Jo David Meyer Lysne: « Henger I Luften »

Le guitariste norvégien Jo David Meyer Lysne n’a que 25 ans il mais a déjà développé une esthétique singulière qui emprunte au calme et au minimalisme de Morton Feldman, aux paysages sonores épars et atmosphériques du guitariste Steve Tibbetts et à l’art sonore expérimental, le tout canalisé dans des textures évocatrices et cinématiques. Son premier album en tant que leader, Henger i Luften (est inspiré par la conception de la musique du poète Rainer Maria Rilke : « L’autre côté de l’air, pur, gigantesque, et inhabitable pour nous ». Cet album fait suite à son duo intime avec le contrebassiste Mats Eilertsen (Meander, Øra Fonogram, 2017).

Henger i Luften présente un sextuor acoustique de type chambre. La moitié des musiciens, dont Lysne lui-même, étendent la palette sonore de leurs instruments avec une électronique subtile. L’ensemble a été réuni pour interpréter la musique de Lysne pour un film muet. Il a enregistré l’ensemble en studio, puis a pris les meilleures idées réalisées à partir des improvisations du studio, a recomposé et monté ces pièces en une narration cinématographique cohérente, avec l’aide du producteur et double bassiste Jo Berger Myhre (du trio Splashgirl).

Henger i Luften ne dure que 32 minutes (et est disponible en édition limitée en vinyle et en téléchargement numérique), mais parvient à suggérer des paysages sonores très imaginaires et énigmatiques. Ces paysages sonores maintiennent une forte tension entre le son pur et rêveur des instruments à cordes acoustiques – la guitare acoustique de Lysne et la guitare 12 cordes préparée, le violoncelle, l’alto, la basse, plus les vibes, la grande casa et le saxophone, et l’enveloppe subtile mais sinistre du synthétiseur d’ambiance. Lysne esquisse avec cette tension des images détaillées d’ombres et de lumières et de paysages désolés et figés qui intensifient le drame cinématographique. Les guitares de Lysne s’élèvent dans ces paysages sonores mystérieux comme une montagne isolée qui résonne et chante ses chants hypnotiques dans un espace sans fin, laissant ces sons pendre dans l’air et s’y incruster.

***1/2

Pianos Become The Teeth: « Wait for Love »

Ce quatrième album de Pianos Become The Teeth poursuit la mue effectuée avec leur arrivée sur un nouveau label : oubliés le screamo et les mouvements rageurs, le groupe se consacre désormais à un rock plutôt émo agrémenté de longues plages contemplatives dignes d’un post-rock chanté. La distorsion choisie pour les guitares caresse les oreilles, majestueuses et douces, elles cajolent plus qu’elles ne bousculent. Parfois, le rythme s’accélère mais le chant de Kyle Durfey tempère les ardeurs et recouvre de ouate l’atmosphère. Le travail de production de Will Yip est, à cet égard, très soigné sait très bien mettre en avant leus talents dePianos Become The Teeth

.

Les musiciens de Baltimore arrivent à écrire de jolies chansons hors des canons habituels avec des ambiances particulières, rapidement installées et aussi vite remplacées par d’autres sans que l’auditeur ne se perde, tant la teinte de cet album reste, malgré le défilement des titres. Si on est en quête d’un album de rock électrique et capable de de prodiguer tranquillité, ce Wait for Love fera l’affaire.

***

Sulphur Aeon: « The Scythe of Cosmic Chaos »

De quintette passé à trio, Sulphur Aeon a profité de cette mutation pour ajouter des vocaux lumineux à son arsenal ,Le résultat en est un registre plus clair et contemporain. ce qui a pour effet de donner un côté encore plus contemporain à ses titres.

Succès aidant, les moyens de production sont plus conséquents, chose qui se vérifie sur leur dernier opus du combo, un The Scythe of Cosmic Chaos qui démarre avec  Cult of starry wisdom » sur une atmopshère post-metal, un riff mélodique et puissant de cette puissance qui a nom retenue et qui s’avère d’autant plus anvoûtante qu’elle ne se veut pas effrénée.

Le riff introductif de « Yuggothian spell » nous terrasse d’entrée de jeu emais le chant s’y fait clair déclamatoire et proche de l’épique. « The Summoning of Nyarlathotep »mid-tempo et malfaisant s’ajustera sur du Behemoth tout comme « Veneration of the Lunar Orb ».

« Sinister Sea Sabbath » confirmera cette forte inclinaison pour les titres brutaux d’autant plus retors que la rythmique n’est pas trop speed et que priorité est donnée à l’effort mélodique de l’attaque de la la guitare et à un solo irréprochable.

La suite sera du même acabit avec une grandiloquence qui refera surface. Les bilan restera alors mitigé et on ne pourra qu’être songeur voire réservé et sceptique sur les capacités du groupe et sa tendance à faire des choix pas toujours indiscutables.

***

Emanuele Errante: « The Evanescence Of A Thousand Colors »

Quelques semaines après le disque publié en trio avec Dakota Suite et Dag Rosenqvist, Emanuele Errante reste fidèle à Karaoke Kalk pour son album solo. Poursuivant ses travaux ambient assez minimalistes, l’Italien y livre un disque courtmais empreint d’une beauté fragile, tenant par la minceur des contours mélodiques convoqués, comme par la vulnérabilité des composantes utilisées. Dans une démarche quasi-électroacoustique, Errante sollicite ainsi des apports dont on peine parfois à déterminer s’ils sont électroniques ou réels (le clavier et les cordes de « Shiver », par exemple). Cette indécision ne s’avère toutefois pas perturbante, en tant qu’elle participe du climat qu’entend mettre en place le Transalpin, jouant sur les rencontres et les mélanges, en écho aux visuels de pochette où des pigments de poudres colorées sont prêts à être amalgamés.

 

De petites granulosités ou perturbations grésillantes peuvent également venir bouleverser un peu l’ensemble, comme un nouveau composant chimique viendrait mettre du trouble dans une préparation trop lisse (« Comhaltas »). Dans un autre registre, un propos plus politique s’invite dans la musique d’Emanuele Errante avec un extrait de discours de l’universitaire Pratyusha Pilla, dans lequel la jeune femme traite de la discrimination fondée sur la couleur de peau (« Beauty »). Plus loin, c’est par une instrumentation plus riche et plus scintillante qu’un morceau peut se distinguer (« Komorebi »).

Quel que soit le vecteur choisi par le musicien, demeure pourtant une constante : le caractère chaleureux et accueillant de ses compositions, parfois peut-être un peu trop ressemblantes lorsque les spécificités précitées ne sont pas présentes, mais assurément réconfortantes.

****1/2

Bob Mould: « Sunshine Rock »

Avec son look de quinquagénaire rangé des affaires, Bob Mould peut tromper don monde. En effet, il avait formé avec feu Grant Hart l’un des groupes les plus excitants du rock indé des US des 80’, Hüsker Dü. Trente ans après Workbook son premier album solo Bob Mould nous montre qu’il toujours dans le coup et publie un impeccable Sunshine Rock.

En un peu moins de quarante minutes, Mould envoie une dizaine de chansons qui pourraient, sans ambages, filer un coup de vieux à toute la concurrence. Le temps qui passe n’a aucune prise sur l’écriture de cet Américain. Toujours fine et incisive, elle a le mérite de nous mettre des uppercuts avec une économie de moyens impressionnante.

Enqgilant les riffs à marche forcée, l’ex Hüsker Dü positive tout ce qu’il trouve pour éviter de tomber dans une dépression qui lui était promise suite aux décès de ses parents.
Sunshine Rock est un disque d’une efficacité redoutable qui double par la droite ses concurrents et sème les autres dans un nuage de poussière.

***1/2