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Kyle Craft: « Full Circle Nightmare »

Il y a deux ans, on avait fait la connaissance de Kyle Craft et de son glam rock’n’roll vintage avec un premier album, Dolls of Highland dans lequel il donnait l’impression d’être plongé dans les disques de David Bowie ou Queen. Il récidive ici avec son successeur : Full Circle Nightmare.

Le natif de Portland restera en effet dans sa zone de confort avec ses influences classic rock notamment sur des titres flamboyants comme la power-pop de « Fever Dream Girl » avec son orgue fiévreux et les allures country-rock de « Heartbreak Junky ». L’interprétation toujours aussi caractéristique de Kyle Craft fait toujours son effet même si il a parfois tendance à en faire un peu trop sur « The Rager » ou sur « Exile Rag ».

On pourra applaudir Kyle Craft de rendre hommage à ses modèles de toujours mais seulement voilà, certains titres ont un goût de copie conforme. Ainsi on ne pourra s’empêcher de touver que sur « Fake Magic Angel » l’ombre de Bob Dylan est bien trop présente mais certains titres arrivent à sortir du lot comme « Slick & Delta Queen » ou la conclusion pianistique nommée « Gold Calf Moan ».

Bref, un second opus qui sonne comme une redite de son grand frère alors qu’on s’attendait à quelque chose d’inédit et de spontané pour Full Circle Nightmare.

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22 décembre 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Alpha Strategy: « The Gurgler »

The Gurgler est le troisième album d’Alpha Strategy depuis un éponyme en 2014 et un deuxième a être passé entre les pattes de Steve Albini, à l’instar de leur Drink The Brine, Get Scarce de 2016. Avec leurs orchetrations précision d’orfèvre, ces Canadiens se montrent difficile à cerner : Ils sont quatre mais sonnent comme s’ils étaient deux fois moins, sonnent sèchement et comme indigents avec un album qui est parcimonieux en compositions mais dans lequel on est déboussolés.

Leur musique est faite de circonvolutions, causses trappes ou brisures qui segmentent un objet mélodique dès qu’on croit l’avoir identifié.On pense avoir identifié un motif, il mute immédiatement ou simplement, disparaît. La guitare n’en fait qu’à sa tête, la voix aussi. La rythmique ne vaut pas bien mieux. Elle montre une tendance assez étrange à s’évaporer sans crier gare pour revenir on ne sait trop comment ni pourquoi.

C’est assurément affligeant tant The Gurgler adopte le rythme d’un escargot exténué, qui ferraille avec l’énergie du désespoir. Le groupe aime s’appuyer sur la répétition des structures mais ce qu’il aime encore plus, c’est les dynamiter sans prévenir, en jouant sur l’épaisseur selon les interventions de chacun. La voix est omniprésente mais sûrement pas les instruments. On entend assez souvent la guitare mais beaucoup moins la basse et la batterie ; en revanche, quand ces deux-là arrivent, ensemble ou séparément, elles laissent une indéniable empreinte. Parfois, tout le monde se retrouve et la musique d’Alpha Strategy revêt alors un poids insoupçonné mais ça reste tout de même assez rare. L’autre grand truc des morceaux, c’est leur côté tribal qui confère une grosse vibration écorchée, très proche du blues, au noise-rock ultra-sec de The Gurgler et c’est vraiment ce qui en fait tout le charme. Ajoutez à cela la voix de Rory Hinchey coincée quelque part sur un segment qui relierait David Yow à David Thomas et vous comprendrez très vite que l’on est face à un disque plutôt singulier.

C’est vrai qu’on a parfois l’impression d’entendre Jesus Lizard reprendre quelques morceaux de Pere Ubu, les traits acerbes des premiers se confrontant à l’abstraction des seconds. On pense aussi pas mal à un Shellac sous Codeine concernant les équations rythmiques patraques. Toutefois, les compositions sont suffisamment racées et intéressantes pour envoyer valdinguer les réminiscences dans l’arrière-plan. Elles se suffisent à elles-mêmes et offrent largement de quoi explorer sans que l’on ait besoin de fantasmer. Dès l’entame, l’itinéraire fracturé de « I Smell Like A Wet Tent » accroche l’oreille. Ses vocalises étranges, son relief accidenté et tendu à l’extrême, sur le qui-vive permanent, ses emballements aussi brusques que brefs et sa façon de faire naître le silence quand on s’y attend le moins intriguent fortement. Le morceau mute en permanence et on a l’impression d’être passé au suivant alors qu’on est encore bloqué au même endroit. La suite est exactement du même acabit : des fractures partout, un chant aliéné alternant entre divagations titubantes et cris étranglés, des mélodies esseulées au milieu d’une forêt d’angles (« Pissed Out The Fire » ou le sublime « The Gargler) » et partout, ce blues éminemment personnel et déchirant qui électrise les tripes (« To The Woods That I Know) ».

Les morceaux étant bâtis sur les mêmes fondations, on a bien du mal à extirper quoi que ce soit de The Gurgler. Il faut réellement envisager l’album comme un tout en se disant que n’importe quel titre est représentatif du reste. Néanmoins, si l’un venait à manquer, il manquerait quelque chose. Sept déclinaisons pour un peu plus d’une demi-heure, c’est sans doute peu mais c’est pourtant largement suffisant puisque l’album possède le goût de l’errance et sait comment s’y prendre pour nous perdre dans ses méandres anguleux sans jamais nous mettre dehors. D’autant plus qu’il sonne bien, la captation de Steve Albini et le mastering de Bob Weston sont très naturels et on a vraiment l’impression qu’Alpha Strategy balance ses diatribes tendues là, juste à côté de nous. Merveille d’équilibre, la dynamique disloquée de The Gurgler n’a pas fini d’intriguer à l’image de sa pochette enchevêtrée qui dit tout.

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22 décembre 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

The Necks: « Body »

L’improvisation est le carburant moteur de ce combo australien puisque son but est, avant tout, de surprendre son auditeur et de l’emmener ailleurs, de préférence vers des pistes aux dérapages incontrôlés.

Avec Body, le trio nous entrainer sur des terres qu’il connait parfaitement, une sorte d’improvisation pensée de bout en bout, et, cela étant,par les transitions qui s’opèrent tout du long du seul titre qui compose l’album, alternant ambiances spectrales teintées de jazz, krautrock cru ou ambient lunaire.

Les quatre parties qui forment Body peuvent paraitre de prime abord dénuées de subtilité, mais c’est à ne pas gratter en profondeur cette nouvelle oeuvre des musiciens, qui se sont plutôt amusés à ajouter des couches en arrière plan qui font fourmiller et crépiter chaque titre, et, ce faisant, conférent à l’ensemble une énergie souterraine que l’on perçoit sans pour autant en deviner sa source, apportant nuances et richesse sonore.

Avec Body, The Necks explore les terres du drone tout en extrapolant la rigidité des loops vers quelque chose d’habité et de mobile, où arrangements cachés et musicalité hantée forment un tout aux couches vivantes à chaque fois renouvelées.

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22 décembre 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Death In June: « Essence »

Certains ont cru déceler un crépuscule dans les dernières années actives de Douglas P. Lui-même a glissé ci ou là qu’il entendait ralentir. Activité studio en sommeil depuis huit ans (ce qui n’a pas empêché poursuite des opérations de rééditions), activité live retenue, Death In June est devenu fantôme et repère : une résonance acoustique installée dans l’univers, immuable.
Mais neuf ans après le dernier véritable disque marquant (le pianistique Peaceful Snow, réalisé en compagnie de Miro Snejder) et huit après le retour aux bases neofolk diversement apprécié Snow Bunker Tapes, Death In June dévoile une série de nouvelles compositions, sous le titre Essence!.

Dans les ambiances retenues de ces complaintes antimodernes (travaillées de 2014 à 2018) se retrouve, à l’instar de ce que le titre du disque laissait présager, une forme familière. Le leader n’a pas menti sur la marchandise et les adeptes attachés au son classique de Death In June retrouveront sans mal leurs petits, par comparaison avec le clivant, et pourtant – et parce que ? – très beau, Peaceful Snow. Par « son classique », entendons la dominante folk de l’œuvre et une tendance aux collages, abstraction faite des marquants débuts post-punk.
Une présence christique nimbe certains pans de l’œuvre (« The Trigger ») et il y a à notre sens quelque chose de plus charbonneux, déprimé dans ce disque que dans un Rule Of Thirds (2008) : à certains égards, ce dernier insufflait à la sécheresse folk typique une respiration pop, pour un fruit doux-amer et délicieusement ambivalent.

Si quelques arrangements cinématographiques et aux reflets hispaniques maintiennent un jeu au sein du son Death In June (« The Humble Brag », dont la conclusion intègre un collage disruptif), quelque chose d’ouvertement plus déprimé et parfois dramatique motive les litanies de cette Essence! (« The Snipers Of Maidan »). Les chansons émeuvent souvent, au-delà du simple fait que ces climats nous soient familiers (« Going dark », dont marque le verbe mortuaire, l’acceptation de soi, l’acceptation de la fin, a les allures d’un futur classique). C’est un disque minimaliste mais ne se refusant pas quelque expérimentation. Bien écrit, cohérent et équilibré en couleurs : la patine des arrangements relativise l’impression de monochrome que laisse l’écoute au final et donne le sentiment que Douglas P a souhaité proposer quelque chose de fini, affirmant retour et distinguant clairement cette démarche créative de certaines sorties à seule ambition archiviste (compilations de démos, live). Jusqu’au bout de l’expérience, DI6 proposera de belles choses (« The Pole Star of Eden », ou les incertitudes rampantes de « What Will Become Of Us ? » avec ses colorations désuètes à la Hammond).

C’est un Death In June dont le propos sera entendu par ceux qui, parmi les adeptes, l’attendent davantage sur une typologie qu’une aventure. Sans offrir d’immenses surprises, Douglas P dévoile une collection de chansons habitées et évocatrices : une essence énigmatique étalée dignement, et qui redorera certainement le blason d’un projet dont les dernières années reflétaient surtout la substance nostalgique. Une nostalgie, encapsulée dans le cru fin 2018

***1/2

22 décembre 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Beauty In Chaos: « There’s Beauty In Chaos »

Le guitariste Michael Ciravolo (Los Angeles) présente une entité collaborative avec le premier album de son projet Beauty In Chaos. Un éventail d’intentions à la mélodicité permanente, et qui pourra faire penser à l’optique d’un Mark Gemini Thwaite (opus solo Volumes, 2016, sorti sous le sigle MGT) autre guitariste issu du sérail gothique.
La production dit beaucoup de choses : Ciravolo a souhaité présenter quelque chose de bien fini, très arrangé. C’est une vraie, belle carte de visite, collection de choses résultant d’un processus à rallonge. Quatorze titres pour quatre-vingt minutes d’une musique issue d’un état mêlant « créativité et frustration ». Une série d’invitations s’y concrétise, principalement au chant. Thwaite avait lui-même procédé de la sorte en 2016.

Les premiers aperçus de Finding Beauty In Chaos ont planté le décor, en particulier ce petit bout de « Man of Faith » impliquant personne d’autre que Wayne Hussey à la voix (The Mission UK) et un certain Simon Gallup à la basse (The Cure) – Simon que l’on retrouvera certainement avec bonheur sur le prochain opus studio d’Evi Vine.
Difficile de ne pas comprendre le message dessiné par ce premier affichage. Vous êtes en terrain connu. Ashton Nyte, chanteur de la formation néogothique américaine The Awakening et partenaire de Mark Thwaite sur Volumes (The Awakening, dont sort prochainement un nouvel album) est aussi de la partie. Sa présence se révèle sur « Storm ».

Le résultat global est léché : production patinée (Michael Rozon [Ministry] supervise) et rendu pop, là où nous aurions apprécié un peu plus de stridence. On pense à ce glaçage fait sien par H.I.M., quoiqu’il ait pu aseptiser, au long cours, le rendu de ce rock glam. Finding Beauty In Chaos est assez rond, dans l’ensemble, ce qui n’empêchera pas forcément de trouver attractives les choses de Ciravolo.
Chaque chanson contient une intention propre sans que l’ensemble laisse in fine impression de désunion. L’élégance de conception des guitares unifie la collection, même si le projet risque dilution d’identité dans son généreux florilège vocal. Dominé par les voix masculines, Finding Beauty In Chaos trouve aussi sa part de féminité en certaines apparitions – Evi Vine (The Eden House, The Mission) sur le très, très beau « I will follow you » (sept minutes, confondantes), mais aussi les voix de Tish Ciravolo sur « Look up » : un rock aérien, enlevé et acidifié, dont raffoleront les adeptes du grand son de 4AD de la période 80’s (l’introduction fait une référence évidente à My Bloody Valentine et aux vapeurs d’un Slowdive). Des flottements valentiniens se retrouveront sur le morceau mettant en avant la voix de Johnny Indovina, « Beauty lies within »). Pour sa part, la ballade avec Betsy Martin (« Heliotrope ») retiendra une morsure eux effluves délicieux et capiteux.

Passons aux hommes : Wayne Hussey, en forme, apparaît sur deux titres (les libérateurs « The long Goodbye » et « Man of Faith »). Il y a aussi Al Jourgensen de Ministry (actif ! Ministry revient en studio en janvier 2019). Al fait des siennes sur « 20th Century Boy » (un des morceaux les plus directement rock de l’album, sorte d’épice à part dans l’album, un brin dépareillé). D’autres noms, encore : Ug Pinnick & Ice T –sic !– sur « Un-natural Disaster » (mid-tempo sur lequel les saturations s’expriment aussi assez ouvertement).

Ciravolo ne fait pas mystère du bain d’influences. Ce dernier ne se reflète pas que dans les personnalités mises en avant par le tracklisting, il est dans certaines résonances : la période de confection des morceaux de ce premier opus a été marquée, justement, par l’écoute des productions du label anglais culte évoqué ici (références avancées, entre autres : Cocteau Twins, Lush).
Les climats de l’album ne pouvaient que s’en ressentir, sans pour autant que la présence 4AD envahisse. Le bilan à tirer de ce premier album est satisfaisant sur le plan de l’esthétique musicale, même s’il manque à l’ensemble un brin de folie. La quantité rend aussi l’expérience un peu longue. Éventail généreux, Finding Beauty In Chaos marque par sa « mentalité artisane : une exigence vis-à-vis du rendu et du relief qui, avant toute autre considération, impose respect.

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22 décembre 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire