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Cass McCombs: « Tip of the Sphere »

Cass McCombs est l’un des songwriters américains parmi les plus mésestimés qui soient. Préférant les chemins de traverse aux écueils de la popularité, McCombs s’évertue depuis plus de 15 ans à écrire des chansons mélangeant habilement le psychédélisme, le soft-rock et plus récemment la country.

C’est en 2011, avec l’album Wit’s End, que le compositeur a pointé le bout de son nez hors des cercles d’initiés. En 2013, il a fait paraître l’ambitieux Big Wheels and Others ; un disque d’une durée de 95 minutes qui demandait un effort d’écoute de tous les instants et qui ne permettait pas d’apprécier le travail du musicien à sa juste valeur. Trois ans plus tard, McCombs récidivait avec le très sensuel Mangy Love qui s’éloignait du rock ténébreux auquel il nous avait habitués.

L’artiste est de retour avec un 9e album : Tip of the Sphere. Réalisé par Sam Owens, alias Sam Evian (meneur de la formation Celestial Shore), cette production a été enregistrée au réputé studio new-yorkais Figure 8. Et ses fidèles accompagnateurs font bien sûr partie de l’aventure : Dan Horne (basse), Otto Hauser (batterie) et Frank LoCrasto (piano, orgue, synthés, etc.).

Cette fois-ci, McCombs plonge dans une sorte soft-rock feutré et indolent, aux influences americana, qui remémorent parfois les Grateful Dead. Tip of the Sphere est un disque plus cohérent que Mangy Love, même si en fin de parcours le bonhomme nous surprend avec « American Canyon Sutra », un spoken-word étrange dans lequel il y enchasse des petites perles littéraires.

Avec Mangy Love, le créateur nous a prouvé qu’il faisait partie du groupe réduitt de compositeurs de talent ; sur Tip of the Sphere, il confirme hors de tout doute que son relatif anonymat pourrait tirer à sa fin. L’Américain nous propose un album intemporel qui vise la durée plutôt que l’esbroufe et l’effet de toge. McCombs crée et joue selon ses propres règles, présentant des chansons calmes et sereines en apparence, mais renferment quelques critiques sociales bien tournées, comme sur le premier « single » tiré de l’album, « Sleeping Volcanoes ».

Même si Tip of the Sphere ne contient aucune surprise majeure, la facilité déconcertante avec laquelle ces petits bijoux de chansons sont interprétés font de ce disque une totale réussite, décapante et intemprelle comme Neil Young et son Crazy Horse pouvaient s’en rendre coupables.

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9 février 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Panda Bear: « Buoys »

Panda Bear, alias de Noah Lennox revient avec un sixième album, disque qui s’éloigne de la signature sonore « classique » du projet et qui s’avère, à ce jour, le plus travaillé et le plus introspectif de Lennox, à des lieues des grandes messes tropicalo-psychédéliques de Tomboy.

Dans son opus précédent, Panda Meets The Grim Reaper, on retrouvait encore les jeux, harmonies et superpositions de voix noyées d’écho que Lennox utilisait à profusion depuis la sortie de Person Pitch en 2007. S’il y recourt encore dans Buoys, il a, par ailleurs, élargi sa palette sonore pour y intégrer une plus grande diversité de sons « organiques » (piano, guitare acoustique, objets percussifs variés), mais s’est aussi lancé dans le saupoudrage frénétique de sons/effets synthétiques à tous crins. Il n’hésite pas non plus à se tourner vers l’auto-tune et à jouer davantage avec les voix pour explorer de nouvelles avenues.

Aux yeux de Lennox, Person Pitch, Tomboy et Panda Bear Meets the Grim Reaper formaient une trilogie, et ce nouvel album marque le début d’un nouveau chapitre. Et c’est exactement ce que l’on constate dès les premières notes sous forme de bruits de gouttes d’eau. Lennox habite, en effet, depuis peu à Lisbonne, et on peut se demander si ce ne serait pas l’influence, consciente ou non, de l’eau bordant cette ville européenne qui confère une texture ondoyante, contemplative et fortement aquatique à ce nouveau disque.

Les admirateurs de première date de Panda Bear ne seront pas en perte complète de repères, mais là où Lennox innove par rapport à ses albums précédents, c’est du côté de la production et des voix ; on se retrouve ainsi avec un album dont la facture est beaucoup plus léchée. Lennox et Santos ont misé sur un son résolument contemporain, d’une complexité et d’une qualité sonore que Lennox avait commencé à explorer dans Panda Bear Meets The Grim Reaper.

Le premier titre, « Dolphin », fait à lui seul la synthèse de la nouvelle voie qu’emprunte Panda Bear. Les artifices sonores synthétiques semblent parfois plaqués sur les chansons sans y apporter de réelle profondeur et il faudra attendre le centre du dique pour que s’opère la fusion entre le Panda Bear porté sur les boucles hypnotiques et les rythmes décalés, et le Panda Bear nouveau mettant les voix et les mélodies résolument à l’avant-plan comme sur « Master », « Buoys » et « Inner Monologue ». Cette dernière composition est d’ailleurs ponctuée de sanglots, ajout qui semble superflu par rapport à la ligne mélodique de cette magnifique chanson qui rappelle le Heathen de Bowie.

Ce nouvel album dénote une réelle volonté de Panda Bear d’affiner son son. Les arrangements sont plus dépouillés, plus matures quelque part, sans pour autant laisser de côté l’expérimentation qui fait partie de l’ADN du projet. L’omniprésence de la guitare acoustique fait par ailleurs écho à Young Prayer paru en 2004, un album totalement épuré qui mettait parfaitement en lumière les talents de composition de Lennox.

À cet égard on pourra rester nostalgique des rythmiques plus lourdes, des circonvolutions mélodiques et des éclairs de génie ludiques/joyeux/sombres cohabitant dans ces compositions très denses sur le plan sonore que l’on retrouvait dans les trois albums précédents. Cet album-ci, même s’il est globalement très intéressant et agréable d’écoute, manque de croquant sonique. Il s’agit néanmoins d’un pari réussi pour ce qui est de l’évolution globale du projet, et comme d’habitude, Panda Bear réussit à nous amener ailleurs, à déjouer nos attentes et parviendra sans doute séduire de nombreuses oreilles, peu importe l’âge de ces dernières.

***1/2

9 février 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Puppy: « The Goat »

Sous des aspects visuels plutôt kitsch, édulcorés, faits de rose et de graphismes psychédéliques, avec un nom croquignolet, enfantin et innocent, se cache un trio londonien à la forte personnalité, dénommé Puppy. The Goat est leur premier album qui paraît après un début assez pétaradant au gré des festivals .
Ce qui peut frapper au premier abord est cette sorte de décalage, déjà souligné par la pochette, qui allie le rose pétant et des symboles ésotériques et mortifères (crâne, bougies, vieux grimoire, symboles maçonniques…). La musique semble confirmer cette apparente dichotomie puisqu’elle est basée sur des guitares lourdes, au son gras parfois saccadé et un chant mielleux voire mièvre et même à l’allure naïve qui déploie des mélodies doucereuses, relativement efficaces, parfois appuyées par des chœurs accommodants.
« Black Hole » le premier single donne le ton : guitare et basse tonitruantes sur lesquelles se pose la sirupeuse voix de Jock Norton avec un refrain d’une efficacité redoutable que les groupes pop rock les plus commerciaux pourraient envier. Le riff est martelé avec conviction, faisant taper du pied au gré d’un dynamisme débordant et entraînant. Ce titre est un beau condensé du savoir-faire de
Puppy, y compris les chœurs évidents, presque naïfs et pourtant si pertinents. De nombreux titres ont un modèle très comparable avec ce qu’il faut de riffs crasseux évoquant la part sombre du groupe et de chants alléchants qui se rapportent à sa part lumineuse, « Poor Me » se montrant particulièrement attachant et accrocheur, tout comme « Jute Like You’ »et son solo éruptif.


Parmi les titres remarquables, citons « 
Entombed » et son jeu de guitare particulièrement lourd qui se mêle avec le chant sur le refrain pour le plus bel effet. Il s’agit d’un titre-phare de l’album qui réunit toutes ses qualités et son incroyable inspiration. « Bathe In Blood » tire également son épingle du jeu en accélérant le propos dans son intro pour ensuite s’épandre dans une agréable mélodie pleine d’énergie, assimilable au pop rock survitaminé à l’américaine qu’on trouve parfois chez les Foo Fighters. « Nightwalker » pourrait faire office de quasi power ballade avec sa mélodie fluette. L’album se conclue sur « Demons », titre doté d’une profondeur de son encore plus marquée, aux riffs résolument metal, qui font éclater par contraste, une fois encore, un chant clair, lumineux et superbe.
Tous les ingrédients sont réunis
ici pour un succès monumental : une personnalité détonante et un sens incroyable de la mélodie, une identité toute en contrastes et du talentà l’état pur.

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9 février 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire