Third Eye Foundation: « Wake The Dead »

20 ans après un You Guys Kill Me dont l’électro-ambient dépressive et déliquescente n’a toujours pas trouvé d’équivalent à sa noirceur désespérée, Matt Eliott réveille ses démons avec un nouveau chef-d’oeuvre de son projet mutant The Third Eye Foundation.

Exit les guitares en bois, les réminiscences de folklores latin ou balkanique et la gravité du chant spleenétique qui habitent des sorties sous son vrai patronyme devenues plus classiques depuis The Broken Man, ici c’est un bouillonnement de trip-hop industriel organique et de dub dissous dans l’éther qui sous-tend l’affrontement orchestré par le Bristolien entre lumière et ténèbres, pour le salut ou la damnation de nos âmes.

Du haut de ses 13 minutes 45, le morceau-titre donne le ton : entre une boîte à rythmes liquéfiée et une batterie désarticulée s’opposent saturations viciées et cuivres mythologiques, choeurs sacrés et vocalises aliénées de goules sardoniques, ces dernières prenant finalement le dessus à mesure que ce Wake the Dead sombre dans un chaos de bruissements dépravés.

Dans la foulée, « Procession for Eric » voit néanmoins les cieux regagner du terrain grâce au violoncelle élégiaque de Gaspar Claus et aux lamentations d’une chorale d’anges rédempteurs qui deviendront porteurs d’espoir sur « The Blasted Tower », dans un même maelström rythmique aux remous downtempo voire paradoxalement presque olympiens. Mais cet espoir est de courte durée car au piétinement lancinant de « Controlled Demolition » succèdent exclamations mortifères et déstructurations minimales sur le nihiliste « That’s Why »avant que la connexion ne se fasse finalement entre le monde des vivants et celui des trépassés avec un « Do the Crawl » bourdonnant d’une chorale liturgique de damnés qui semblent en découdre pour un équilibre précaire entre décadence et vertu.

Quelque part entre narration sensorielle foisonnante, mélancolie erratique et hantée, abysses tourmentés et hybridations ambivalentes de You Guys Kill Me, Wake the Dead est pourtant loin d’un album-somme. Cousin des cauchemars électro-indus qui se seraient complus dans classique contemporain, ce sixième opus en tant que 3EF est un nouveau chapitre – certainement l’un des plus beaux et dérangeants – dans la confrontation de son auteur avec ses cauchemars, ses angoisses et les affres du subconscient, dont on espère qu’il sortira vainqueur assez longtemps pour accoucher de cinq ou six autres joyaux noirs de cet acabit.

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