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Tomasz Bednarczyk: « Illustrations For Those Who »

Tomasz Bednarczyk, fer de lance du projet New Rome, intervient ici avec un album sous son nom propre . Comme souvent dans ce genre de conjoncture, l’auditeur est tenté de jouer aux jeux des différences, afin de déterminer ce qui singularise un projet par rapport à l’autre.

À cette aune, cet Illustrations For Those Who fait montre d’un propos plus resserré, plus compact, que celui de New Rome qui pouvait aller chercher une coloration presque psyché. Ici, les nappes et granulations se font plus minimales, fréquemment composées à partir d’un matériau réduit (un simple synthétiseur) et lorgnant vers un certain onirisme en s’aventurant, vers des rivages plus lumineux (le bien nommé « Sunny Ambient »).

Ainsi, quand les couches se superposent, l’ensemble prend cette tournure intéressante, conduisant l’auditeur à creuser lui-même les profondeurs d’un titre, à se laisser prendre au jeu sur la stéréo ou bien à essayer de mentalement séparer les strates (« Theme II »).

Dans le même ordre d’idées, l’aspect tournoyant de certains éléments sera tout autant convaincant (« Botanical Garden ») mais, au total, , il ne faudra pas attendre trop d’un disque intervenant dans un champ ambient déjà fort labouré et dont, au surplus, la relative brièveté n’aide pas à imprimer outre mesure sa marque.

**1/2

28 janvier 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Big’N: « Knife of Sin »

Très actif durant les années 90 pendant lesquelles il n’est pourtant jamais parvenu à se faire aussi incontournable que les Shellac ou Jesus Lizard, Big’N est peu à peu sorti des radars st à se faire un nom parmi les fans de noise rock.

Knife of Sin bénéficie, si ce n’est de la production, du moins des Electrical Studios de Steve Albini pour nous concocter une farandole de compositions cinglantes et abrasives.

Aussi oppressant et menaçant qu’à la première heure, le groupe – désormais rejoint par un ex Haymarket Riot à la basse – trouve ainsi dans son minimalisme poussé le moyen de laisser à son instinct primaire le soin de le rendre intemporel et de postillonner une rage qui, toute lapidaire qu’elle soit, n’en est que plus véhémente. Pour l’âpreté de cette imprécationon ne peut qu(en réclamer plus… et encore.

***1/2

28 janvier 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

John Escreet: « Learn to Live »

La présentation l’album du pianiste, claviériste et compositeur anglais John Escreet avait été faite au Jazz Gallery de New York. Prédisons d’emblée que’on aurait tort d’associer Learn to Live au jazz-fusion post-Miles Davis ou même rock progressif des années 70. Bien sûr, user de synthétiseurs et de Fender Rhodes (et aussi de piano) dans le contexte d’un jazz musclé peut déclencher tous les clichés de ce type, mais il faut se rendre à l’évidence: quoique gonflée de testostérone, cette musique (écrite et improvisée) est nettement plus contemporaine, plus savante, plus virtuose dans ses exécutions.

On sait aussi que les musiciens entourant Escreet (le saxophoniste Greg Osby, le trompettiste Nicholas Payton, le bassiste Matt Brewer, les batteurs Eric Harland et Justin Brown n’ont pas grand-chose à voir avec quelque conservatisme fusion ou prog.

Autour des compositions de John Escreet, ils cherchent visiblement à actualiser ces formes populaires et savantes en souscrivant à leurs avancées harmoniques, mélodiques et texturales d’aujourd’hui… sans renier leurs origines pour autant. Enfin bref, on est vraiment en 2019, loin des relents passéistes et surannés.

***1/2

28 janvier 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

The Gentlemen Losers: « Make We Here Our Camp Of Winter »

La musique des frères Kuukka, Samu et Ville alias The Gentlemen Losers, invite à la rêverie, à l’abandon, au « lâcher prise », à ce qui va effleurer à la surface de notre intimité. Les Finlandais nous emmènent enfin de nouveau en voyage avec un quatrième album Make We Here Our Camp Of Winter composé au fil de l’été dernier, dans un chalet au bord d’un lac du sud de la Finlande..

On sent, à l’écoute, qu’ils ont, en effet, laissé l’inspiration dériver à son gré, sans destination prédéterminée, au contraire de leur Permanently Midnight qui leur avait pris des années. Peut-être est-ce, d’ailleurs, cette longue gestation initiale qui permet aujourd’hui à leur, et notre, imagination de faire le reste.

Ces huit nouvelles compositions de The Gentleman Losers n’ont, ici, que faire des limites. Ce faisant, elles s’affranchissent des limites, transgressent les frontières et s’immiscent dans les pensées. Les mélodies flottantes bercent l’auditeur, pour peu qu’il accepte d’oublier son environnement, son quotidien, sa pudeur chétive. Un motif de guitare ondulant se reflète dans un miroir de glace de synthétiseurs analogiques, une ligne de basse vibrante se mêle à un beat électronique hypnotique. Mélangeant des équipements vintage à une production moderne, le duo parvient à jouer ainsi sur les ambiances, les éléments se faisant doucereux ou glaciaux. On entend aussi une voix sur « Fish Roam In Winter Water », mais ces mots égrenés de façon mécanique incitent vite à s’éloigner de l’humanité. Petits sommets de cet album qui offre un paysage de douces collines, « Kingdom Of The Wind » est une petite merveille digne de Labradford, alors que « Book Of Leaves » évoquera Lanterna ou Scenic, au comble de la tourmente.

Il y a bien peu de chance que la musique de The Gentleman Losers se fasse entendre dans le tumulte général. Pourtant, elle a indéniablement des vertus méditatives et, en même temps, vertigineuses qui pourraient nous ramener à ce discernement qui est aussi porteur d’exaltation.

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28 janvier 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

James Holden: « The Animal Spirits »

En considérant ses précédentes productions, on ne s’étonnera pas de retrouver James Holden, DJ et producteur de musique électronique, aux manettes pour un nouvel album de transe électronique intégrant musique minimaliste, krautrock, jazz, dans sa musique.
Les ingrédients sont globalement les mêmes sur tous les morceaux de The Animal Spirits : James Holden compose et joue les thèmes répétitifs avec ses synthétiseurs, soutenu par la batterie de Tom Page, tandis que les instruments à vent (flûtes, ghaïta, cornet) viennent enrichir leur texture, on retrouve également quelques passages épicés par lusieurs solos de
S’ils utilisent les mêmes ingrédients, et qu’ils ont tous pour but la recherche d’une musique de transe, les morceaux sont suffisamment variés pour ne pas lasser l’auditeur. Entre électro, transe, musique du monde ou jazz, il y a clairement de la place pour varier les plaisirs. On pense immédiatement à Terry Riley, qui semble être une inspiration très forte de James Holden, mais aussi au dernier acte de Einstein on the Beach de Philip Glass pour ses morceaux où se superposent solos de saxophone et airs répétitifs.

Il s’agit bien de musique électronique, dont on retrouve des traits distinctifs : omniprésence du synthé et rythmiques répétitives. L’utilisation d’une vraie batterie et d’instruments à vent donne cependant à la musique un aspect plus organique. L’effet est renforcé par la forte présence de musiques du monde dans les thèmes. Les échos de ses collaborations avec des musiciens Gnaouas (Maroc) se font ainsi sentir dès les premiers morceaux. On peut aussi deviner des thèmes d’autres contrées (Inde ou même du Sud-Est asiatique). Le début de Spinning Dance m’évoque à chaque fois un morceau de Master Musicians of Bukkake avant que le morceau ne parte dans une direction plus électro.
The Animal Spirits est un bel exemple de ce que peuvent aujourd’hui produire les artistes ayant accès à une immense banque de donnée de musique qui s’étend dans l’espace (musiques du monde entier) et dans le temps (plus de 60 ans d’archives musicales enregistrées). Reste à en faire la synthèse, en apportant sa voix particulière : c’est le pari réussi ici par James Holden.

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28 janvier 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Selm: « Kreise »

Ce nouvel album des frères Giets alias Selm est un opus en forme de bombe à fragmentation pour décrasser les tympans, avec ses basses vrombissantes et ses machines malades crachant une bile industrielle, gorgée de pulsations noise et de moiteur crasseuse.

Kreise écrase tout sur son passage, avec ses sonorités ultra compressées et ses roulements de loops aux origines lointaines, mêlant urbanisme noir et rythmiques en dérive, capables de se casser en deux pour donner naissance à des convulsions mortes-nées.

Selm élabore une musique au minimalisme instable, enrobé de plomb et de fer en fusion, invitant les dancefloors à fondre sur eux-mêmes pour libérer les pulsations qui se cognent aux quatre coins des enceintes, cherchant désespérément à s’échapper de sillons en spirales à la frénésie née d’un trou noir, dévorant tout sur son passage. Un opus à la force abrasive qui ne fait pas dans la dentelle. Monumental !

***1/2

28 janvier 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire