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Ty Segall: « Fudge Sandwich »

Souvent mal aimée, la reprise est perçue au mieux comme un manque d’inspiration (et un besoin urgent de rentrée d’argent pour les artistes confirmés, et, au pire, comme de l’amateurisme. Comment justifier alors un tel album chez Ty Segall ? Le Californien est connu pour son hyper-activité autant que pour son hyper-créativité : on n’ose penser à un manque d’inspiration. Acceptons d’y voir alors une volonté de rendre hommage à des chansons qui l’ont marqué.

« Lowrider », traitant d’un cliché Hip Ho,  fut déjà repris par Korn pour une version cool sur le culte Life Is A Peachy, et samplé un grand nombre de fois, notamment par les Beastie Boys et Offspring. Ty Segall prend le contre-pied et tourne cet hymne funk en Glam-Rock lent, ponctués d’effets inquiétants, tout sauf funk, mais assez dépouillé, comme l’original. Sur « Isolation », un « léger » changement bouleverse tout : le piano devient guitare, et, bien que la voix de Ty colle étrangement à celle de John Lennon, l’humeur de ce classique s’assombrit grandement, et semble ainsi plus en adéquation avec les paroles, plutôt pessimistes.

 Espiègle, Segall se permet de surclasser la distorsion du « Rotten to the Core » de Rudimentary Peni. Et on peut imaginer son plaisir, une fois adulte, à parfaire les derniers détails d’un titre qui lui a fait remuer la tête quand il était enfant. Très éclectique, Fudge Sandwich se permet, sans transition, d’accélérer le tempo, à l’image de la paisible « St Stephen » de Grateful Dead, qui ici aurait bizarrement pu trouver sa place sur l’album de reprises Punks/hardcore de Slayer.

Pour le reste, de « I’m A Man » du John Spencer Trio, passé intégralement (et avec brio) dans la moulinette Segalienne, a une version musclée de « The Loner » de Neil Young en passant par une version plus rudimentaire et presque garage de « Pretty Miss Titty » (Gong), Ty Segall s’offre ses idoles sans trop respecter leurs compositions. A la différence de Ty Rex (son autre album de reprise, dédié à l’œuvre de T.Rex), Fudge Sandwich s’affiche fièrement comme un album de Ty Segall, vénérant le passé, et rendant le présent tout à fait excitant.

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16 janvier 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Total Victory: « The Pyramid of Privilege »

Et si Total Victory demeurait à jamais un des grands méconnus de la scène post-rock ? C’est la question qui vient immédiatement à l’esprit alors que défilent les premiers riffs de The Pyramid of Privilege, réédition du premier album du groupe de Bolton qui, en laissant entrevoir l’inspiration et l’efficacité de son imparable deuxième LP National Service, affichait déjà au moins autant d’arguments que nombre de ses homologues britanniques haussés sur un piédestal par les bourrasques post punk du moment.

Car pendant que Shame, Idles, Cabbage ou Fountaines D.C., s’accaparent fort justement les lumières des médias d’outre-manche à la force d’un seul album ou d’une poignée de singles, Total Victory patine lui dans l’underground, malgré des concerts mémorables et un talent sans cesse décuplé depuis ses débuts il y a six ans. Manque de bol ou entourage déficient, toujours est-il que cette résurrection de The Pyramid of Privilege ne fera le bonheur que de quelques initiés plutôt que celui d’un plus grand public depuis peu éduqué aux répétitions progressives, aux incantations engagées, à ces mélodies qui prennent bien soin de ne jamais éroder la tension ambiante.

Tout ce que ces Anglais rassemblent ici en somme. Car, de l’introductif « Fiat Lux » au long final « The Singer » voguant tous deux au gré de leurs intensités à l’instar de « What The Body Wants The Body Gets » ou « National Service » en passant par le groove tendu de « Omnivictory » et « Conservative Girls », l’entrain festif de « Can We Cool Down Venus, » ou les puissants accords de « 1700 1703 » et « North of Here »offrant au chant de quoi s’égosiller et au groupe de quoi titiller le post hardcore, The Pyramid of Privilege rappelle qu’il possédait alors tous les atouts pour bousculer la hiérarchie du revival post punk secouant actuellement la scène rock. Encore tout en bas, Total Victory pourrait lever lui aussi les deux doigts de la victoire si le destin le ranimait de nouveau après quelques mois d’inactivité. C’est tout ce qu’on lui souhaite tant le mérite s’est rarement montré si injuste.

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16 janvier 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Statues: « Adult Lobotomy »

Originaire d’Umea (bourgade suédoise à l’activité musicale inégalable, ayant vu éclore des groupes aussi majeurs que Refused ou Cult of Luna) et composé d’anciens membres de Starmarket et Kevlar, le trio ôte illico les premiers doutes que l’on peut habituellement avoir sur la maîtrise affichée par certains musiciens. Dans le grand bain depuis touts petits alors qu’ils étaient déjà biberonnés au rock des années 90, les trois scandinaves s’appliquent, sur ce premier album, à recracher toute leur culture musicale allant de Husker Du (peut plus encore Sugar) à Mission of Burma, en passant par Jawbreaker ou des concitoyens –Division of Laura Lee en tête – avec qui ils ont manifestement frayé dans le même bac à sable.

Statues partage ainsi sa grande affection pour un rock énergique, intense et spontané puisque quelques heures ont suffi à mettre en boite ce Adult Lobotomy ou s’enchaînent d’excellents titres frondeurs (« Dark Places », « Cranium »), et d’autres plus midtempo et pop sur lesquels Statues alterne le bon (« Sunken City Here We Come », « Tremors in the North) » et le moins inspiré (« The Bastards », « Authoritarian Roots », « Unnamed Drifter) », mais toujours avec le souci du refrain évident.

Rien de très original donc pour les éternels nostalgiques de la fin du siècle dernier mais une très bonne raison supplémentaire de s’en gorger.

**1/2

16 janvier 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Doug Paisley: « Starter Home »

Le songwriter Doug Paisley n’a pas inventé la poudre, en revanche on ne pourra décemment pas lui retirer certaines qualités qui, aujourd’hui, suffisent amplement au plaisir d’une certaine écoute. Il possède, en effet, un art avéré de mettre en boite des compositions soigneusement arrangées selon les us et coutumes inhérentes à son style de musique o, également, un réel savoir-faire à composer de solides et chaleureuses mélodies. Paisley connait ses gammes et maîtrise à merveille les codes du genre. Starter Home quatrième LP du musicien canadien est une collection homogène de compositions country-folk, toutes, il faut le dire de bonne facture. L’opus regorge de riches arrangements mais aussi de subtiles arpèges de guitares lovés dans des compositions acoustiques et sa musique crépite comme du petit bois se consumant dans un feu de cheminée accueillant et bienvenu.

L’artiste canadien est à la croisée de différents styles : Paisley ne baigne pas dans la country alternative ou alt-country (americana), ses compositions ne sont pas profondément habitées – autrement dit sa country-folk n’est pas dépressive (il tourne avec Will Oldham mais il ne fait pas du Palace Brother), à l’exception peut-être de sa collaboration sur le single « Until I Find You » (avec Bonnie « Prince » Billy), ces chansons lorgnent subtilement vers la pop avec un fort penchant pour la folk et sa country n’est pas rock. E, bref, il a son style bien à lui avec voix attachante au timbre éraillé et fatigué, calé entre le ténor et la basse, et covenant parfaitement parfaitement à son registre.

D’emblée, toute se veut cool et paisible avec un « Starter Home » la voix de Paisley est accompagnée par la pedal steel guitar de Michael Eckert et la basse de Ben Whiteley. Le temps semble s’y figer, comme pour ne laisser place qu’à la musique.

Les 8 compositions suivantes (à diverses degrés) resteront figées sur cet écrin dépouillé et folk, baignant dans un nuage de mélancolie. Le plus bel exemple en sera le poignant « Drinking with a Friend », une belle réussite intimiste magnifiée par la guitare à résonateur de Don Rooke et l’orgue de Chuck Erlichman.

Paisley aime, en outre, partager le chant avec les artistes canadiennes, notamment Leslie Feist en 2010 et Margaret O’Hara en 2014. Il se dote aujourd’hui d’harmonies vocales sur les trois derniers morceaux avec l’interprète canadienne Jennifer Castle. « Waiting” » sera ainsi un beau moment de communion intimiste magnifié par un violon et un piano, tout le contraire de l’entraînante et excitante conclusion « Shadows » que l’on pourra presque qualifier d’anomalie par rapport à la tendance générale. Ce sera pourtant la conclusion idéale d’un n album sui saura nous perturber doucement tou en nus laissant adhérer à un idiome familier et, au bout du compte, confortant.

***1/2

 

16 janvier 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

You Tell Me: « You Tell Me »

You Tell Me est le « side project » d’un des deux frères Brewis, Peter, pour meubler le silence qui avait suivi le dernier album de Field Music. Il s’agit d’un duo qu’il a formé avec la chanteuse écossaise Sarah Hayes qui n’est autre que la membre du groupe Admiral Fallow. Et à eux deux, ils comptent remettre au goût du jour la pop baroque des années 1960-1970 avec ces onze morceaux audacieux et doucement anachroniques. You Tell Me partage leurs anxiétés respectives et cicatrisent leurs doutes sur papier à travers des morceaux aux arrangements somptueux comme la folk psychédélique aux airs 70’s « Enough To Notice » qui ouvre le bal ou encore les airs de The Blue Nile sur le sophistiqué « Get Out Of The Room ».

Sarah Hayes et Peter Brewis ont des influences communes comme Kate Bush, Van Dyke Parks ou même Randy Newman. Mais c’est la chanteuse écossaise qui sort sur des titres renversants à l’image de « Foreign Parts » aux arrangements de cordes luxuriants mais aussi sur « Springburn » et « Clarion Call » qui rappelle quelque peu la grâce de Joni Mitchell. Il suffira d’arrangements de piano et de cordes délicats comme sur « No Hurry », « Invisible Ink » ou encore « Starting Point » pour que la magie opère et le duo se retrouve bien à ce niveau-là.

You Tell Me conjugue passé, présent et futur pour ce premier album aux airs faussement baroques. Avec des compositions aux allures de comédie musicale, le duo arrive à cicatriser leurs angoisses quotidiennes sur des arrangements somptueux venue d’ailleurs.

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16 janvier 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Ryley Walker: « The Lillywhite Sessions »

En plus d’être un compositeur et interprète au talent immense, jamais Ryley Walker ne s’endort sur ses lauriers ni ne sombre dans la facilité. Après un disque paru voilà quelques mois, un Deafman Glance, qui abandonnait son folk circa 67 pour des escapades beaucoup plus urbaines et jazzy, il rehausse encore sa palette avec son nouveau projet.

Ryley Walker a donc choisi de remettre au goût du jour un album « fantôme » du Dave Matthews Band. Entre 1999 et 2000, Dave Matthews enregistre avec son groupe un album sous la houlette de Steve Lillywhite, le renommé producteur. Ledit disque sera entièrement refusé par le label et Dave Matthews ira enregistrer du coup un album solo avec un autre metteur en sons. Plusieurs morceaux de ce disque jamais paru referont surface quelques années plus tard, réenregistrés pour un nouvel album du groupe au complet. Mais les sessions avec Steve Lillywhite vont tout de même connaître une vie de clandestines, ces versions studio réapparaissant aux balbutiements du peer-to-peer dans les tuyaux parallèles d’internet. C’est certainement par ce biais que Ryley Walker découvrira ces rares enregistrements qui ont créé le « buzz » parmi les fans.

Choix pour le moins surprenant donc tant les deux univers de ces artistes semblent évoluer à l’opposé. D’un côté, la « rock star » et son super groupe de musiciens de studio hyper produit, taillé pour remplir des stades made in U.S.A., de l’autre l’artisan besogneux qui écume les bars et petites salles d’un périple intimiste.

Pourtant, à l’écoute des Lillywhite Sessions, point n’est besoin de connaître les originaux pour en apprécier l’acide saveur. Il n’empêche que ce disque impeccable titille amplement la curiosité et l’envie de les découvrir. Si Ryley Walker continue toujours son chemin vers un folk jazz épuré, on sent derrière ses interprétations l’hommage appuyé et le respect pour les talents de songwriter de son aîné. Dans une intonation – la ressemblance de timbre et de rythme est parfois troublante, dans un phrasé, l’on se rapproche petit à petit de la fêlure originelle tapie derrière le décorum de la grosse cylindrée. Une brèche qui redonne sens à l’envie de Dave Matthews d’écrire des chansons et de les offrir au monde.

Si jamais l’on venait à douter du grand écart qui séparerait les deux artistes, le saxophone free qui s’exprime chez Ryley Walker n’est pas sans rappeler celui, souvent très calibré, qui se manifeste dans le Dave Matthews Band. S’il y a au plus profond de chaque chanteur américain le désir d’augmenter son niveau de jeu, d’audience et des velléités à devenir en quelque sorte le nouveau Springsteen, rien n’empêche alors le rocker dans l’ombre de rendre hommage aux talents multiples de celui qui a explosé en pleine lumière. Ils sont faits du même bois. Cela n’enlève alors du mérite ni à l’un ni à l’autre.

***1/2

16 janvier 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire