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Tant qu'il y aura du Rock!

Drugdealer: « Raw Honey »

La formation diigée par Michael Collins sort ici Raw Honey, un deuxième album dont on peut espérer qu’il passera moins inaperçu que son premier, paru en 2016.

Avec Mac Demarco aux commandes, Drugdealer continue sur sa lancée de compositions soft-rock dignes des années 1970, résolument planants et mélodiques. Il suffit de fermer les yeux et de se laisser emporter par les douces ritournellesde la trempe de l’introduction instrumentale « You’ve Got To Be Kidding ».

Comme sur l’album précédent, la voix de Natalie Mering alias Weyes Blood survole avec classe l’agréable et sucré « Honey » qui rappelle son dernier album de tandis que Harley Hill-Raymond joue les crooners sur un « Lonely » réminiscent de The Hollies et que le chanteur de country new-yorkais Dougie Poole est convié sur le plus cinématographique « Wild Motion » évocateur deRoy Orbison dans la démarche.

Pour le reste, Drugdealer nous offre un condensé de nostalgie à travers des titres résolument smooth nous donnant envie de rouler en décapotable les cheveux au vent sur les ambiances dignes du Magic Mystery Tour de « Lost In My Dream » ou encore la merveilleuse « If You Don’t Know Now, You Never Will ».

S’achevant sur l’instrumental solennel nommé « Ending On A Hi Note », Drugdealer est de retour avec un disque qui tombe pile poil pour les printemps ensoleillés où les températures avoisinent les vingtaines de degrés. Raw Honey est tout simplement un doux nectar musical où son soft-rock vintage et remis au goût du jour ne pourrait que chatouiller agréablement nos oreilles.

***1/2

21 avril 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

The Tallest Man On Earth: « I Love You. It’s A Fever Dream »

Le dernier album de The Tallest Man On Earth, Dark Bird Is A Home, ne méritait pas d’être marqué d’une pierre blanche. Il est vrai que Kristian Matsson nous avait habitué à mieux dans le passé. Quatre ans plus tard, le tir se devait d’être rectifié ; il porte le nom de son nouvel opus, I Love You. It’s A Fever Dream.

Ce qui avait quelque peu obéré Dark Bird Is A Home, c’était la volonté pour l’auteur-compositeur-interprète suédois d’engager un live-band. Le résultat en a été qu’on a perdu ce côté intimiste que l’on appréciait tant.

Pour ce nouvel album, il opère un virage à 90° en revenant à ses sources ; celles où il n’est armé que de sa guitare acoustique et de quelques arrangements discrets. Ainsi, l’émotion est de nouveau au rendez-vous à l’écoute des morceaux allant de « Hotel Bar » à « All I Can Keep Is Now » en passant par les sentimentaux « There’s A Girl », « I’m A Stranger Now » et « Waiting For My Ghost » qui renoueront avec la magie des débuts.

I Love You. It’s a Fever Dream. est un disque personnel car Kristian Matsson a traversé un divorce pour le moins traumatisant et on ressent toute sa peine tout au long de ce nouveau disque. Que ce soit sur « My Dear », sur « I’ll Be A Sky » ou bien même sur la conclusion éponyme, The Tallest Man On Earth sait émouvoir son auditeur comme peu réussivent à le faire en empruntant cette même voie.

***1/2

21 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Jade Bird: « Jade Bird »

Il sera malaisé de cataloguer cette jeune auteure compositrice si ce n’est l’apparenter àa la nouvelle sphère britpop. Produit par Simon Felice et David Baron, qui semblent lui avoir majoritairement laissé carte blanche, on notera très vte la qualité de leur travail discret à travers des morceaux comme « My Motto » ou « Ruin »s, dans lesquels les instruments à corde accompagnent l’artiste en arrière plan, pour complètement laisser place à sa voix seule sur d’autres titres comme pour la poser sur un piédestal lumineux.

Alternant entre douces mélodies et explosions vocales (« Love Has All Been Done Before », « I Get No Joy »), entre refrains colériques et réflexions calmes sur les relations amoureuses et la découverte de soi (« Does Anybody Know »), Jane Bird fait déjà preuve d’une assurance surprenante pour ses 21 printemps.

Jade Bird afait pourtant déjà parler d’elle de l’autre côté de la Manche puisque, après avoir assuré la première partie d’Hozier, de Father John Misty, de Brandi Carlile et de First Aid Kit, cette fan de Bruce Springsteen se lance en solo pour une tournée en Angleterre et aux Etats-Unis. On remarquera à cet égard que son album rassemble les influences de tous ces artistes réunis.

Résolument country, le timbre de voix de la jeune femme n’est pas sans rappeler celui de la tout aussi talentueuse Amy McDonald. Une voix versatile, qui se veut à la fois réservée, calme et limpide sur les balades, mais aussi puissante, énervée, piquante comme du papier de verre sur les morceaux plus rock. 

Si le thème de ses chansons semble avoir été visité des centaines de fois (la réalisation soudaine qu’un couple n’est pas toujours ce qu’il semble être), la chanteuse a au moins le mérite d’attirer l’attention par son énergie destructrice et ses paroles ponctuées d’un humour sans borne, presque insolent.

Si cet album éponyme surprend, c’est aussi parce qu’il est difficile de mettre une étiquette dessus. Pop-Folk ? Country ? Acoustique ? Sur certains titres, l’auditeur se laisse porter par une douce introduction avant d’être catapulté dans une bagarre de salon, des fenêtres qui se brisent et des chaises qui fracassent le sol.

Bird a compris comment jongler entre savant mélange de solos acoustiques et refrains furieusement rock’n’roll et, par conséquent,proposer de quoi séduire tout le monde. Ne lui restera plus qu’à continuer sur une voie qui lui soit propre.

***

21 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Cage The Elephant: « Social Cues »

Il y a trois années et demi de cela, le groupe de Bowling Green avait connu la consécration avec son quatrième disque Tell Me I’m Pretty produit par Dan Auerbach qui lui avait permis de remporter le Grammy du meilleur album rock. Le combo est, aujourd’hui, de retour avec son successeur, Social Cues.

Ce nouvel opus n’est pas intrinsèquement différent de son prédécessuer mais, tout en marchant sur ses pas de son prédécesseur, Cage The Elephant continue d’explorer l’âge d’or du rock’n’roll avec un soupçon « radio-friendly » pour ne pas surprendre son auditeur. Ecrit alors que Matt Shultz a traversé des périodes un peu troubles dans sa vie personnelle, il en résulte un disque où ils visent clairement plus haut comme l’atteste l’introduction space-glam nommée « Broken Boy » qui sonne comme une fusion entre David Bowie et MGMT ou les plus immédiats « Black Madonna » et « Skin and Bones ». Que l’on aime ou l’on déteste, nul ne doute que le groupe de Kentucky est bien de retour.

Il s’agit également de leur disque le plus diversifié allant des influences reggae-dub sur « Night Running » conviant le toujours aussi déluré Beck aux allures post-punk sur « House of Glass ». Cage The Elephant arrive à balancer le côté garage-blues qui a longtemps fait sa réputation avec « Ready To Let Go » qui fait écho à la vie personnelle de Matt Shultz et sure un « Love’s The Only Way » aux arrangements de corde somptueux ou « What I’m Becoming ». Ces morceaux arrivent à transmettre à la perfection ce qu’a traversé Matt Shultz avec un divorce qui a gaspillé son énergie en particulier sur un déchirant « Goodbye » en titre de final.

Avec Social Cues, Cage The Elephant signe son disque le plus hétéroclite de leur discographie mais aussi le plus abouti et cohérent. Prouvant qu’il est capable les de se renouveler comme bon lui semble, le sextet du Kentucky, en appuyant les textes personnels de son auteur, arrive avec succès à conjuguer passé, présent et futur.

***1/2

21 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Ic3peak: « Сka3ka »

Bien que sorti l’année dernière, impossible de ne pas parler du dernier album, Сka3ka, du phénomène russe Ic3peak.

Leur précédent opus Сладкая Жизнь / Sweet Life, avait été malencontreusement oublié mais Cka3ka, bien que moins rageur, possède une musicalité des plus singulières, plongeant ses racines dans la bass music, la trap, la witch house et les expérimentations électroniques transversales, appuyés par un coté « Pop » qui rend le tout hypnotique.

La voix de Nastya n’y est pas pour rien, ensorcelant l’auditeur à coups de susurrements enfantins et de décharges sensuelles à dresser les pores de la peau.

Elle alterne les modulations vocales avec une aisance et une diversité qui forcent l’oreille et à se pencher sur le travail de production pertinent, aidée qu’elle est par son acolyte  Nick, véritable artisan d’instrumentations trépidantes et tendues, où basses monstrueuses et synthés malades bâtissent des ambiances caverneuses et inquiétantes.

Sous les textes et la musique d’Ic3speak se cachent une poésie sombre et engagée, renvoyant à la situation plus que fragile de leur pays d’origine, certains de leurs concerts s’étant vus censurés par la police, et eux-mêmes arrêtés plusieurs fois. Les contes de fées du duo, sont le reflet terrible d’une jeunesse rêvant de liberté et de soleil radieux, de silences brisés et de droits d’expression. Très fortement recommandé.

***1/2

21 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Fat White Family: « Serf’s Up! »

En 2016, Fat White Family avait frappé un grand coup avec leur second disque Songs For Our Mothers. A cette époque, personne n’aurait imaginé que le groupe britannique aurait emprunté un virage plus cérébral pour ce disque alors qu’ils étaient être des bêtes de scène nihilistes. Quoi qu’il en soit, de l’eau a coulé sous les ponts depuis et ils reviennent des enfers avec leur nouvel album Serfs Up!.

Des enfers, c’est le cas de le dire pour Fat White Family. Entre problème de drogue et tournées chaotiques, il a fallu mettre cette aventure entre parenthèses le temps que les membre s’épanouissent chacun de leur côté avec leurs side-projects (Warmduscher, The Moonlandingz, Insecure Men…). Trois années plus tard, les voici de nouveau unis prêts à reconquérir la scène britannique.

Ici, Fat White Family privilégie les arrangements pop sophistiqués et étrangement paisibles comme l’atteste son introduction nommée « Feet » interprété par Lias Saoudi en mode ténébreux avec sa rythmique électro-discoïde lancinante et ses percussions macabres suivie du plus bancal mais intéressant « I Believe In Something Better ».

Ce virage musical ira surprendre plus d’un mais rien n’empêche pour la troupe britannique ira exploiter cette optique avec plus ou moins de réussite avec le sensuel et envoûtant « Vagina Dentata » ou l’exotique « Kim’s Sunsets ».

Bien entendu, le résultat de Serfs Up! s’avère plutôt inégal, un peu comme si Fat White Family ne se mouille pas trop sur certains moments. Entre groove industriel sur « Fring Runner » et ballade pop aux arrangements classieux avec « Oh Sebastian », le côté hétéroclite de ce troisième opus est salué mais n’est pas toujours réussi sur certains points. Bien évidemment, on retrouve l’énergie bien potache sur les accents glam et les chants grégoriens de « Tastes Good With The Money » mais cela, après un tel hiatus, peut nous laisser sur notre faim.

S’achevant sur le lancinant « Bobby’s Boyfriend », ce troisième album des britanniques se veut être un kaléidoscope pop psychédélique coloré qui manque parfois de cohésion mais qui permet d’apprécier une rédemption après des années obscures pour le groupe.

***1/2

21 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Interview de Pup

Morbid Stuff est le quatrième opus de ce quatuor canadien mais c’est le premier qui soit auto-produit. La résultante montre que le combo va profiter de ce contrôle sur sa production mais ne pas hésiter à s’exposer puisque les sujets principaux du disque, même si ils sont accompagnés de textes au second degré, sont la dépression, l’addiction et la mortalité.

Le thème de l’album est difficile à esquiver ; comment avez-vous abordé le rapport entre le son et les textes ?

Steve Sladkowski (guitare) : On voulait faire apparaître la face la plus obscure de notre personnalité mais la compenser avec un peu d’humour. C’est une manière de rire un peu de sa dépression parce que, parfois, c’est le meilleur moyen de la gérer.

L’album préccédent, The Dream is Over, se focalisait sur les difficultés de vie sur la route et, plus généralement, de ce qui se joue aund on fait partie d’un groupe. Pensez-vous que Morbid Stuff en est aussi une réflexion ?

Zack Mykula (batterie): Je crois que chacun dans le groupe a eu à lutter avec ses propres problèmes mentaux et a trouvé ses stratégies pour les combattre. Tout le monde était passé par là aussi on s’est regardés et son s’est dits que, ce faisant, nous étions restés proches et soudés et c’est cela qui nous a permis de faire ce disque.

Qu’est ce qui fait alterner ces tempos entre le chaotique et le mélodique en matière d’écriture ?

Zack : Le plus souvent cela vient de Stefan (Babcock chant) ou Nestor (Chumak, basse) qui ont extirpé leurs squelettes. La pupart du temps Stefan vient avec un une idée qui sert de curseur à une chanson. On le décortique et chacun y injecte ses propres parfums. On s’efforce de servir la chanson et de ne pas nous marcher les uns sur les autres. Ensuite vient le montage et on arrondit les angles.

Steve : On a toujours fonctionné ainsi ; il n’y a pas de paramètres stricts qaunt à la façon dont on doit sonner. Lemieux c’est d’écrire et de s’interroger sur la nature de la composition, sur ce qu’il est préférable d’utiliser, sur le rôle de la guitare, la place accordée à la section rythmique. Parfois tout arrive en même temps, parfois une ligne de guitare spécifique comme sur »Kids » où la guitare est très mélodique. C’est toujours un travail à quatre.

Zack : C’est parfois frustrant car nous avons chacun notre propre manière de fonctionner mais c’est cette approche non conventionnelle qui rend les morceaux intéressants.

C’est votre premier album sur votre ce label ; qu’est-ce qui vous a poussés à l’auto-produire ?

Zack : SideOne nous a beaucoup aidés et, sans eux, on ne serait allés nulle part. Auparavnt nous étions dans une structure qui ne permettait pas d’avoir à des objectifs plus larges que simplement enregistrer un disque puis un autre. Nous voulions faire partie d’une communauté plus large, plus artistique et créative. Je pense que ça devrait préserver notre santé mentale ; arrêter de boire comme on le faisait en tournées, êtrs productifs, forger des partenariats avec d’autres artistes.

21 avril 2019 Posted by | Rapid Talk | Laisser un commentaire

Wand: « Laughing Matter »

En 2017, Wand avait effectué son grand retour avec leur album Plum qui a surpris pas mal de monde ; désormais déterminé à reprendre d’assaut la scène garage californienne, Cory Hanson et sa bande ont renchéri avec un EP montrant leur versatilité. Même si ils n’atteignent pas le côté prolifique de leurs concurrents comme King Gizzard & The Lizard Wizard, les Californiens sont résolus à ne pas perdre une once d’inspiration et reviennent avec un nouvel opus nommé Laughing Matter.

Pour cette nouvelle livraison, Wand a décidé de voir les choses en grand. On avait déjà vu le groupe s’aventurer dans des nouveaux terrains sur les albums précédents et sur Laughing Matter, ils semblent atteindre leur forme finale sur ce qui est considéré comme étant leur disque le plus abouti de leur discographie. Moins garage et plus psychédélique qu’auparavant, les Californiens nous offrent une variété de sensations auditives en tous genres avec des titres aux arrangements étoffés pour ne pas dire anxiogènes comme l’intense titre d’ouverture nommé « Scarecrow » ou d’autres plus lumineuses comme le midtempo « xoxo » résolument pop ainsi que les arrangements de corde de l’aérien « Hare ».

Il est clair que Wand a l’air de se complaire dans ces ambiances plus apaisées et plus psychédéliques malgré des moments pour les moins angoissants et hypnotiques. Ils n’oublient pas pour autant des moments de garage colérique notamment avec « Lucky’s Sight » ou encore le plus animé « Walkie Talkie » rappelant les Strokes dans leur démarche et « Wonder » qui arrivent à s’insurger avec fluidité dans cet océan de douceur comme le sublime « Evening Star », « Rio Grande » ou même « Airplane ». Beaucoup verront une étrange ressemblance à Radiohead (l’acoustique « High Plane Drifter » ainsi que « Thin Air » avec ses accords de guitare hypnotique et son piano magistral) notamment Cory Hanson qui possède un timbre de voix similaire à Thom Yorke la plupart du temps mais rien n’empêche de se perdre dans des tourbillons lancinantes de « Wonder II » porté par une voix féminine ou la conclusion désinvolte nommée « Jennifer’s Gone » dont le style a de quoi faire penser à Lou Reed.

Résolument long mais audacieux, Wand semble avoir atteint sa forme finale sur Laughing Matter plus psychédélique que garage comme attendu. Malgré quelques légers moments de perdition, le groupe californien a pour le moins réussi sa mue musicale en nous désorientant à bon escient avec ce disque s’enchaînant avec une incroyable fluidité.

***1/2

21 avril 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Wand: « Perfume »

Dans la scène garage californienne la concurrence est de plus en plus prolifique et la bande à Cory Hanson a beau avoir publié Plum l’an passé ne veut pas forcément dire qu’ils vont en rester là. La preuve en est avec ce nouvel mi-album mi-EP intitulé Perfume.

Voici donc sept nouveaux morceaux où Wand explore l’étendue de leur talent. S’ouvrant sur un morceau-titre des plus heavy où le garage et le rock psychédélique de leurs débuts ne font qu’un, le groupe californien est plutôt du genre à établir un bilan de leur discographie tout en restant dans la lignée de leur Plum.

On les voit ainsi s’aventurer dans des terrains expérimentaux et bruitistes comme sur « Town Meeting » et sur l’interlude « Hiss » ou d’autres complètement inécoutables comme « Train Whistle ».

Au milieu de cela, on retrouve des moments plus conventionnels comme la pop song par excellence comme « Pure Romance » au groove psychédélique et aux envolées  à la six cordes des plus charmeurs qui a de quoi rappeler l’album solo de Corn Hanson paru il y a quelques années de cela ou le catchy « The Gift ». N’oublions pas non plus la ballade folk nommée « I Will Keep You Up » qui clôt cette cérémonie de façon lumineuse montrant un groupe prêt à élargir ses horizons.

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21 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Karen O & Danger Mouse: « Lux Prima »

En 2011, Danger Mouse surprenait tout son monde en signant avec Rome un album rétro pop avec le compositeur Daniele Luppi. Ceux qui s’en souviennent n’auront pas de mal à entrer dans ce nouveau projet étonnant porté par le producteur américain et l’ancienne Yeah Yeah Yeahs, Karen.O. La rencontre de l’un des plus grands manieurs d’univers sonores de ces vingt dernières années et d’une punk sur le retour se noue en fait quelque part quarante ans en arrière, dans un espace-temps fantasmé d’avant les musiques modernes, un avant le punk, l’electro et les nouvelles nouvelles vagues. A l’époque, le rock et la pop se confondent et partagent encore quelques obsessions communes : le recours aux cordes en est un ; la déclinaison de schémas rythmiques ordonnés en est un autre.

C’est dans ce temps d’avant que nous projette Danger Mouse en utilisant les technologies d’aujourd’hui, mi-rétro, mi-futuriste, sous l’influence iconique d’un Morricone devenu fou et guimauve à la fois. Le disque s’ouvre par un « Lux Prima » de 9 minutes qui agit comme si on plongeait dans un conte de fée, ample et cinématique, immersif et sans fond. Il y a du psychédélisme là-dedans (les années 70), du glamour kitsch et de la pop essentielle ponctuée de soupirs et de désirs charnels. Karen O joue le jeu à fond et ralentit la respiration jusqu’à ne plus faire que susurrer. On pense aux hymnes pervers de Black Box Recordeur le sublime « Ministry ».

La vanité de l’exercice y est assumée et Danger Mouse ne vise rien moins que l’essence de la pop, ce point des origines où la jeunesse, le désir, l’innocence et le fantasme se rejoignent. Karen O est une complice parfaite, revendiquant une pureté cristalline qu’on sait évanouie. Lux Prima ne fait pas que nous donner des vapeurs évanescentes. On est aussi là pour danser et faire la fête : seventies toujours, soul et disco se font la nique dans un night-club d’illusions où tournent quelques jouissances extrêmes et stylées. « Turn The Light » sent l’élégance rare et « Woman » sonne la libération de la femme d’une manière un peu surjouée mais néanmoins efficace. Plus loin, « Leopard’s Tongue » est tout bonnement irrésistible et l’une des chansons les plus emballantes qu’on a entendues depuis la retraite de Gloria Gaynor.

Lux Prima pâtit parfois de son caractère artificiel mais fait rarement son âge. L’efficacité et le charme l’emportent le plus souvent sur les ficelles de fabrication et l’envie de sonner rétro. On s’immerge, on perd pied et on y croit plutôt deux fois qu’une. La musique est faite aussi pour voyager, pour parcourir les époques et les âges. « Redeemer » sera un véhicule de luxe, à la production savoureuse, qui nous transporte dans un monde de paillettes et de soies portées. Que dire alors de « Drown » qui ajoute de la tragédie et des larmes au drame ? Danger Mouse est un maître en création d’ambiances. Tout ici est fait de luxe, de talent et de volupté. On se croit dans un film de Sergio Leone de Tarantino, parmi les maîtres de l’entre-deux genres et de l’entre-deux-époques, de l’entre-ton où les sentiments s’expriment, s’épanchent et sont sublimées par le son et l’image.

Les deux compères fermeront le ban sur un « Nox Lumina » de près de six minutes qui répond superbement au morceau d’ouverture. On éteint en se demandant où on est et en quelle année. On n’a pas rapporté grand-chose du voyage si ce n’est une griffe érotique sur le bras et la poitrine, l’impression d’avoir quitté terre pendant une éternité et un bon mal de tête. Voyager dans le temps a des effets pervers mais reste une expérience merveilleuse.

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21 avril 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire