No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Weathered: « Stranger Here »

On peut être séduit par la forme d’un disque tout en étant peu réceptif à son message. Stranger Here, premier album des Américains de Weathered, est de ces disques qui peuvent laisser circonspect. En effet, leur rock alternatif avec une point d’emo est vraiment bien foutu. Une voix simple et juvénile qui charrie les émotions, une formule guitare – basse – batterie qui n’en fait jamais trop mais connaît assez son ouvrage pour nous emmener où elle veut sans efforts, des mélodies douces-amères comme on les aime, des moments plus enlevés, d’autres plus calmes.

Stranger Here  n’est pas un album ultime, comme ceux qu’on attend depuis des lustres car il émanerait d’un groupe en pleine progression. Mais il est de ceux qui insufflent de l’espoir aux petits groupes et aux musiciens du dimanche ; avec pas grand-chose, on peut accoucher d’un vrai bon disque.

Le hic, ce sont les textes, chargés d’une foi un peu encombrante pour qui n’en a cure. Ce qui est beaucoup plus gênant, par contre, c’est les entendre chanter certains titres avec conviction. Bien sûr, Weathered ne passe pas son temps à louer le seigneur, mais c’est un détail qui n’en est pas toujours un. Ce qui ne doit pas vous empêcher d’apprécier ce disque à sa juste mesure, et des titres aussi bons que « Lying in wait », qui fonctionne impeccablement en matière d’épiphanie.

***

13 décembre 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Amnesia Scanner: « Another Life »

Ville Haimala et Martti Kalliala, le duo qui compose Amnesia Scanner, livrent un premier album qui en met plein les oreilles, de par la pertinence de leurs compositions en forme de miroir sans tain d’un monde qui part en vrille, et une utilisation brillante des nouvelles technologies, exploitées sous toutes leurs coutures ou presque.

Arty et avant-gardiste sous pour autant être abscons, Another Life est un opus à la complexité raffinée, où les couches et les styles se superposent avec souplesse, explosant les conventions pour flirter avec une certaine idée du chaos, faussement désordonné.

Tout est histoire d’angle et d’approche, bribes de métal, électro aux pulsations dancehall, vocaux trafiqués, noise vocodée… Amnesia Scanner s’en donne à coeur joie pour faire éclater en mille morceaux les atmosphères en mouvement, secouant les rythmiques à coups de shakers timbrés.

Musique pour musée d’Art Contemporain ou source sonore pour dancefloor futuriste cherchant à bousculer des danseurs en état de transe, Another Life mélange subtilement séquences hardcore et expérimentations sauvages, virées poétiques et ambient rouillé, avec une intelligence qui vire à l’obsession.

Un album des plus intransigeant et intrigant qui peut s’avérer jouissif, sous certaines conditions.

***1/2

13 décembre 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Workin’ Man Noise Unit: « It’s Not Nothin’ »

Ne pas se fier aux roses de la pochette. It’s Not Nothin’ n’en a clairement pas l’odeur même s’il en conserve les épines. Débridé et punk, ce nouveau Workin’ Man Noise Unit s’avère fortement jubilatoire.

Trois années ont passé depuis Play Loud et Workin’ Man Noise Unit n’a presque rien changé. Guitare carnassière, basse affolée, batterie trépanée et grouillements synthétiques viennent épauler les deux voix travaillée et mises au service de morceaux qui se veulent grossiers. Envoyant tout valdinguer, la musique des Anglais explose toujours les limites strictes du bon goût.

Voici donc It’s Not Nothin’ et ses onze éructations revendiquées comme débordant du cadre et mettant en avant leur côté punk dévridé, bien plus que sur leur album précédent. À ce stade, c’est déjà très séduisant. Mais Workin’ Man Noise Unit ne s’en tient pas là et leur grand truc, c’est cet habillage synthétique qui fournit aux morceaux un souffle décidément bien singulier. L’amalgame n’est certes pas nouveau mais entendre ici ces riffs massue chevillés à une ossature électronique bruitiste précipite chaque titre dans une sorte d’entre-deux indéterminé. Hésitant en permanence entre arrachage et trip cosmico-barré, It’s Not Nothin’ ne fait jamais mentir son titre. Les onze brûlots se succèdent sans temps morts et balancent des brûlots à tire-larigot où s’entremêlent garage, sludge, quelques pincées hardcore, un soupçon de stoner et beaucoup de punk et de rock’n’roll.

Dès qu’un riff devient trop pachydermique, une zébrure synthético-distordue vient immédiatement le taillader pour le délester de ses kilos excédentaires, quand l’électronique devient trop perchée, la rythmique indéboulonnable la ramène tranquillement au sol, seule compte la course en avant que rien n’arrête.

D’emblée, le bien nommé « Opener » annonce la couleur : chaotique mais surtout carré, la voix (qui rappelle de loin celle de Joe Strummer) s’ébroue à la fois vive et exténuée. Mis derrière le bruit, partout, en grattant la crasse, on décèle des morceaux très bien écrits. « Turn It Off », « Workin’ Man Blues » ou « Rathaus », montrent un groupe à même de sculpter ses échardes et de broder un canevas étonnamment subtil de ses doigts gourds. Partagé entre écume punk et psychédélisme plombé, It’s Not Nothin’ file à la vitesse de l’éclair, ne s’égare jamais et se révèle franchement jouissif. Sur l’ultime et charmant « Become The Scum », Workin’ Man Noise Unit lève même le pied, quitte ses guenilles hirsutes et met en avant toute sa sensibilité. On l’avait pressenti,, cette chouette collection d’aigreur cache en son sein un spleen profondément insulaire. C’est sûr, c’est plutôt moche et ça ne sent pas vraiment la rose mais c’est aussi très prenant et on a l’impression de partager avec la Noise Unit quelques ecchymoses dont l’ADN correspond à un album qui ne pouvait qu’être une incontestable réussite. Et cela, bien sûr, ça n’est pas rien.

****1/2

13 décembre 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Alkaline Trio: « Is this thing cursed ? »

Alkaline Trio est constant dans l’effort. Depuis 1996, il continue à proposer sa vision du punk rock, à savoir des chansons assez poppy mais bien rythmées, aux paroles sombres, et au look emo–goth. Le groupe a commis de beaux albums, mais a mis un stop dans son évolution musicale depuis un moment. Pas de révolution donc ici malgré les cinq ans d’absence du groupe. Is this thing cursed ? peut donc se ranger à côté de ses aînés sans qu’on y trouve à redire.

La question qui se pose alors est la suivante : Sommes-nous encore disposés à suivre la formation sur cette route déjà bien balisée ? Avant que l’on puisse avoir le temps d’y répondre les 39 minutes de ce neuvième album sont terminées. Est-ce que ça signifie que Alkaline Trio a gagné son pari ? Peut-être, pour l’instant du moins !

***

13 décembre 2018 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire