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Lingouf: « Galactick Kicks »

Lingouf, c’est le jusqu’au boutisme en matière de son, mais le jusqu’au boutisme créatif.

Disons-le d’entrée, Galactick Kicks est un album furieusement déchainé, qui invoque le hardcore à prendre des poses de tueur en série avec ses sonorités passées au broyeur, ses mélodies saturées et ses rythmiques rentre dedans.

Le breakcore avale les samples disséminés en mode croche-pied, les synthés se déchainent à coups de chaines sur des machines rendant leur dernier soupir. Lingouf fait crisser les machines sur des tapis de papier de verre, empale les samples sur des brochettes en fer.

Galactick Kicks fonce à la vitesse lumière, semant ses poursuivants dans les profondeurs d’une galaxie prête à s’effondrer sur elle-même, lâchant un dernier soupir de frustration viscérale et de rage vorace. Frénétiquement dérangé !

***1/2

11 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Crystal Fighters: « Gaia & Friends »

À peine un peu plus de deux ans après Everything Is My Family, Crystal Fighters sort un nouvel album intitulé Gaia & Friends, une célébration de la vie aux sonorités diverses.

La recette festive et joyeuse de Crystal Fighters ne change pas. Alors que le groupe anglo-espagnol rencontre toujours un peu plus de succès chaque année, un nouvel album (le quatrième en l’occurrence) a vu le jour en mars 2019. Tout en surfant sur les ingrédients de la luminothérapie musicale dont ils sont le porte-étendard, les Crystal Fighters se sont essayés à quelques expérimentations.

Gaia & Friends est un album collaboratif – d’où le titre – assumé sur lequel le groupe a fait appel à divers artistes, de Bomba Estéreo sur le tubesque « Goin’ Garder » en passant par l’artiste chilien Soledad Vélez sur « All Of It, » Petite Noir et Miller Blue sur « Hope », le producteur FeedMe avec un « All My Love « revisité ou encore la jeune compositrice Nahli sur « Costa Rica. » L’opus est également traversé de nombreux interludes, donc ce remarquable et enivrant Txalamantra qui repose sur les sonorités d’un instrument basque, la txalaparta.

Les Crystal Fighters font également la part belle aux rythmiques hip-hop, que ce soit avec des beats lourds sur le titre d’ouverture » Runnin’ », ou bien un flow avec « Costa Rica ». Leur piano fait quant à lui une étonnante apparition dans le très mélodieux « Reborn » qui sert de conclusion. Le groupe n’en oublie pas ses propres sonorités exotiques, que ce soit sur le fantasque « Wild Ones », l’enthousiasmant « Another Level « ou « The Get Down » et son ukulélé.

Somme de leurs voyages à travers le monde, Gaia & Friends surprend par sa diversité de sons et l’esprit qu’il règne. S’il demeure à l’image du groupe dans sa manière de voir le monde avec un optimisme à couper le souffle, doublé d’odes à l’amour et à la vie à l’image de leur premier et excellent album, Star of Love.

***1/2

11 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Mark Morton: « Anesthetic »

Lamb Of God est un groupe majeur de la scène metal qu’il n’est plus nécessaire de présenter. Ses membres, que cela soit les frères Willie et Chris Adler ou encore Randy Byrthe, bénéficient également d’une renommée certaine. Plus en retrait, Mark Morton n’en demeure pas moins talentueux. Désireux de délivrer ses propres compositions, le guitariste se lance dans l’aventure solo avec son premier album : Anesthetic.

Pour ce disque, Mark Morton a fait appel à une belle brochette d’invités qui laisse rêveur. Tout d’abord avec des interprètes de tous horizons : Chester Bennington (Linkin Park), Jacoby Shadix (Papa Roach), Mark Lanegan, Chuck Billy (Testament), Jake Oni, Myles Kennedy (Alter Bidge), Mark Morales, Josh Todd, Naeemah Maddox, Alissa White-Gluz (Arch Enemy) et enfin son comparse de Lamb Of God, Randy Blythe.

Les musiciens ne sont pas en reste puisque l’on voit apparaître des artistes de renoms tels que David Ellefson (Megadeth), Roy Mayorga (Stone Sour), Ray Luzier (Korn), Paolo Gregoletto (Trivium) ou encore Mike Inez (Alice In Chains).

La force de cet album réside dans la capacité qu’à Mark Morton de balayer un large éventail de styles tout en utilisant au mieux les qualités des artistes à qui il a fait appel. Il n’est pas donc étonnant de retrouver des morceaux dans une veine purement metal. “Truth Is Dead » possède une énergie folle qui est cependant bien canalisée par la maîtrise de la chanteuse Alissa White-Gluz. « The Neve »” joue la même carte en délivrant une intensité qui ravira les fans de Lamb Of God.

Mark Morton, même s’il ne délaisse pas les compositions agitées, s’aventure vers des horizons plus hard rock. « Back From The Dead », « Sworn Apart » ou encore « Save Defiance » (avec la performance magistrale de Myles Kennedy) montre le guitariste sous un jour plus assagi. Il est donc encore plus surprenant de le voir se tourner vers un registre teinté blues avec « Axis », bien épaulé par le talentueux Mark Lanegan ou un « Reveal » qui va également en ce sens.

Une autre particularité de Anesthesic est de pouvoir voir à l’œuvre Mark Morton derrière le micro sur « Imaginary Days ». Si sa prestation n’est pas à la hauteur de ses compères interprètes, l’Américain délivre une performance honnête et sincère qui s’imbrique parfaitement avec les autres morceaux. Enfin, ce disque est frappé du sceau de l’émotion avec « Cross Off » et la participation du regretté Chester Bennington

Anesthesic est un premier essai qui a tout du coup de maître de la part de Mark Morton, un artiste dont, outre sa maestria à la six codes, nous pfait entrevoir un indéniable talent de songwriter.

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11 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Gary Clark Jr : « This Land »

Le chanteur et musicien texan Gary Clark Jr. quitte résolument les rangs du blues rock avec son cinquième album, This Land, florilège de pamphlets passionnés et politiques.

Qu’elle soit saturée, toute-puissante ou claudicante, la guitare électrique soude les dix-sept titres et leur confère une énergie et une amplitude viscérales. Un autre instrument qu’exploite Clark Jr. est cette voix de fausset à l’émotion brute, au service de sonorités R&B, jazz, rock, funk, rock, hip-hop et même reggae (« Feelin’ Like a Million) », avec toujours en trame de fond ce spleen, cette sensualité et ces cuivres fiévreux chers au blues.

Les textes cinglants, ancrés dans l’Amérique divisée de Donald Trump, s’élèvent parmi ce vaste bagage musical. Quelques fois, le chanteur noir s’adresse à un fermier, Steph Williams, partisan lambda du milliardaire à la casquette rouge. « Fuck you, I’m America’s son / This is where I come from », peste-t-il sur la puissante chanson-titre.

En perpétuant l’héritage afro-américain, sans renier la modernité – saluons le riche travail en studio -, le bluesman revendique le territoire et le droit d’exister. Tout le disque est à l’avenant : métissé, rageur, nécessaire.

***1/2

11 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire

Ryan Dugre: « The Humors »

Le New Yorkais Ryan Dugré propose un très bel album ambient folk instrumental aux accents bucoliques. The Humors fait référence au système médical antique basé sur la théorie selon laquelle la santé et le bien-être émotionnel sont déterminés par l’équilibre des quatre fluides du corps, ou par des humeurs qui correspondent chacune à un aspect du tempérament.


Ambient-Folk, doux et méditatif, voilà un opus qui fait la part belle aux arpèges de guitares autour desquels on entendra des arrangements de cordes très discrets mais aussi du synthé et de la batterie. Superbe.

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11 mars 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Light Conductor: « Sequence One »

« Une soupe cosmqiue ; c’est ainsi qu’est décrit le nouveau projet le Jace Lasek (The Besnard Lakes) et de Stephen Ramsey (Young Galaxy) réunis sous le nom de Light Conductor qui nous arrivent avec un premier album intitulé Sequence One, une œuvre contemplative qui combine adroitement lambient, l’expérimentation électronique et le space-rock.

S’il y a un mot pour décrire la musique de Light Conductor, c’est la patience. En effet, Lasek et Ramsey prennent tout leur temps pour développer des morceaux qui se caractérisent par des structures très simples et volontairement répétitives. Les deux musiciens se connaissent très bien et s’amusent depuis quelques années à créer des « improvisations lentes » en utilisant des synthétiseurs modulaires.

La première face du disque est composée de deux plages qui, en réalité, n’en forment qu’une seule. D’une durée de plus de onze minutes, « A Bright Resemblance » est basée sur une mélodie de six notes répétée en boucle. Le rythme est lent, avec de subtiles variations de textures : ici une basse pour asseoir la pulsation, ici un thérémine qu’on dirait sorti d’un vieux film de science-fiction. L’ensemble peut rappeler un groupe comme Tangerine Dream, mais aussi la musique minimaliste dans la tradition de Steve Reich, Terry Riley, La Monte Young ou alors Philip Glass.

S’enchaîne ensuite « Chapel of the Snows », elle aussi construite selon le même motif de six notes mais qui se désagrège en un long drone. De ce bruit blanc émergent finalement des notes vers la fin du morceau, avec des sonorités de synthétiseurs qui ressemblent presque à des violons. La musique s’éteint comme elle a commencé au début du disque, doucement et sans qu’il n’y ait eu vraiment de pic d’intensité. L’important ici n’est pas la destination, mais le voyage.

La face B s’ouvre sur la composition la plus monocorde de l’album, intitulée « Far from the Warming Sun », qui s’articule autour d’une lente pulsation électronique. L’absence de mélodie ou d’harmonie crée forcément une impression de vide, même si on se doute bien que c’était là l’effet recherché par Lasek et Ramsey. Il n’eb demeure pas moins que, sur une durée de plus de dix minutes, le tout s’avère parfois un peu trop statique.

Les deux dernières compositions de l’album forment elles aussi une sorte de diptyque. « When the Robot Hits the Water » marque un changement de tempo vers une pulsation plus rapide, avec des effets électroniques à façon « On The Run » du Pink Floyd mais on pense surtout au travail de Boards of Canada pour le côté très rétro de ce mélange entre électronique et psychédélique.

Tout cela n’est pas là par hasard. Lasek est un partisan de la bonne vieille technologie analogue dans son travail de réalisateur et « Sequence One », enregistré au studio Breakglass, témoigne de cette quête d’une sonorité imparfaite, comme altérée par le temps.

L’album atteint son point culminant sur l’éponyme « Light Conductor », le seul titre qui évoque de loin l’univers sonore des Besnard Lakes. C’est dû entre autres à l’entrée en scène d’une guitare électrique mais aussi à la présence de la voix de Catherine McCandless, la femme de Ramsey et sa partenaire dans Young Galaxy. On comprend alors que cet opus doit être perçu comme un tout, avec cette lente progression nous menant jusqu’à cette finale krautrock explosive.

Sequence One est un album un peu déroutant pour quiconque s’attend à retrouver quelque chose qui s’apparenterait de près ou de loin au psych-rock teinté de shoegaze des Besnard Lakes ou à la dream pop de Young Galaxy. Mais il s’agit d’une œuvre cohérente, un peu en-dehors de son époque, qui s’apprécie davantage avec une paire d’écouteurs ou plongé dans une obscurité complète.

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11 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire