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Robert Foster: « Inferno »

Pour se bien mettre en forme il suffit d’écouter le nouveau disque de l’ex Go-Betweens, Robert Forster. En 35 minutes, montre en main, Foster vous emmène loin des vicissitudes du quotidien tout en chantant les vicissitudes de son quotidien.
Inferno a déjà un premier mérite : nous faire replonger dans les disques solos de Robert Forster. Le grand Robert a publié de 1990 à 1996 quatre albums solos qui tiennent encore formidablement bien la route aujourd’hui. De Danger In The Past (1990) à Warm Nights (1996), Robert Forster n’a pas démérité en solo. Et à l’heure où la jeune garde australienne a un excellent niveau ( The Stoppies, Julia Jacklin et Stella Donnelly), Forster rappelle qu’il est toujours là.

Avec Inferno, Robert Forster retrouve l’Allemagne (il avait enregistré Danger In The Past en Bavière), les considérations météorologique (The Evangelist s’ouvrait avec une chansons sur la pluie) et Bleddyn Butcher (qui signe la photographie de la pochette comme du temps des Go-Betweens). La production de Victor Van Vugt (vieux complice de Nick Cave et producteur de Beth Orton) met en valeur de manière intelligente des chansons qui effleurent des mélodies et qui nous font écouter la voix délicieusement élégante de Forster. Court, autobiographique sans l’être et extrêmement malin, Inferno nous fait entrevoir un visage plus adouci de son auteur. La première écoute d’Inferno peut s’avérer répétitive : l’adaptation de « Crazy Jane And The Day Of Judgement » (poème de William Butler Yeats) est fantastique. Ne restera plus qu’à appuyer sur la touche « repeat ».

***1/2

8 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Acretongue: » Ghost Nocturne »

Acretongue est le projet solo de Nico Janse van Rensburg, résident d’Afrique du Sud et géniteur d’un mélange entre electro dark, darkwave et electro pop noire. Je n’avais pas eu la bonne idée de faire connaissance avant avec la musique du bonhomme. Erreur réparée avec ce « Ghost nocturne », qui impressionne par sa faculté à accrocher l’oreille avec ce qui n’est pas à priori taillé pour le faire. Pour situer ce disque, on pourrait penser aux mélodies de The Anix, à l’ambiance et aux orchestrations des titres les plus calmes de Wumpscut, et aux vocaux de Nivek Ogre sur les titres les plus mélancoliques de Skinny Puppy.

Cela aboutit à un joli mélange de compliments dans ce registre, mélange qui fonctionne très très bien. Bien sûr ce n’est pas hyper origina et  que chaque élément pris à part a déjà été entendu. Mais tout ensemble, ça a quelque chose de magique.

***

8 mars 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Adia Victoria: « Silences »

Après avoir sorti l’excellent « Beyond The Bloodhounds » en 2016, Adia Victoria est de retour avec un second album et passe à la vitesse supérieure. Enregistré à New York avec Aaron Dessner (The National), elle déploie sur ce nouvel opus un Blues Rock gothique et raffiné qui impose une bonne fois pour toute son style bien personnel. Il est en effet bien difficile de coller une étiquette à cette américaine qui doit autant à l’Indie Rock moderne qu’aux racines de la musique US. Un mélange des genres bien digéré qui joue habilement sur les changements d’ambiances calmes, rageuses ou orchestrées.

Installée ài Nashville, elle est néanmoins originaire de Caroline du Sud, et c’est effectivement avec un Blues Rock sudiste qu’elle avait posé les bases de son premier album. « Silences » s’en écarte un peu et explore des voies parfois plus Pop (« The City »), des touches légèrement plus électroniques, sans oublier pour autant la recette qui lui va si bien sur « Dope Queen Blues ». Et c’est dans ces moments où elle se libère totalement qu’Adia Victoria devient irrésistible. L’autre single dévoilé en amont de l’album, « Different Kind Of Love », en est probablement le plus bel exemple : sous ses apparences de titre linéaire, il s’immisce doucement en nous d’abord grâce à quelques détails tels que des cuivres qui accompagnent les premiers breaks, puis monte progressivement en puissance et en tension, mêlant alors tous les instruments et notamment une guitare saturée et Blues. Un vrai tour de force suivi d’un morceau totalement différent, « Devil Is A Lie », qui évoque pour sa part une version sombre du Jazz de la Nouvelle Orléans.

Du début à la fin, c’est surtout un sentiment de maîtrise qui prédomine. Avec le violoncelle qui ouvre l’album sur « Clean », elle installe une ambiance aussi intrigante qu’inquiétante qui ne se dissipera pas. Loin de foncer tête baissée, elle préfère évoluer tout en finesse et nous raconter ses histoires qui font le thème de « Silences », dont le titre est tiré d’un livre de 1962 de Tillie Olsen, une féministe de la première heure.  Les paroles de titres tels que « Bring Her Back » ou « Pacolet Road » ne manquent pas de tranchant, des chansons dans lesquelles le diable n’est jamais bien loin…

Plus orchestré que son précédent album, mais aussi plus complexe, « Silences » est un disque qui ne se livrera totalement à l’auditeur qu’après plusieurs écoutes. Musicalement, vocalement, textuellement, Adia Victoria fait évoluer son univers avec beaucoup d’assurance et semble parfaitement savoir où emmener ses auditeurs. C’est là que la récompense en sera plus belle : derrière les interdits suggérés par le titre « Silences », peut-être l’entendra-t-on crier…

****

8 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Max Ananyev: « Frontier »

Un musicien peut révéler des talents divers dans des styles musicaux très variés. C’est le cas de Max Ananyev qui, après avoir sorti Water Atlas, un album d’ambient où se distinguaient les sonoités du piano et de la guitare sur des nappes très reposantes, propose cette fois un album composé uniquement autour de la guitare acoustique.

Un album constitué de 12 titres pour guitare classique que Max Ananyev dédie aux rues, à l’eau et au ciel de Saint-Pétersbourg, ville où il réside depuis 6 ans. Un album dépouillé et apaisant, lumineux et printanier dans lequel les notes de guitares rayonnent sans rien autour. Superbe.

***1/2

8 mars 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

Nivhek: « After its own Death / Walking in Spiral towards the House »

Dans le cadre de son projet nommé Grouper,l’artiste Liz Harris privilégie toujours les sonorités abstraites (drones, bruit blanc, etc.), malgré l’utilisation d’instruments dits « organiques ». Certains spécialistes n’hésitent pas à classer sa musique dans une sorte de folk atmosphérique. Une chose est sûre, les albums de Harris sont souvent sombres et émouvants, toujours présentés dans un enrobage aérien pleinement assumé. En plus d’être une musicienne douée, elle est aussi une artiste visuelle respectée par ses pairs; une créatrice dans l’âme.

Sous le nom de Grouper, elle nous a proposé quelques bons albums au cours des dernières années : The Man Who Died In His Boat (2013), Ruins (2014) et le fort réussi Grid of Points (2018), pour ne nommer que ceux-là. En pleine grisaille hivernale de février, Harris était de retour – sous le nom de Nivhek– avec un nouvel album intitulé After its own Death / Walking in spiral towards the House. Ce projet parallèle a été enregistré en partie dans les Açores, mais majoritairement à Mourmansk, en Russie septentrionale, à l’occasion d’une résidence où Harris était invitée.

Résolument ancré dans la musique ambiante et expérimentale, cette création aurait pu verser dans une imbuvable prétention, mais au contraire, ce disque est tout simplement magnifique. Harris délaisse donc momentanément son folk immatériel, pour s’engouffrer dans une musique céleste, quasi spirituelle/religieuse. Un disque qui inspire la rêverie plutôt que la peur.

La première partie de l’album, intitulée After its Own Death, est divisée en deux actes et s’ouvre sur une superposition vocale presque monastique. Par moments, des cassures sonores surviennent et on pense rapidement à l’œuvre de Tim Hecker, mais en moins volcanique.

Dans la deuxième partie (Walking in Spiral towards the House), Harris est accompagné par Michael Morley (The Dead C). Parfois, on peut y déceler en fond sonore une guitare spleenétique, un peu de « field recording » et quelques dialogues à peine perceptibles. D’une durée de 21 minutes, l’auditeur sera plongé dans une pièce qui ne peut qu’être une référence au trépas; ce dernier moment où l’âme s’élève… ou pas. Paradoxalement, ce segment nous semble plus lumineux. L’utilisation subtile d’un mellotron confère à cette partie une aura plus éclatante.

Mais ce qui fait la force de ce disque, c’est la cohérence des deux pièces proposées. L’intention artistique est claire. Le voyage intemporel est totalement réussi. Harris réussit à se réinventer sans se dénaturer…

Un disque à écouter en mode recueillement ou tout simplement pour avoir la sainte paix…

****1/2

8 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Ghostland: « Dances on Walls »

Voici du rock gothique de très belle facture : mélodies évidentes (facilement classiques car immédiatement accrocheuses) et voix féminine bien mise en avant et qui, si elle ne révolutionne en rien le genre, se montre capable de jolies modulations (« The Dancing Crowd »). La basse de Nikos a cette résonance un peu rugueuse qu’on a connue chez Savages (et avant ça chez Bauhaus, bien sûr) comme on peut l’entendre sur « Leave behind (Hollow Moon) ». Alors, les compositions n’offrent pas des surprises flagrantes et optent pour le déjà-vu : une ligne de basse régulière, des guitares et claviers qui habillent la base rythmique et un chant à la tessiture imparable. La batterie programmée sonne avec sécheresse (« The Dancing Crowd ») : c’est le même homme, Argyris, qui soigne les claviers, la guitare et la boîte à rythmes ; en live, l’arrivée de Stavros aux synthés a aidé Ghostland a avoir plus de dynamisme.

C’est très bien ficelé et ce groupe d’Athènes joue avec honnêteté. C’est ce qui fait la différence. Là où Second Still en 2017 surpassait la concurrence par une entité féminine de premier ordre (Suki San), Ghostland creuse sa place par des ambiances sourdement grises (« Wind of Knives »), laissant le temps aux climats de se forer un passage vers quelque chose qui laisse sa trace dans le corps (les volutes de « Sway »).

On les suit moins lorsque sur « Don’t wait » la musique lorgne vers une proto-EBM (on reconnaît même sur le démarrage de « Leave behind » un sample rythmique proche de celui de Die Bunker en 1983 et leur « Wut » ou bien leur « Am rande der Ruhr »), toutefois, la voix de Makrina sauve tout : gracile et mutine, elle suit avec bonheur cette musique primesautière. Le contraste est absolu avec la langueur dépressive de « Ice Song », la bien-nommée.

La déambulation nocturne du clip de « Lifeblood » (réalisé par Kostas Papapanagiotou) part d’un postulat étonnant : alors que la musique tourne avec férocité, c’est à une promenade détendue, mains dans les poches et regards baissés ou sur le côté que nous convoque Makrina, refusant de mettre en avant cette rage sous-jacente. Tout au plus les images en bougé sur les cadrages américains de la chanteuse ou les effets stroboscopiques en lumières rouges viennent-ils densifier les émotions. C’est au paysage de no-man’s land urbain de porter la charge émotive, mélancolique et désespérée.

Il manque peut-être au groupe ce sursaut d’énergie noire, qu’il a en lui, comme s’il leur fallait désormais balayer la timidité et la retourner pour la jeter plus férocement aux visages adverses.

***1/2

8 mars 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire