Jim Jones: « Uniform Distortion »

Uniform Distortion est, sans aucun doute, l’album qu’on était en droit d’attendre de Jim James. C’est-à-dire un opus brut sans effet de reverb pour embellir le tout, lui, sa voix, sa guitare qui envoie et des gars qui s’éclatent derrière..

Jim James a donc décidé de livrer ses morceaux comme tels, pleins de distorsion mais sans grands ajouts, sans véritable artifice, Uniform Distortion porte bien son appellation.

Le son est sale mais bien enregistré, lo-fi sans l’être, il y a une volonté de garder cette authenticité de l’enregistrement avec quelques « field noises » de toutes sortes comme si ils enregistraient en « live ».

Jim James est toujours capable de délivrer de petites perles bien entraînantes ou d’incorporer un élément dans une piste qui retient bien l’attention : le riff entêtant de « Just A Fool », le riff et le refrain simples et inévitables de « You Get To Rome », le changement de rythme bien mené dans « Out Of Time », une mélodie joliment trouvée sur « No Secrets », le solo de guitare épileptique dans « Yes To Everything » le groove certain et la voix grave de « No Use Waiting » ; tous les élements nécessaires pour accrocher l’auditeur.

De cela ressort une joie communicative qui ne peut que se retourner vers celui qui l’écoute. Au final, Uniform Distortion n’est peut-être pas un grand grand album ; il est tout simplement ce qui était donné à Jim James de faire depuis des années. C’est déjà pas mal du tout comme point d’acmé.

***1/2

Sean Carey: « Hundred Acres »

On pourrait penser, d’après le titre du troisième album de Sean Carey, que la musique est bornée, limitée. Que l’on va rester en territoire connu. En effet, on retrouve autour de lui des musiciens qui officient habituellement avec Sufjan Stevens ou encore Bon Iver. Et pourtant, Hundred Acres est un disque qui ouvre des horizons intérieurs immenses.

Oui, la musique de S. Carey est mélancolique. Trop souvent, la mélancolie est associée au spleen baudelairien, à la noirceur, parfois à la douleur. Or, ici il n’en est rien. La musique de S. Carey est synonyme de légèreté, de douceur. Les titres s’enchaînent et invitent à la contemplation des étoiles une nuit d’été, à l’introspection.

Chaque morceau serait ainsi un peu comme une photo Polaroïd dont les couleurs auraient perdu de leur intensité, fané comme les pétales de roses qui donnent leur nom au premier titre de l’album, mais dont la vision ravive des souvenirs heureux. Tristesse du temps qui passe, certes, mais tristesse qui fait du bien. Une mélancolie heureuse.

La musique de S. Carey est gracieuse. Habituellement, un batteur disparaît derrière ses fûts, appliqué qu’il est à maintenir la pulsation, le rythme. Ici, les fûts disparaissent, s’absentent derrière le chanteur et les nappes sonores qui donnent parfois à cet album une couleur aérienne presque éthérée, mais dont l’intensité est pourtant bien palpable. Le pouls qui bat est celui d’un monde calme et apaisé. Serein.

***1/2