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Midas Fall: « Levitation »

Lorsque l’on démarre l’écoute du nouvel album des Écossaises de Midas Fall, on ressent une rapide impression de déjà-vu, une fausse piste inscrivant la démarche artistique du duo dans la mouvance électro-dark actuelle ; comme si les musiciennes avaient vendu leur âme au diable de la facilité. Puis: « Levitation », les distorsions s’invitent au sabbat, profondes, intenses, prenantes : la dichotomie de Evaporate est une constante et inexorable progression vers le vide abyssal de la solitude et de l’inspiration qu’elle engendre. Une simple fissure où brûle un feu ardent qui, au contact de la glace, crée ce brouillard dense et mystérieux enveloppant un disque attirant, dangereux presque, mais foncièrement intime et conscient de sa valeur sensorielle.

On se demande souvent, pendant ce périple contemplatif et onirique, comment les compositrices sont parvenues, à elles seules, à maîtriser un tel talent instrumental et artistique. Quand le piano caresse la violence inhérente à la piste éponyme, c’est une toute autre histoire qui nous est contée.

De même, les cordes de « Soveraine » inscrivent la composition dans une forme méta-celtique, conservant avant tout l’humanité d’un genre retrouvant toute sa verve imaginaire. Midas Fall dérive, frôle les montagnes enneigées de l’isolement et les appels à l’aide d’une possible rédemption. « Glue » se développe et progresse dans la complainte indicible d’une souffrance éternelle, avant que « Sword to the Shield » ne tende les fils satinés d’un poème infini. Sur ce quatrième long-format, Midas Fall paraît libre, tout en craignant cette même liberté mais en l’embrassant à bras-le-corps, quoi qu’il puisse arriver (« Awake » et « In Sunny Landscapes », éveils vers un monde inconnu mais valant la peine d’être admiré).

La nouvelle de la participation de Midas Fall prend la suite d’un mouvement gothique essoufflé et rejette ainsi ses visages les plus usés ; Evaporate transporte l’indicible vers la lumière, l’étrangeté vers des sources de plaisirs infinis. D’une beauté froide et hypnotique, cette course vers une vie certes troublée mais constamment fascinante nous hante, nous fait frissonner. Et murmure à nos oreilles pour mieux communiquer.

***1/2

6 décembre 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Oh Pep!: « I Wasn’t Only Thinking About You… »

Duo australien originaire de Melbourne, Oh Pep! avait sorti en 2016 un premier album intitulé « Stadium Cake ». Pepita Emerichs et Olivia Hally l’avaient alors présenté comme le point culminant d’années d’amitié. Nul doute que les liens favorisent également l’inspiration, car ce nouvel album récemment sorti sur ATO Records est un parfait exemple de complicité. Voix mélodieuses et complémentaires, arrangement somptueux (les cordes de violons viennent souvent s’inviter derrière les guitares),  I Wasn’t Only Thinking About You… est effectivement un album sur lequel elles pensent au plaisir de tous en plus du leur.

Navigant entre Indie Pop et Folk, Oh Pep! nous propose un album relativement court, 35 petites minutes, qui le semble encore plus tant la finesse de leurs compositions nous donne du plaisir.

Le disque démarre de la plus belle des manières avec le titre « 25 » sur lequel se dégage une vraie part de magie que l’on retrouve chez des artistes telles que Dear Reader. Il faut dire que les deux jeunes femmes sont des virtuoses, aux formations Classique et Jazz. Elles ont particulièrement bien su transférer leur maîtrise du jeu vers une musique plus humble et personnelle, en insufflant à leurs chansons une instantanéité bien plus Pop, notamment sur l’entraînant single « What’s The Deal With David ? » ou « Bleeding Heart ».

A chaque reprise la poésie du duo fait des étincelles et suscite, au-delà du plaisir, l’émotion. C’est ainsi sur le morceau le plus dépouillé de l’album, la ballade Folk « Parallel » que Oh Pep! atteint des sommets, avec autant de classe que First Aid Kit. Il n’en faudra pas plus pour se laisser entraîner par ce disque qui constitue un sommet encore plus haut que leur premier essai. Lumineux.

***1/2

6 décembre 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Uncle Acid And The Deadbeats: « Wasteland »

En l’espace de quelques années, Uncle Acid And The Deadbeats est devenu un groupe iconique de la scène stoner / doom / psyché grâce à la qualité constante de ses productions. « Wasteland », le cinquième effort de la formation de Cambridge, prolonge ses innovations stylistiques empruntées aux années 70, plongeant l’auditeur dans un paysage brumeux où seuls les élans mélodiques réussissent à percer la morosité ambiante.

De prime abord, La production peut paraitre perturbante par sa dimension « lo-fi » assumée, et, grésillant de toutes parts, c’est sur le malaisant « I See Through You » que débute la découverte de ce nouvel effort. Ouverture à grand coups de butoirs, sur des guitares qui semblent déclencher des arcs électriques jusqu’aux amplis Orange, Uncle Acid And The Deadbeats assène un véritable mur de son cradingue dont les chœurs illuminent le refrain. L’orgue renforce le ressenti d’une mélodie à la spiritualité décadente, alors que tout le reste ne semble qu’abrasion. « Wasteland » est un album qui s’écoute fort, très fort. Plus le son crépite, plus on apprécie l’âpreté des morceaux. Les envolées guitaristiques de « Shockwave City », inscrivent le single directement dans la lignée d’un Black Sabbath survitaminé et corrosif. Il faut dire que la formation emmenée par Kevin Starrs a tendance à jouer plus rapidement que sur les opus précédents, à l’instar de « Blood Runner », un morceau cadencé par une batterie binaire, ou du sulfureux « Stranger Tonight », aux lignes de chants caustiques.

Pour quelques brefs instants, Uncle Acid And The Deadbeats débranche les amplis, pour nous submerger dans une étrange mélancolie, en s’improvisant sur un jam progressif  (la chanson-titre par exemple). Plus surprenant encore, on notera des arrangements audacieux, que ce soit avec des claviers qui s’immiscent subtilement, où mieux encore des cuivres, comme sur l’étonnant « Bedouin », véritable ovni dans la discographie des anglais, à l’opposé de titres tels que « No Return » ou « Exodus », qui nous enterrent à coups de pioche, dans un doom d’une morbidité absolue, où semble régner un futur sans espoir de lendemain, si ce n’est celui d’un ultime solo de six cordes qui s’éteindra dans le déraillement d’une ligne d’orgue, ponctuée d’une marche militaire.

Avec brio, Uncle Acid And The Deadbeats met en harmonie une musique profondément contrastée, entre lumière et noirceur, entre crasse et élégance, et cela s’appelle « Wasteland ».

***1/2

6 décembre 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Mirah: « Understanding »

Parmi les artistes qui se font discrets et qui possèdent une longévité plutôt respectable, on peut citer également Mirah qui évolue injustement dans l’ombre. Cela fait depuis l’an 2000 que la musicienne new-yorkaise qu’elle pratique sa musique résolument DIY et entraînante. Et cette année, elle présente son sixième opus intitulé Understanding qui vaut toute son attention.

Profondément affectée par les élections américaines de 2016 et par les problèmes familiaux qui ont perturbé tous ses intérêts pour la musique, Mirah a décidé d’offrir une bande-son immersive racontant ce malaise général. En faisant appel à Eli Crews pour la production ainsi qu’à Greg Saunier de Deerhoof, la new-yorkaise apporte un son plus étoffé et plus ample avec ces compositions indie pop-folk comme « Counting » synthétisant parfaitement ses positions sociopolitiques actuelles. On peut citer également « Information » et l’urgent « Lake/Ocean » riche en message politique comme points clés de ce Understanding.

Ce sixième opus est sans conteste son plus varié et son plus intéressant à ce jour tant on peut déceler des arrangements synthétiques et rêveuses à la Beach House sur « Hot Hot » ou d’autres plus sixties avec « Love Jetty » et « Lighthouse ». Jamais la production n’aura été au service de Mirah qui a toute notre attention sur ses textes plus vindicatifs que jamais, que ce soit sur le bouleversant « Sundial » ou le tendre « Blinded By The Pretty Light ». Avec Understanding, Mirah continue à exprimer son art de façon majestueuse et peut se vanter d’avoir une discographie plus qu’honorable.

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6 décembre 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire