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Tangent: « Approaching Complexity »

Les deux néerlandais qui forment Tangent ne font pas mentir l’intitulé de leur nouvel album. En effet, Approaching Complexity les voit renouer avec une avancée qualitative certaine dont la complexité se matérialise par des titres s’étirant sur plus de xix minutes et une évolution leur permettant de passer de rivages ambient à pulsations sourdes sans que les velléités mélodiques ne soient pour autant écartées (« Confinement », « Awaken » ou « Saturation »).

Cette capacité à tirer le maximum de la durée des morceaux voit ainsi Ralph van Reijendam et Robbert Kok avoir recours à des relances, constituées par des entrées et sorties rythmiques, à même d’imprimer un nouveau départ, à plusieurs reprises, au sein du même titre (« Redundancy »). Sur le plan mélodique, au-delà de composantes électroniques, le duo convoque également un piano aux tonalités joliment mélancoliques (« Equilibrium I) ».

À l’instar de cet apport, tous les concours opèrent dans une forme d’économie de moyens et de minimalisme particulièrement bienvenus, entre caresses sonores et travail pointilliste. Afin de souligner la cohérence de ce beau disque, on relèvera enfin que quelques matériaux semblent vagabonder d’un morceau à l’autre (telle phrase de piano) ou que le passage d’une piste à l’autre se fait, parfois, à peine sentir (l’enchaînement entre le morceau-titre et « Unfolding »). Un enchevêtrement qui est la marque du bel ouvrage accompli.

***1/2

9 janvier 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Eternell: « Still Light »

Eternell fait partie de ces projets « ambient » qui publient énormément (il s’agit de son onzième album depuis 2014), notamment grâce aux facilités offertes par la digitalisation de la musique. Au surplus, le Suédois Ludvig Cimbreliu masqué derrière ce pseudonyme compte, en parallèle, huit (!) autres projets solo même si celui dont il est question ici s’avère le plus prolifique.

Avec leurs nappes, leurs petites notes de guitare évanescente, leurs vocalises éthérées et leur atmosphère de demi-jour, ces compositions trouvent une place parfaitement indiquée sur le titre donné à l’album.

Trois morceaux pour soixante-treize minutes au total, Eternell fait , option probablement la plus pertinente pour permettre de se plonger dans ces entrelacs de post-rock-ambient et de se laisser bercer par ce qui reste de lumière permettant à l’imaginaire de divaguer.

Comme de coutume avec ce registre, la conjonction des nappes et des tremblotements de guitare génère un sentiment chaleureux et réconfortant qui nous conduit à considérer que la meilleure manière d’écouter Still Light est peut-être de s’allonger, façon « sieste musicale ».

Naturellement, la limite de ce répertoire réside dans le sentiment que chaque morceau pourrait identiquement durer huit ou trente-et-une minutes, dès lors que l’évolution se révèle, finalement, être assez contenue. La prolificité de Ludvig Cimbrelius accréditant également ce point de vue, on peut regretter une forme d’écriture automatique ou alors lâcher-prise et profiter sans arrières pensées de ce beau disque.

***1/2

9 janvier 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Penelope Trappes: « Penelope Two »

Membre du duo electropop The Golden Filter, Penelope Trappes est également photographe, plasticienne et artiste vidéo. D’origine australienne mais résidant à Londres, elle faisait il y a un an et demi ses débuts en solo avec Penelope One, un opus qui dévoilait son goût pour une pop plus minimaliste et contemplative, aux sons étouffés, lentement dévoilés. Si son deuxième album, le bien-nommé Penelope Two, se situe dans la lignée de ce premier effort, il apparaît aussi comme un aboutissement de la démarche entamée l’année passée, filtrant ce son pour en tirer son essence. Penelope Trappes accompagne cette seconde sortie d’un livre de photographies qui apparaît comme une retranscription sonore de son esthétique dépouillée.

Écouter Penelope Two, c’est donc se plonger dans ces espaces apparemment infinis, dans lesquels se déploient quelques notes de piano réverbérées jusqu’à l’horizon, de vagues textures indéfinies, et la voix de l’artiste, égrenant patiemment ses paroles minimalistes. On pense, tour à tour, à Slowdive ou Grouper pour ces variations autour d’une pop éthérée, qui semble s’écouler selon ses propres temporalités. L’artiste semble pourtant trouver et suivre sa propre personnalité à l’image du recueil de photographies qui l’accompagne, sa figure nous paraît énigmatique. Sur chacune de ces vignettes, quelques notes, doucement répétées, suffisent à suggérer des ambiances immersives, auxquelles la voix de l’artiste vient, en soufflant quelques mots, donner un caractère, de l’incantation éthérée à la berceuse désabusée. Plus que dans un album, c’est dans un flux sonore que l’on a l’impression de se plonger, flux décliné en dix nuances pour autant de titres. Difficile, dès lors, d’en détacher des motifs particuliers : Penelope Two fonctionne comme un ensemble dont les composantes sont indissociables, brillant chacune d’une lueur spécifique mais prenant sens dans ce délicat cocon.

Ce n’est pas que les temps forts manquent : avec « Connector », Penelope Trappes nous offre ce qui s’apparente à un tube pop sombre soudainement frappé de neurasthénie, conservant tous ses aspects accrocheurs tout en se révélant condamné à un engourdissement des sens. Plus loin, on est frappé par la beauté de l’interlude « Exodu »s, ou par celle de « For You », porté par quelques lointaines notes de piano, d’un éclat froid mais fascinant. Mais c’est bien par sa composition d’ensemble, par cette succession de bulles sonores laissant doucement éclater leurs sensations, que Penelope Two nous renverse, de son ouverture à son dénouement idéal, dans un « Nite Hive » dont on ne sait dire s’il suscite le calme ou l’angoisse. On répondra à la question en revenant au point de départ : l’album durant à peine plus d’une demi-heure, la fin du disque soulève l’immédiate envie d’y replonger, pour retrouver cet univers contrasté mais unique.

C’est donc bien cette impression d’achèvement qui domine à l’écoute de Penelope Two  : Penelope Trappes semble y trouver une forme d’expression adéquate, en parfaite correspondance avec les thématiques abordées dans le livre de photographies qui l’accompagne. Un jeu de nuances, mêlant le calme et le bouleversant, la légèreté et l’intensité. Une œuvre magnifique, où le temps semble s’effacer, et dont les vapeurs reviennent nous captiver écoute après écoute.

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9 janvier 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Hibernis: « Middle Of The Meds »

Hibernis st le nom d’un projet mené par Lindsay Anderson et John Hughes deux tenants de l’électronique minimaliste. John Hughes livre ici quelques esquisses instrumentales, sur lesquelles Lindsay Anderson pose des vocalises, accompagnant, par ces formes de hululements, l’ambient légèrement tourmenté de son comparse. Si la durée des morceaux entraîne l’auditeur à se plonger pleinement dans ces compositions pointillistes, elle peut aussi générer une impression d’absence de renouvellement, d’autant plus qu’une fois encore, Anderson ne se départit pas de ses vocalises.

Heureusement, les interventions prennent, par endroits, des atours un peu différents, à l’image des petites pulsations, presqu’aquatiques, de « So What », des petites clochettes du morceau-titre ou bien des coups plus percussifs de « Ramps ». Dans ces moments-là, on est même aux franges d’un micro-dub pas désagréable, en tout cas un peu plus ouvragé et approfondi que les longues minutes des morceaux placés en ouverture et clôture de disque, qui chacun dépasse les douze minutes, et qui, au final, semblent donner le sentiment de rapidement tourner en rond.

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9 janvier 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Rival Sons: « Feral Roots »

Cela fait 10 ans que Rival Sons bouscule le « classic rock ». Au-delà de la mode il se bâtit une carrière avec déjà 5 albums et une popularité qui ne cesse de grandir. Le groupe est de retour avec Feral Roots qui fait suite à un Hollow Bones remarquable. L’album se distingue par une orientation psychédélique et nous offre 11 titres permettant d’entamer un voyage dans les terres américaines, dans les racines musicales de ce pays avec une variété de tons remarquable. Cette odyssée se fait naturellement et par étapes douces sans doute pour que la progression se fasse sans heurts.

Pour débuter « Do Your Worst » et « Sugar On The Bone » se placent dans un esprit hard rock vintage. Le feeling est là, il y a cette chaleur dans le chant, ces riffs et solos dans l’esprit et ces refrains toujours aussi réussis. Puis petit à petit la couleur change ; « Back In The Woods » sonne comme du Led Zeppelin qui serait doté d’un groove soul, s’ensuivra « Look Away » avec son début folk très fort rappelant Led Zeppelin 3 et cette âme qui se dégage de voix granuleuse et chaude cumulée à un riff intense. La chanson-titre, de son côté navigue entre blues, rock et pincée de folk avec grandeur.

À ce dépaysement total on obliquera vers un espace qui transcende genres et frontières dans une dimension où il est vain de risquer une quelconque comparaison. On aura droit alors à une seconde partie plus intense et plus riche encore. Hard rock teinté de blues et feeling à fleur de peau apporteront chaleur et tranchant sur des morceaux comme « Too Bad », « Imperial Joy » et « End Of Forever », soul et gospel avec « Shoot By Me » et « Shooting Stars » donneront la part belle à des choeurs qui visiteront la musique noire américaine et, enfin, « All Directons » nous fera renouer avec cet esprit si pur de la pop-rock US.

Feral Roots porte bien son titre tant il nous propose un panorama presque exhaustif de la culture musicale américaine ; quelque part il nous fait retoucher sol avec un concept qui semblait pourtant bien désuet, celui du « road album ». Qui a parlé de « classic rock » ?

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9 janvier 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Tom Odell : « Jubilee Road »

Tom Odell nous présente Jubilee Road, son 3ème album ; un disque qui s’avère plus posé et intime que ses prédécesseurs. Il est loin le temps où l’artiste avait trouvé inspiration dans la rue où il habitait. Il récidive pourtant à vouloir draper ses compositions dans un parfum d’authenticité qu’il puise dans son voisinage.

Ce nouvel opus est, comme à l’habitude, fortement dominé par le piano, apportant cette enveloppe de nostalgie et de réconfort qui sied si bien à son répertoire. À cela, Obell ajoute une voix qui renouvelle encore plus sa performance.

En solo ou chantant en duo (Alice Merton sur « Half As Good As You ») ses titres retiennent irrésistiblement notre attention (« Go Tell Her Now » ou « Don’t Belong In Hollywood » en étant les poins forts).

. »Wedding Day » clôturera un album par une ballade douce-amère apportant, sous forme conclusive, cette belle touche d’émotions telles qu’elles sont véhiculées sur Jubilee Road.

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9 janvier 2019 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Frontperson: « Frontrunner »

On emploie souvent le terme de supergroupe pour qualifier la réunion de certains artistes ; comment alors définir Frontperson , duo composé de la claviériste-vocaliste et ex-Immaculate Machine Kathryn Calder et de Mark Hamilton, éminence grise de Woodpigeon ?

Calder et Hamilton ont fait connaissance dans les couloirs d’un studio d’enregistrement et, dès les premiers accords de « U.O.I, » la pertinence de leur union musicale ne fait aucun doute. Sous la férule du producteur Colin Stewart (Black Mountain, Dan Mangan), les deux amis ont su fusionner leurs univers respectifs en un tout cohérent et original.

Franchement pop sur le single « Tick-Tock (Frontrunner) », le tandem est encore plus irrésistible lorsqu’il insiste sur les nuances (les cordes magnétiques du très beau « He Follows Me »), tandis que certains titres interprétés par Kathryn Calder (« Young Love », « Long Night) » évoquent le folk-rock de Laura Veirs. Habitués à évoluer au sein de formations nettement plus élargies, les Canadiens goûtent ici au plaisir simple du dialogue à deux voies.

Accueillant, respirant la complicité, le premier album de Frontperson est un disque à l’allure modeste, mais qui abrite en son sein des compositions d’une finesse rare.

***1/2

9 janvier 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

High Sunn: « Our Perception »

L’époque étant aux pseudonymes, celui de High Sunn s’applique à Justin Cheromiah, artiste mais également one-man band dont Our Perception est le deuxième album. Plutôt qu’artiste on devrait employer le terme jeune homme puisque l’ex-lycéen Cheromiah est à peine sorti de l’adolescence.

Il ne change d’ailleurs pas ses habitudes en racontant son quotidien de jeune oisif, une existence faite de petites péripéties n tous genres avec « Need For Your Comfort », « Emotional Matters » mais également « True ». C’est en restant dans sa zone de confort que High Sunn arrive à nous captiver avec sa bedroom-pop lo-fi et une sensibilité qui fait souvent mouche comme sur « On The Floor », « Just Remember » ainsi que « Stay With Me ».

En glissant, sur ces derniers titres, quelques petites notules acidulées il passe tout doucement à quelque chose de plus affirmé et à une remise en question dont on peut espérer qu’elle se poursuivra en terme d’apprentissage et d’accès à la maturité.

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9 janvier 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire