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Dido: « Still On My Mind »

Vingt ans ont passé depuis No Angel, six depuis Girl Who Got Away. Voilà maintenant Still On My Mind, cinquième album de Dido, de son propre aveu presque accidentel tant personne ne l’attendait, pas même elle. On veut bien le croire : cela s’entend. Toujours avec son frère Rollo Armstrong, son proche collaborateur depuis ses débuts, Dido a conçu des morceaux qui louvoient, incapables de former une matière cohérente. À force de s’éparpiller entre dance, électro, dream pop et folk, avec ici et là des apparitions de choeurs tribaux, de cuivres ou encore d’effets drone, l’ensemble devient bavard et même factice au point où on n’attend plus que la fin.

Si Dido a toujours une voix chaude et intuitive d’une solidité irréprochable, sa réflexion sur la maternité — notamment sur « Have to Stay » et « Hurricanes », dont les deux premières minutes étaient fort prometteuses — manque de portée, de subtilités. Seule « Some Kind of Love », à la guitare acoustique, apparaît comme un effort mélodique et vocal fort, d’une présence entière. Dommage.

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9 mars 2019 Posted by | On peut faire l'impasse | | Laisser un commentaire

Sopor Aeternus: « Death & Flamingos »

À peine un an après le copieux (et réussi) Spiral Sacrifice, Sopor Aeternus est déjà de retour.
Alors que quatre années séparaient Mitternacht (2014) et Spiral (2018), ce nouvel album arrive de façon presque inattendue, comme dans une sorte d’urgence, que l’on retrouve d’ailleurs dans son format relativement court et la sobriété noire de ses compositions.
Tous les grands thèmes du mythe Sopor sont explorés dans une manière plus deathrock – on sait l’amour d’Anna Varney pour Rozz Williams, et ce que l’existence de son œuvre peut devoir au premier Christian Death –, mais un deathrock passé au ralenti, où les guitares rampantes typiques du genre et les roulements de batterie tournoieraient comme des voiles de fantômes.

Plus dépouillé au niveau des orchestrations que bon nombre de ses prédécesseurs, Death and Flamingos se montre plus froid, plus intimiste aussi, et a le don de faire ressortir à la perfection ses moments d’orgue et de thérémine. Toujours magistralement interprétés par Anna Varney, ces treize titres signent pour Sopor une étape particulière, car ils opèrent une fusion entre le style de ses débuts et la chamber pop funèbre développée par la suite (fusion parfaitement incarnée par le magnifique « The Boy must die », lent et douloureux, peut-être le point culminant de l’album). Ici, ils perdent en beauté plastique ce qu’ils gagnent en brutalité émotionnelle, s’éloignant résolument de l’esthétique sucre glace des Fleurs du Mal (tournant majoritaire dans l’histoire du groupe) pour déployer tout ce qu’ils ont en eux de rituel et mortifère (« Mephistophlilia »). On dirait qu’Anna Varney y plonge dans son inconscient sans retenue aucune, développant avec une puissance assez étonnante son propre symbolisme. Voici donc un album fascinant, de danse et de douleur, triste et gracieux comme un flamant rose qui errerait seul dans des plaines foudroyées.

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9 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Foals: « Everything Not Saved Will Be Lost, Pt. 1 »

Foals continuent leur métamorphose avec le premier opus d’un diptyque d’ores et déjà mémorable, Everything Not Saved Will Be Lost. On les avait laissés au sommet avec un What Went Down poursuivant à merveille l’exploration des territoires musicaux défrichés sur Holy Fire. Une tournée qui a amené le quintet en tête d’affiche des plus grands festivals du monde. Puis le départ de leur bassiste , la nécessité d’introspection et le challenge complexe de revenir à ce sommet, dans une industrie digérant la musique à une vitesse folle ont forcé le groupe à remodeler son approche.

Enregistrant dans un studio à deux pas de leurs domiciles, les musiciens ont abordé l’identité sonore de Foals sous un nouvel angle, retravaillant leur processus créatif, composant titre sur titre, élaguant, jusqu’à un constat évident : cet album sera en deux parties. Se présente alors ce Everything Not Saved Will Be Lost, Pt. 1, expérience que le groupe nous invite à apprécier, à digérer; mais dont nous savons que la vraie ampleur ne sera révélée qu’avec l’écoute, différente et complémentaire, de sa seconde partie.

Ce Everything Not Saved Will Be Lost premier du nom révèle des sonorités ambitieuses et inédites, facettes insoupçonnables d’un groupe affinant des compositions toujours plus inspirées. Une impression évidente dès l’aérienne introduction « Moonlight », renforcée de nappes électroniques synthétiques évidemment séduisantes. « Be lightweight », répète un ensemble qui survole le titre avec une apparente aisance, aisance à laquelle nous ne pouvons que nous plier.

De là, Foals dévoilent petit à petit un kaléidoscope sonore frappant de sincérité et de puissance. Que ce soit sur un « Exits » toujours aussi palpitant, partageant un rythme irrésistible avec un « In Degree »s aux basses trépidantes, ou au détour d’un rock et implacable « White Onions », nous sommes voués à laisser Foals se déchaîner et propulser ses compositions de plus an plus haut, sachant tout aussi bien construire la tension (« In Degrees » et son climax insoutenable) que la maintenir constamment (« White Onions », qui ne décolère pas à un seul instant).

Si ces morceaux se tiennent aussi bien musicalement, ils sont évidemment aidés par une production incroyablement raffinée, profitant des expériences tentées sur What Went Down. On le perçoit notamment sur un « Cafe d’Athens » brillant et regorgeant de subtiles sonorités, à la signature rythmique évoquant les heures les plus expérimentales de Radiohead. Une expérimentation qui vient se fracasser contre un hit évident, « On the Luna », expérimentation améliorée qu’on jurerait issue de Total Life Forever, ou encore sur un « Syrups » jouant la carte de l’apaisement et de la délicatesse pour finalement s’emballer dans une outro des plus apocalyptiques.

Si soniquement, Foals s’amusent à jouer sur deux vitesses, les paroles de Yannis Philippakis se révèlent plus mélancoliques que jamais. Des visions de destruction de la conclusion de « Syrups « au combat désespéré de « White Onion »s en passant par la succession de vibrants souvenirs de « On the Luna », le parolier livre ici des textes bruts, personnels et forcément touchants, qui traversent leur coquille sonore pour éclater aux oreilles de l’auditeur. Une émotion dévastatrice synthétisée dans la conclusion « I’m Done With the World (& It’s Done With Me »), ballade piano voix dépareillée de toutes fioritures, sonnant comme la fin d’une ère.

Cet adieu au monde ne se fait pas, comme espéré, sans une ultime célébration; « Sunday » sera une ultime ode à la félicité emplie d’espoir et de puissance. Une dernière danse avant l’apocalypse, un dernier climax instrumental et vocal avant de quitter la civilisation. Le ciel peut bien prendre feu, l’océan peut bien nous engloutir, la nature peut bien se rebeller contre l’espèce humaine, les « oiseaux continuenet de chanter »,; d’ici là, Foals s’affirment encore et toujours comme un combo essantiel pour mainres générations et pas seulement la sienne. Rendez-vous pour la partie 2.

****1/2

9 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Maestus : « Deliquesce »

Lent, désespéré et majestueux : c’est comme ça que Maestus envisage son death doom metal. Les américains sortent ici leur deuxième album et il s’avère être un sacré brûlot. Si sa base est incontestablement doom, il navigue avec bonheur dans les eaux saumâtres du death et emploie également quelques ficelles black metal, à dose homéopathique. Le côté doom, on aurait pu le deviner sans mal. En effet, « Deliquesce » affiche fièrement 4 titres pour 50 minutes de musique : autant dire que ceux-ci présentent l’étirement caractéristique du genre. En plus de ça, on a des parties dont tout élément metal est absent, qui amènent vraiment quelque chose, et qui revêtent volontiers un caractère menaçant ou une noirceur abyssale.

Le combo évoque Shape Of Dispair, Pallbearer ou My Dying Bride dans sa liste d’influences, et ce n’est pas sans raison. Si la plupart du temps les titres sont lents, lourds, et puissamment mélancoliques, ils savent également se montrer plus heavy et hargneux, avant de relâcher une bonne dose de beauté arctique. Maestus joue également avec le silence, ce qui prouve une certaine maturité et assurance. Si la créativité n’est pas ce qui caractérise le plus ce disque, il fait preuve d’une intelligence qui en fait un disque à la fois très peu original et extrêmement bien ficelé, suffisamment en tout cas pour ne pas passer à côté !

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9 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire