No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Howe Gelb: « Gathered »

Le dernier album de Giant Sand, Returns to Valley Of Rain, était excellent et avait permis de renouer le contact avec un Howe Gelb dont on s’était éloignés progressivement après son premier album de reprises, Cover Magazine. Ce n’est peut-être pas un hasard de fait si le regain d’intérêt se noue autour d’un morceau qui éclabousse de sa classe et de son élégance l’album tout entier et qui se trouve être une reprise de Leonard Cohen, « A Thousand Kisses Deep ». Gelb y est entouré de deux guitaristes espagnols et de M. Ward, qu’on retrouve sur d’autres morceaux, et réussit le hold-up parfait en restituant à la perfection l’ambiance feutrée et jazzy du morceau original.

Leonard Cohen s’impose du reste comme la figure paternelle et tutélaire qui plane sur Gathered, l’étalon-or avec lequel Gelb semble livrer combat. La voix de l’Américain est magnifique, chaude et basse comme il se doit. Ses modulations venues de l’Americana sont ici utilisées pour servir un propos majoritairement dowtempo, le discours d’un crooner de bar apaisé et mature, souvent nimbé dans un écrin mi-jazz, mi-country blues parfaitement restitué. Avec Giant Sand, Gelb n’a eu de cesse d’explorer ce territoire source du rock américain mais il n’était jamais allé aussi loin dans le dénuement instrumental et acoustique. Si l’on fait abstraction, tempo au ralenti oblige, de l’ennui et du manque d’exaltation qui peuvent nous gagner parfois au fil des quinze morceaux, Gathered est un petit disque classique qui a tout d’un grand. Les compositions originales sont irréprochables et les quelques reprises à l’image du morceau de Cohen ou de « Moonriver », que Gelb entonne avec sa fille, viennent dynamiser l’ensemble. Il y a des titres passe-partout mais précis et précieux à l’image de l’ouverture impeccable, « On The Fence », ou du remarquable « All You Need To Know » que n’aurait pas renié Tav Falco ; des interludes incroyables d’une minute comme le chouette instrumental « Open Road » et des collaborations inattendues que sont « Not The End of The World » où l’on retrouve une Anna Karina aussi mythique qu’en fin de cycle. L’album a été enregistré en itinérance, majoritairement en Europe. Il renvoie à un cycle de rencontres musicales et humaines qui donne patine et rondeur un brin surjoués au disque.

Il ne faut pas avoir peur de se plonger dans des morceaux en apparence plus arides et moins originaux qui prennent tout leur sens dans l’enchaînement des titres et des ambiances. « Give It Up » est une courte chanson qui aurait pu être écrite il y a 10 ou 50 ans, « Flyin Off The Rails » n’est pas tape à l’œil mais c’est un morceau solide et qui traduit toute la sincérité et l’intimité du propos. En jouant ainsi avec les formes classiques du rock américain, Gelb exprime à merveille sa mélancolie d’homme vieillissant, il exprime la lassitude des déplacements et ce vieil espoir d’être récompensé quand viendra la fin de l’errance. On ne pourra pas s’empêcher de comparer la figure du cowboy solitaire et celle du vieux rockeur indépendant. Ce sont deux personnages qui s’abreuvent aux mêmes sources et qui, bien qu’en transhumance, portent leur monde sur eux. Les femmes sont laissées derrière et constituent une promesse pour demain. Le succès et la revanche ne sont plus des attributs suffisants pour créer le mouvement, si bien qu’on se tient de plus en plus souvent enfermé, en liberté, dans un univers de solitude et de souvenirs ressassés.

Les instants de calme et de réconfort, comme sur le sensuel « Presomptuous » partagé avec la chanteuse Kira Skov, masquent mal les moments où seul le cours de l’histoire et la nécessité de continuer tiennent le chanteur et l’homme en un seul morceau. Il y a une tristesse capiteuse qui se dégage de ce Gathered en forme d’assemblée de la dernière chance et qui court jusqu’au dernier morceau un brin désespéré qu’est « Steadfast ». Gelb y parle de la chute du World Trade Center et de la disparition de la vieille américaine. C’est comme la série American Gods (et mieux le roman de Neil Gaiman dont elle est tirée), un passage de relais qui, au lieu de se faire dans la guerre et la violence, se joue sur un tapis de larmes, quelques regrets et en baissant les bras. La plus belle chanson du disque, « The Park At Dark, » est peut-être bien la plus triste. C’est une affaire de goût mais elle vaut le détour. L’Amérique dans une nutshell comme on dit. Gathered est un chouette album. Il ne faut pas compter dessus pour se remonter le moral ou se donner de l’énergie. C’est un beau disque, en revanche, pour sombrer et se souvenir de ce qui a disparu et ne reviendra jamais.

****1/2

5 avril 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Son Volt: « Union »

Les fractures sociales et économiques qui lézardent la société américaine nourrissent Union, le nouvel album de Son Volt, infatigables emblèmes de la scène alt-country.

Jay Farrar tient fermement les rênes du groupe depuis 1994, l’année de l’implosion des mythiques Uncle Tupelo. Co-fondé à la fin des années 80 avec Jeff Tweedy, un camarade de lycée qui comme lui refusait de choisir son camp entre tradition country et frénésie punk-rock, Uncle Tupelo a été à la country alternative ce que les Beatles ou les Kinks ont été à la pop anglaise. En quatre albums, le groupe de Belleville, dans l’Illinois, a en effet posé les fondations d’un courant dans lequel se sont ensuite illustrés des gens aussi importants que The Jayhawks, Ryan Adams ou Richmond Fontaine. Tweedy, devenu le leader de Wilco, s’est progressivement affranchi de l’orthodoxie country-rock pour finir par la faire voler en éclats, Jay Farrar continuant de son côté à incarner une ligne moins réformatrice.

Tout au long d’une discographie démarrée sur les chapeaux de roues avec le classique Trace (1995), Son Volt n’a cessé de puiser son inspiration dans la grande histoire de la musique et de la littérature américaines. Farrar, qui mit en musique des textes de Jack Kerouac en compagnie de Ben Gibbard (One Fast Move or I’m Gone, 2009) et qui consacra par ailleurs un album entier à Woody Guthrie (New Multitudes, 2012) s’est rendu dans le musée consacré à ce dernier dans l’Oklahoma, afin d’enregistrer quatre des treize titres de ce nouvel album. Trois autres morceaux ont par ailleurs été gravés au Mother Jones Museum de Mount Olive, un lieu dédié à la mémoire de la célèbre activiste syndicale Mary Harris Jones.

De là est venue cette envie de reprendre le fameux « Rebel Girl, » grande chanson militante composée par Joe Hill, le père spirituel de tous les « protest singers » Mais Jay Farrar, qui a grandi au son des Rolling Stones, des Who et des Replacements, en connaît néanmoins un rayon sur les vertus libératrices du rock ‘n’ roll. Ce neuvième album studio, majoritairement constitué de chansons au ton grave et aux accents engagés (« Lady Liberty », « The 99 », « Reality Winner », « The Symbol »), s’offre donc aussi quelques moments de respiration aux ambiances moins plombées (« Devil May Care », « The Reason » et ses arpèges de douze-cordes entre Byrds et Heartbreakers).

Deux ans après le bien nommé Notes of Blue, qui voyait le groupe s’essayer aux accordages « delta blues » caractéristiques des œuvres de Mississippi Fred McDowell et Skip James , Son Volt rempile avec un disque parfaitement cohérent, aussi solide et sincère que les meilleurs chapitres de son répertoire. Jay Farrar et ses hommes nous rappellent au passage qu’en des temps aussi incertains que ceux que traverse actuellement l’Amérique, l’Union fait plus que jamais la force.

****

5 avril 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Tyr: « Hel »

Huitième album pour Tyr, chantres du heavy metal à tendance viking folk originaires des îles Feroé. La volonté du groupe, est de casser les frontières stylistiques (intra metal, s’entend). Il est vrai que, si, à l’entame de « Gates of Hell » on s’attend à voir débouler les vocalises de Klaus Meine, on changera vite d’avis avec l’arrivée du chant rugueux de Heri Joensen qui alternera avec un phrasé plus typiquement heav).

Tyr continue sur sa lancée, très orientée guitares, entre heavy et thrash, le tout servant de support à des textes vikings, et des titres épiques et ponctués de soli inspirés. Un titre comme « All Heroes Fall » est à cet égard, assez édifiant, véritable vitrine du talent de l’intégralité des musiciens, du chanteur, et une présentaation de compositions imparable set mémorables.

Par contre, les éléments folk sont plus que discrets (un chant en finnois sur deux titres), et, hormis les choeurs guerriers, c’est plus de la tournure que de l’orchestration.

Les amateurs de groupes de folk metal pur risqueront donc et ce à juste titre, de se montrer tatillons mais personne, en revanche, ne discutera la qualité des morceaux. Et si à l’entrée on a franchement peur de l’indigestion (une heure et neuf minutes de musique, quand même), au final ça passe très bien, même pour quelqu’un qui n’écoute du heavy metal qu’à doses homéopathiques.

***

5 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

The Brian Jonestown Massacre: « The Brian Jonestown Massacre »

Bon an mal an, ce magnifique givré d’Anton Newcombe revient inlassablement avec un nouvel album sous le bras. Et 2019 ne fait pas exception à la règle. Voilà la courte liste de ce que le bonhomme a produit dernièrement avec son véhicule de création, The Brian Jonestown Massacre : Aufheben (2012), l’incursion dans le krautrock Revelation, le superbe Musique de Film Imaginé en 2015, le tout aussi bon Third World Pyramid (2016), Don’t Get Lost (2017) et finalement, Something Else en 2018.

Newcombe est ici de retour avec un 18e album studio au compteur; une création éponyme constituée de chansons issues des mêmes sessions d’enregistrements que Something Else. L’homme était tellement inspiré qu’il a préféré lancer deux albums plutôt que de réunir toutes ces pièces au sein d’une seule et même production.

Évidemment, Newcombe joue de tous les instruments, mais le créateur est quand même épaulé par Sara Neidaf (batterie), Heike Marie Radeken (basse), Hakon Adalsteinsson (guitare) ainsi que Rieke Bienert qui est à l’avant-scène, vocalement parlant, dans l’excellente « Tombes Oubliées ». Pour cette énième création, Newcombe s’est inspiré de ses nombreuses lectures contextualisant la Première Guerre mondiale (1914-1918); un conflit qui sombre de plus en plus dans l’oubli et qui fut l’un des plus violents et meurtriers de l’histoire moderne.

Pour celui ou celle qui connaît bien The Brian Jonestown Massacre, cet éponyme ne surprendra personne. Sans atteindre les standards établis avec Musique de Film imaginé ou encore Third World Pyramid, la formation nous propose, encore une fois, un bon disque. On y retrouve quelques relents de blues rock psychédélique (« A Word ») et un peu de folk rock dépressif (« We Never Had a Chance »). Pour ce qui est du reste, Newcombe demeure dans sa zone de confort.

En revanche, ce disque n’est pas aussi « tripant » qu’à l’accoutumée. Pourquoi ? Tout simplement parce que le principal compositeur de la formation a de la difficulté à s’extirper de son schéma compositionnel… ce qui fait que certaines chansons peinent à se démarquer tant elles sont semblables les unes des autres.

Cela dit, les fans de la formation seront en terrain connu et y trouveront un certain plaisir à réentendre les tics musicaux de Newcombe. Parmi les meilleurs moments, on note l’entrée en matière titrée « Drained » ainsi que « Cannot Be Saved; » du Brian Jonestown Massacre pur jus. Coup de chapeau enfin à la conclusive « What Can I Say » qui donne sérieusement envie de plonger à nouveau dans les vapeurs narcotiques exhalées par Newcombe et ses acolytes ; une formation qui propose toujours et encore un voyage musical des plus agréables.

***1/2

5 avril 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Sasami: « Sasami »

Cherry Glazerr, depuis la sortie de leur premier disque, avaient pas mal fait parler d’eux ; en sera-t-il de même pour leur (ex) clavier Sasami est une question qu’il est judicieux de se poser avec l’éponyme Sasami, « debut album » solo de l’instrumentiste.

Tout commence par une « I Was a Window » très pop folk, au doux parfum sixties, loin de ce qu’on aurait pus attendre, mais pas déplaisant pour autant. « Not the Time » sonnera en revanche beaucoup plus indie rock avec son riffing typé nineties. « Morning comes » dégainera ensuit avec une basse délicieuse pour un titre ne manquant pas de panache. « Free » et sa douceur folk mous réconciliera, lui, avec Devendra Banhart, venu en appui. « Pacify my heart » regardera du côté de Elliott Smith pour finir en mode plus rock alors que « At Hollywood » surfera à nouveau sur un feeling pop folk intimiste.

« Jealousy » se montrera plus personnel mais sur un mode planant et expérimental tandis que « Callous » fera partie des titres qui ont fait le buzz autour de la jeune femme, chose assez compréhensible puisqu’il établit une passerelle plutôt bien ficelée entre shoegaze, indie rock et pop. Enfin, « Turned Out I Was Everyone » nous rapprochera de Grandaddy par son empilement vocal et sa mélodie hypnotique répétée à l’envi. Le bilan est donc plutôt bien ficelé, sans cette graine de folie qui aurait rendu l’opus plus attachant. Avec quelques grands écarts on aura alors peut-être droit à une œuvre plus écervelée et idiosyncratique.

***

5 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

The Comet Is Coming: « Trust in the Lifeforce of the Deep Mystery »

Le disque précédent du groupe The Comet Is Coming avait eu droit de cité dans les esprits et les oreilles curieux, avec son mélange étrange entre jazz, electro et musique expérimentale. Le combo anglais, toujours mené par le saxophone du shaman Shabaka Hutchins, s’est encore une fois bien perché, comme le suggère la pochette surréaliste de ce deuxième album.

Le contenu en aussi, sinon plus, fou que le contenant. Placer le qualificatif « jazz » est certes une évidence tant les phrasés du saxophone sont typés, mais il y a autre chose. Quelque chose de sauvage, de rebelle à toute forme normée, de libre sans les limites du « free ». De la musique de jeune avec l’expérience des vieux, c’est un peu ce que propose The Comet Is Coming. On y croise des fantômes seventies, des rythmiques fiévreuses plus modernes, des sonorités futuristes, le tout pour une expérience de trance collective forte.

Bien entendu, s’accoutumer à une telle somme de liberté artistique n’est pas sans conséquences, et il faut se trouver dans les bonnes dispositions, même si on a déjà connu plus barré et moins mélodique que ça. Trust in the Lifeforce of the Deep Mystery est d’ailleurs moins démonstratif et allumé que Channel the Spirits. Et si on ne sait pas à quoi véritablement s’attendre de la part d’un tel bonhomme, on peut nanamoins témogner qu’on anticipait à quelque chose d’encore plus grandiose et renversant ; le potentiel est là ; peut-être que la suite sera plus intransigeante.

***1/2

5 avril 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Elisapie: « The Ballad of the Runaway Girl »

The Ballad of the Runaway Girl est le troisième album de cette chanteuse originaire de l’Arctique canadien. La jeune Inuit installée à Montréal se passionne pour la musique folk et la pop fragile et langoureuse, alliage qui est parfaitement digéré dur son petit dernier The Ballad of the Runaway Girl. Sa voix mélancolique et touchante nous raconte en partie ses racines, son histoire personnelle et les tribulations de sa terre natale (« Call of the Moose »). Côté musique, on navigue souvent entre ballades folk fortes en émotions (« Wolves don’t Live by the Rules », « Rodeo », « Ikajunga ») qui laissent place par moments à des morceaux plus nettement influencés par le rock comme l’inaugurale « Arnaq » et son côté pas farouche façon The Kills ou la très rythmée « Qanniuguma » qui pour le coup donne des indications en musique sur les racines de la chanteuse.

Des titres plus inspirés pop touchent aussi en plein cœur comme l’excellent « Don’t Make me Blue » » qui serait un parfait « single » radio, ou encore « Darkness Bring the Light », titre composé avec Joseph Yarmush (Suuuns), et qui dévoile sa richesse progressivement. Bref, un programme chargé de sensations pour les âmes sensibles et les curieux.

***1/2

5 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Christopher Duncan: « Health »

Il aura fallu deux albums pour que Christopher Duncan soit considéré comme étant une des figures importantes sur la scène indie écossaise. On l’avait découvert avec un sublime premier album Architect en 2015, suivi d’un The Midnight Sun plus électronique l’année suivante. L’auteur-compositeur-interprète et musicien multi-instrumentiste revient avec son troisième opus, Health.

Pour ce nouveau chapitre musical, Duncan a décidé de mettre l’accent sur la collaboration et continue de s’éloigner des ambiances pastorales et baroques. Dès lors, les résultats peuvent décontenancer à l’écoute des morceaux électro-pop plus directs comme l’introduction nommée « Talk Talk Talk » aux allures discoïdes tout comme les sonorités dignes d’ABBA sur « Impossible » car ce n’est pas ce que l’on attendait du musicien de Glasgow.

Le virage n’est pas trop radical car à côté de cela, on retrouve des moments rêveurs et immersifs à l’image de « Wrong Side Of The Door », « He Came From The Sun » ou bien même des somptueux arrangements de cordes sur « Rêverie » qui accompagne parfaitement la prestation vocale solennelle de notre hôte. Entre le morceau-titre mélancolique dominé au piano et des accents plus groovy et pop comme le riff funky de « Holiday Home » ou le smooth « Blasé », il n’y a qu’un pas et témoigne la métamorphose musicale de Duncan.

Avec Health, le musicien écossais sort de sa zone de confort en privilégiant le travail en collectif. Il en ressort un disque plus audacieux et plus rythmé mais ne néglige pas pour autant les arrangements qui sont dignes de son auteur montrant qu’il n’a rien abandonné de ses expérimentations de ses deux albums précédents.

***1/2

5 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Nilüfer Yanya: « Miss Universe »

Ni pop, ni rock, ni folk, ni soul, et pourtant toutes ces choses à la fois.  Nilüfer Vanya est l’audacieuse découverte qui nous rappelle pourquoi nous aimons tant la musique : parce qu’elle nous surprend. Elle n’a que 23 ans, mais elle écrit des chansons depuis l’âge de 6 ans, avant de prendre en main la guitare à douze ans. Mais cette jeune artiste est surtout le reflet d’une génération : d’origine turco-irlandaise-bajanaise, sa musique est justement un mélange de cultures et de saveurs qui reflète autant un héritage musical lointain que la Pop moderne nourrie par internet.

Et son album est fort surprenant. Il démarre en trombe sur « In Your Head », avec guitare saturée et batterie binaire, mais ce premier contact avec sa musique n’est que le début d’un long parcours de 17 titres au fil desquels la jeune artiste va passer en revue, à sa manière, tous les styles évoqués au début de cet article, et même plus encore lorsque « Tears » flirte avec l’Electro. Bref, elle semble autant capable de sortir un morceau vif aux accents Garage Rock qu’une Soul délicate (« Baby Blu », ou « Melt » et son air de saxophone très relaxant). La plupart des titres seront entrecoupés d’intermèdes conceptuels qui émanent d’une société fictive de gestion de santé, « WWAY HEALTH TM. »

Ces petits interludes sont un peu le fil conducteur de l’album, car ils lient des compositions très différentes les unes des autres. Du coup il est impossible de coller une étiquette à Nilüfer Yanya. On aimerait bien la qualifier de nouvelle révélation Folk, parce qu’il y a de cela dans sa démarche, mais musicalement ses chansons sont à la recherche de l’équilibre idéal entre Groove léger (« Safety Net »), Folk moderne (« Monsters Under The Bed »), et Indie Rock dépouillé (l’excellent final « Heavyweight Champion of the Year »).

Le résultat s’avère passionnant, et le culot affiché par le titre de ce premier album, Miss Universe, est finalement un bel avant-goût de l’envergure que pourrait prendre la carrière de Nilüfer Yanya.

***1/2

5 avril 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Chris Cohen: « Chris Cohen »

Chris Cohen est à des années lumière de la superstar, même de celle indie adoubée par les détenteurs revendiqués du bon goût. Pourtant, il suffit de s’être plongé une seule fois dans sa musique, de s’être laissé emporter sans se débattre par sa mélancolie pour ne plus jamais l’oublier. Certes, nous ne sommes pas légion, mais le songwriter californien n’en tire aucune pression : au rythme d’un nouvel album tous les trois ou quatre ans, Chris Cohen a toujours pris le temps de bien faire les choses, et la qualité évidente de chacun de ses trois albums ne fait que lui donner raison.

Nées de mélodies d’abord enregistrées sur son téléphone avant d’être travaillées et étoffées avec l’aide de quelques musiciens, ces dix nouvelles chansons sont directement imprégnées de la vie personnelle mouvementée de l’auteur qui, durant la composition, a vécu le divorce de ses parents mariés depuis 53 ans et le coming out de son père. Lu comme ça, on pourrait croire cet album éponyme quelque peu plombé par l’ambiance.

Il n’en est rien, bien au contraire : comme soulagé de s’être débarrassé d’un poids (« Green Eyes », « Sweet William »), le songwriter fait seulement face ici à des vents d’émotions contraires (« The Link ») qui ne font que souligner la singularité de ce disque à la sensibilité touchante, comme insaisissable tant il est suspendu dans le temps.

Plus eighties que ses prédécesseurs qui préféraient la décennie précédente, ce nouvel album éponyme est étonnamment auréolé d’une assurance inédite, renforçant le propos d’une pop psychédélique aux arrangements enrichis de saxophone (« Edit Out »), de clavecin et de soli de guitare (« Sweet William », « Twice in a Lifetime) ». Aussi apaisant que ses ainés, ce nouvel opus de Chris Cohen permet non seulement à son auteur de vider son sac et de panser ses plaies (« Heavy Weather Sailing », « Not Time to Say Goodbye »), mais rappelle aussi à quel point il est injuste que cet ancien collaborateur de Deerhoof et Ariel Pink ne se fasse pas plus entendre.

***1/2

5 avril 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire