuit désormais ses démons passés. Mais pour véritablement faire table rase du passé il se devait de tout extérioriser. Curve of Earth est sa confession intime et le miroir de tous ses désordres antérieurs. Tout y est écrit – la teneur des propos est explicite – mais à l’oreille rien ne transparaît, car le spectre sonore est doux et avenant. Le trio de musiciens sur un équipement analogique distille huit compositions joliment folk ou gentiment country-pop. Elles ne raclent pas nos tympans, sont régulièrement mélancoliques mais ne plombent pas le moral.

Cette collection de vignettes ne cache rien du passé troublé (hôpital, violence et cruauté de la situation (perte d’un ami, période sans domicile fixe)) de son auteur principal. La religion et ses thèmes connexes (transgression, culpabilité et réhabilitation) sont aussi omniprésents. Mais ne cherchez pas le pathos ici car sous ce vernis de sincérité Swinson fait preuve d’humour (noir) et d’autodérision.

« Pervert Blood » par exemple, fut écrit durant un moment de crise aigüe et capté dans sa salle de bain sur un enregistreur nomade. Lo-fi aux entournures et country-folk dans la forme, la ligne mélodique est tracée par des accords de guitare acoustique.

Les musiciens vont spécialement rechercher sur cet opus la clarté et la simplicité musicale combinée à une modestie de la production. Le premier 45t extrait – « Runnin » (avec sa magnifique face B « Settling” »non présente sur cet opus) – s’étoffe musicalement. Cette pop song angélique et minimale disperse ses notes country et suscite une dépendance positive dès la première écoute.

« Rehab » est la petite folie de son auteur, la mélodie virevolte au rythme de quelques percussions rebondissantes ; l’ensemble très pop et country fleure bon l’exotisme. Le songwriter déborde ici d’optimisme. « Black Blood » est son jumeau rythmique à un détail près : les percussions y sont plus lourdes et rock. Les paroles sont aussi bien sombres. Swinson a ici judicieusement choisi de prendre le contre-pied musical du contenu textuel. La voix du musicien de l’Illinois insouciante et claire emmène cette chanson pop-rock  jusqu’au bout de son vaillant tempo.

Le final de ce disque bien convaincant expose une facette plus dénudée et acoustique. La ballade épurée et introspective « Junkie Heaven » à l’instrumentation clairsemée signe un retour sur soi empli de mélancolie.
Ce tour de chant du condamné qui reprend goût à la vie se clôt sur « Serenity Prayer ». Une intro folk et minimale à la Sufjan Stevens se déploie sur une instrumentation rustique et pittoresque.

Ce premier album a été conçu par le songwriter Swinson comme un exorcisme de son existence passée dans les méandres de ses addictions. Dorénavant, un futur (moins pesant) peut sérieusement être envisagé pour lui-même et ses acolytes.

****1/2

4 mai 2019 - Posted by | Chroniques du Coeur |

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