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The Windmill: « Tribus »

La première surprise à l’écoute de ce groupe norvégien est que, contrairement à ses compatriotes, il ne propose pas le rock progressif sombre et tourmenté habituel mais carrément un néoprogressif mélodique et enjoué, avec une touche champêtre. La seconde surprise vient de l’existence d’un groupe anglais homonyme pratiquant une pop légère et conventionnelle sans rapport avec le style élaboré des Norvégiens, ce qui complique un peu la recherche d’informations.

Le présent opus, Tribus, est le troisième de The Windmill, fondé à Oslo en 2001 par le claviériste Jean Robert Viita entouré d’Eric Borgen au chant (en anglais), Arnfinn Isaksen à la basse, Stig André Clason aux guitares, Morten Løken Clason à la flûte, au saxophone et à la clarinette, et Sam-Arne Nøland à la batterie. Le titre de l’album se veut évocateur de complacité, celle qui réunit tous les membres du combo à l’élaboration du disque.

Impeccablement produit par Karl Groom (leader du groupe britannique Threshold), ce CD comporte cinq morceaux dont le premier « The Tree » est une éopée de 24 minutes truffée de breaks et qui présente d’emblée tout le savoir-faire des Scandiances. L’introduction plonge l’auditeur dans une atmosphère bucolique par un dialogue entre guitare acoustique et flûte, ambiance délicate que l’on retrouve particulièrement développée dans les morceaux « Storm » et « Make Me Feel ».

La suite délivre un néoprogressif haut de gamme avec des influences variées et parfaitement digérées, allant de Genesis à Jethro Tull en passant par le Floyd ou Camel et parsemé de quelques passages jazzy. Comme une sorte de pause, « Dendrophenia » est le morceau le plus court et le plus rock, donc un peu moins alambiqué que les autres. Enfin le disque se termine par « Play With Fire » plus orienté folk.

Aux antipodes d’un néoprogressif trop souvent conventionnel et stéréotypé, The Windmill se hisse sans peine au niveau des meilleurs de ce genre, et peut rivaliser sans rougir avec des groupes comme Pendragon, IQ, ou The Flower Kings ; à découvrir donc.

***1/2

8 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Alexandra Spence: « Waking, She Heard The Fluttering »

Les textures sonores sont au centre du travail d’Alexandra Spence, matières premières qu’elle travaille en collectant les field recordings pour les assembler au sein d’une narration auditive, qui véhicule sont lot de sensations personnelles.

Walking, The Heard The Fluttering est une oeuvre électro-acoustique qui aime venir bousculer nos repères, accumulant les couches ou les enchainant pour construire un voyage intérieur bercé par le souffle de vocaux susurrés, de grésillements latents ou d’ondes martelées dans un espace indéfini, capables de se voir pris dans un tourbillon échappé d’un jardin zen.

Alexandra Spence est à l’écoute d’un au-delà qui se cache derrière chaque instant de notre quotidien, cherchant constamment à devenir invisible. L’artiste reconstruit à la manière d’un ethno-musicien, un monde microscopique, dans lequel notre énergie circule, embrassant les bribes de poussière qui forment un tout en équilibre. Une oeuvre intime à la beauté universelle.

***1/2

8 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

theAngelcy: « Nodyssey »

theAngelcy est totalement méconnu sur nos terres, ce qui est un peu logique en raison de son origine, Israël, et  ce, malgré l’intérêt qu’avait soulevé leur indie folk de leur premier album en 2014, Exit Inside.

Ce que l’on retient chez theAngelcy est leur capacité de mêler indie folk aux influences balkaniques et tziganes. Et cette fusion se fait bien ressentir sur des titres chaleureux et romantiques de « Rising » à « Vera » en passant par les allures de Fleet Foxes sur « Breakdown » et de The Decemberists de la belle époque sur « Cetacean Stranding ».

A coup de guitares acoustiques, de clarinettes et de violons, le groupen’est jamais avare en arrangements notamment sur des morceaux plus rythmés comme « Everyone (and Their Mom) ». Nodyssey s’avère être une écoute plutôt sympathique même si on peut relever tout de même quelques passages à vide avant que cela ne reparte avec « Mona Lisa ». Clôturant l’opus avec le morceau-titre, theAngelcy prouve qu’il n’est pa dépourvu d’originalité même si on aurait préféré quelque chose de plus accrocheur.

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8 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Control Top: « Covert Contracts »

La scène indie de Philadelphie continue d’être en pleine effervescence, preuve en est Control Top, un trio composé d’Ali Carter (chant, basse), Al Creedon (guitare) et d’Alex Lichtenauer (batterie) qui est prêt à frapper fort avec son premier album Covert Contracts.

A mi-chemin entre post-hardcore, no wave, riot grrl et post-punk, la musique bien électrique et tendue du combo se veut véhémente à souhait avec un son direct et bien crasseux que ce soit dans le domaine du lo-fi ou du hardcore.

On notera, à cet égard, des titres allant de l’introductif « Type A » à « Ego Deaf » en passant par les agressifs « Chain Reaction », « Unapologetic » ou autres « Betrayed ».

Entre les riffs noisy d’Al Creedon, le chant hystérique et incontrôlable d’Ali Carter qui hurle son incompréhension face à la société martèlements de batterie explosifs d’Alix Lichtenauer , le trio de Philadelphie va droit au but et refuse de s’adoucir. Avec une production 100% DIY et brut de décoffrage, Control Top viendra donner ses lettres de noblesse à une musique totalement jouissive dans la menière où elle incite à l’émeute.

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8 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Ray Davies: « Our Country: Americana Act II »

Le plus Anglais des compositeurs anglais est devenu Américain et, à pès de 75 ans, il continue de façonner son « Rêve Américain », fasciné qu’il est par ce pays si dissemblable de l’enfant de Muswell Hill qu’il est à l’origine.

Ce géniteur -de la pop anglaise est devenu, fasciné comme il l’est désormais, porte-parole de la la chose américaine, celle qui est la plus originelle, celle qui se nomme ici Americana Act II après qu’il y ait eu un Acte Un.

Les Kinks se seraient reformés ? Peut-être que ce sujet est plus un fantasme que ce  Our Country: Americana Act II qui, lui, demeure une curisosité puisqu’il s’agit d’une collection de chansons entrecoupées de narrations, pendant lesquelles Ray Davies raconte sa vie et plus précisément ses anecdotes américaines.

On y trouve ainsi des interludes évoquant l’interdiction de jouer sur le territoire américain. Biographie en forme de flash-back : c’était après la première livraison de la British Invasion. Les groupes anglais n’étaient plus les bienvenus et les Kinks en ont fait les frais. Davies parle, ensuite, du jour où il a rencontré sa maîtresse dans un bar, du jour où il a été blessé par balle à la jambe après avoir défendu une victime d’agression à la Nouvelle Orléans. L’Amérique de Ray Davies est une Amérique en grande partie nostalgique et mythologique. C’est l’Amérique des westerns et des grands films sur l’Ouest, c’est l’Amérique de la country music et des bars interlopes, mais c’est aussi l’Amérique de la liberté sexuelle, des sexes troublés (pas trace de « Lola » ici) et des grands espaces. L’album dépeint l’itinéraire intéressant d’un homme biberonné à la culture américaine à travers les comics et les films de l’après-guerre et qui découvre un pays qu’il a longtemps fantasmé. Son récit raconte la transition entre cette Amérique imaginaire et la découverte d’un pays réel marqué par son extrême liberté et sa terrible violence.

Musicalement Americana Act II est un voyage que Davies entreprend à nouveau accompagné des JayHawks, un groupe de techniciens très solides qui l’avait accompagné précédemment et qui fournit, avec sa chanteuse Karen, un canevas très efficace aux récits parlés/chantés de l’Anglais. Le disque reprend des morceaux originaux, quelques standards ainsi que des morceaux des Kinks ou de Davies figurant sur d’autres albums et qui servent la narration comme « The GetAway « ou « The Real World » qu, toutes edcellentes qu’elles soient, ne sont pas fleuries de nostalgie. L’ensemble, en revanche, en est plein, mais il est même assez tranquille, à quelques exceptions près. La voix de Ray Davies est toujours agréable bien que moins malléable et dynamique que par le passé. Ses paroles sont toujours aussi subtiles et élégamment tournées ce qui rend l’exercice de style plus que fréquentable. A la première écoute, l’histoire de Davies est tout à fait passionnante et s’écoute comme on écouterait un livre-disque. Louisiana Sky est un bon exemple de narration qui fonctionne impeccablement. Elle ouvre sur un épisode très Nouvelle Orléans où Davies sort du rock n roll pour s’aventurer dans un blues du delta assez surprenant (« March of The Zombies ») et vers lequel on ne retournera pas nécessairement.

Americana Act II n’est pas aussi classique et conservateur qu’il en a l’air. « The Big Weird » est un morceau ambitieux et qui dégage une séduction invraisemblable. Le narrateur se perd dans une nuit hantée par tout un tas de personnages fascinants : des femmes essentiellement, jeunes et qu’il s’en veut de suivre. On sent pointer une once de lassitude sur « The Big Guy » mais on peut trouver son compte lorsque Ray Davies ébroue son « bon vieux rock » sur le final « Muswell Kills » ou lorsqu’il croone son amour du continent sur « Oklahoma USA ».

Davies n’a rien perdu de sa capacité à écrire des morceaux qui tiennent la route et ne nous prive pas de son talent sur « Bringing Up Baby, » le puissant « The Take » ou le boogie rétro de « Back In The Day ».

Our Country: Americana Act II est un disque qui ne manque pas d’intérêt et qui s’écoute avec plaisir. Cela n’en reste pas moins un exercice un brin paresseux et qui ne présente pas un intérêt immense pour qui ne connaît pas sur les doigts les disques autrement plus importants et décisifs du groupe anglais. Sans doute est-il préférable d’aller réviser ses classiques et de réécouter la trilogie magnifique parue entre 1968 et 1970 : Village Green, Arthur et Lola versus Powerman, plutôt que de vouloir à tout prix élaborer sur un Davies hors d’âge. Raison de plus pour ne pas négliger une chanson comme « The Take »,une des plus chouettes qu’il ait jamais composées. Davies reste à 75 ans un danger public et un monstre de sérotonine : il n’y a pas d’âge pour jouer de la guitare, pour enflammer les sens et ruer dans les brancards. La messe est dite.

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8 avril 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire