Jonathan Franco: « Swimming Alone Around the Room »

Jonathan Franco est un quasi-inconnu dont la première création, Swimming Alone Around the Room valse sur deux pieds : l’un fait d’une indie-bedroom-pop plutôt simple (« A Topiary », « Wine Lips », « Swimming »),l’autre  qui met ensemble plein de sons mystérieux, presque occultes, bruitisme expérimental puisé dans d’obscurs films de surnaturel.

Si ses élucubrations n’ont de sans que dans sa tête,ce sera avec plaisir qu’on l’y suivra non sans se demander toutefois à quoi on peut bien avoir affaire.

**1/2

 

Constant Mongrel: « Living In Excellence »

Constant Mongrel font partie de la scène indépendante de Malbourne depuis une bonne dizaine d’années. Il y a fait forte impression avec leurs deux premiers albums parus en 2012 et en 2013. Cinq ans plus tard, le groupe fait enfin son grand retour avec leur successeur intitulé Living In Excellence.

Ce que l’on retient chez Constant Mongrel est leur fusion entre post-punk et darkwave digne des années 1980 plutôt cathartique qui refile des frissons. La musique du quatuor rappelle tantôt Interpol tantôt Joy Division ou même les talents locaux comme Eddy Current Suppression Ring sur des morceaux bien sombres et frénétiques allant de « 600 Pounds » qui ouvre les hostilités à « Warm Hands » en passant par les énergiques « Action », « The Law » et « Lifeless Crisis ».

Entre les riffs urgents, les lignes de basse démoniaques et les chants des plus déments, il n’y a qu’un pas et Constant Mongrel sait entretenir ce climat nihiliste à travers ces onze chansons qui dézinguent la situation sociopolitique actuelle. Il n’est pas rare de s’électriser sur des moments bien enragés comme « Warm Hands » ou encore « Puffy » qui clôt ce chapitre. Voilà une conclusion qui prouve que le quatuor australien est de retour au-delà des rêves de « headbangers ».

***

Awars: « Warm Computers

Imaginons Graham Coxon qui fricote avec David Byrne devant les Sleaford Mods sous le regard amusé de John Grant… C’est l’image principale que l’on peut avoir de ce Warm Computers du groupe Awards (réunion du Canadien Thesis Sahib et du Français Funken).
C’est chanté, rappé, passionné, enjoué, hanté (« Bad Math
 »), de la Pop-Rock, de l’Electro, du Hip-Hop, des beats dansants et/ou entêtants, l’univers des jeux vidéo est évoqué (« Dinosaur Bones » / « I Care Hard »/ « Going Nowhere Fast ») notamment avec des sons de Game Boy.

Tout semble simple à réaliser, mais essayons un peu et on se rendra compte que ce n’est pas si facile que ça, il y a une certaine intelligence dans la composition – trouver la juste mélodie courte qui tiendra le morceau sur 3 minutes sans lasser (« Unlimited Wishes »).
Fort potentiel de réécoute,
Warm Computers peut tourner plusieurs fois avec toujours le même plaisir. La complexité de la simplicité a du bon.

***

Camp Cope: « How To Socialise & Make Friends »

Ces trois australiennes originaires de Melbourne débitent leur rock alternatif sur des compositions qui ne sont pas sans rappeler la grande période des Riot grrrls (90’s). C’est en 2015 que Georgia McDonald (chant/guitare), Kelly-Dawn Hellmrich (basse) et Sarah Thompson (batterie) fondent Camp Cope. How To Socialise & Make Friends est leur deuxième album sortie en mars 2018 sur Poison City  Records. Souvent comparés à Courtney Barnett ou Julianna Hatlfield (rien d’original me direz-vous), Camp Cope dégage pourtant un style bien plus brut et plus frais dû sans doute à la jeunesse de leur groupe.

On peut parler d’un album de la « maturité », on peut également dire que c’est une excroissance signe de créativité. Camp Cope a encore beaucoup à offrir, elles ont faim, elles ont soif de rock’n’roll. How To Socialise & Make Friends est un pied de nez au conformisme ambiant, offrant des titres criant de tristesse dans « The Opener » ou « The Omen », de colère, d’amour et de justesse « Anna », « The Face of God », « UFO Lighter ». Il manque parfois pour exprimer colère et mélancolie ; Camp Cope vient de combler ce vide.

**1/2

Jennifer Castle: « Angels Of Death »

Interprète, parolière, compositrice de talent, Jennifer Castle construit son corpus chansonnier depuis plus d’une décennie. Elle propose une approche country folk, parfois mâtinée de gospel, toujours inscrite dans cette esthétique éprouvée sur toutes les terres de l’Amérique en plus de prêter sa voix à des projets ou groupes fort différents de son approche.

Le thème central de cet album est la mort, ses implications sur le comportement humain, l’humeur, la mémoire, la spiritualité, ou même les effets de la disparition d’autrui sur le processus de création.

Superbement écrits, les textes ici chantés expriment des réflexions sans prescrire, reviennent sur des épisodes autobiographiques – dont la mort de sa grand-mère pendant qu’elle tournait aux États-Unis.

Dans le sillon de Dylan et Cohen, la poésie chansonnière de la Torontoise peut aussi évoquer les écritures sacrées en guise d’ornement littéraire et non de croyance affirmée.

Élégamment, poétiquement, la chanteuse passe en revue les étapes du deuil (choc, douleur, dévastation, colère, tristesse, dépression, acceptation), dépeignant un univers bien personnel autour du décès des vivants, carburant fossile d’une pensée créatrice.

***1/2