The 1975: « Brief Inquiry Into Online Relationships »

24 novembre 2018

Entre pop et post-punk, The 1975 s’avère être un combo original de par le fait qu’il se montre si déconstruit. Tout cérébral et abstrait qu’il puisse se montrer, il est, quelque part, le reflet d’une certaine époque sise plus de 40 ans après celle qui a donné son patronyme au groupe.

Près un premier opus éponyme où son leader Matty Healy clamait qu’ils n’étaient pas un groupe pop, un autre encore plus alambiqué, Brief Inquiry Into Online Relationships se veut ancré dans les mêmes préoccupations, la quête de la vérité, tout pénible que puisse en être le constat.

La production y est plus organique et moins léchée, ce qui est une bonne chose quand on s’aventure vars de telles odyssées.

Il y est question de perte, d’un « Modernity has failed us » sur lequel s’époumone Healy dans « Love It If We Made It », on y trouve aussi une forme de recueillement auprès des « anciens », un « Give Yourself a Try », qui « joydivisionne » comme si c’était une époque bénie mais qui en tire aussi les leçons avec un « It’s Not Living (If It’s Not With You) » qui évoque l’addiction de son vocaliste.

Dans un autre univers, plus pop, « TIMETOOTIMETOOTIMETOO » use de l’autotune comme « Sincerity Is Scary » installe une ambiance irrésistiblement jazzy. « How To Draw / Petrichor » continue le travail expérimental et électronique de « Please Be Naked » du précédent opus et « Surrounded By Heads And Bodies » traite de l’anxiété sociale et du sentiment de solitude.

Moderne ? Sans doute ; nous sommes désormais embarqués dans un climat post-moderne, un état des lieux prêtant au pessimisme s’où émergera, en « closer » un « I Always Wanna Die (Sometimes) » dont l’amplitude de l’orchestration nous laissera sur une interrogation qui ne peut que nous rendre plus circonspect mais attentif au devenir du monde.

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Esben And The Witch: « Nowhere »

24 novembre 2018

Voilà près de dix ans que Esben And The Witch explorent la scène post-rock, menés par la chanteuse Rachel Davies. Depuis leur « debut album » Violet Cries la formation de Brighton n’a eu de cesse d’évoluer grâce à sa vocaliste allant de Siouxsie Sioux à PJ Harvey sans coup férir et une musique que n’aurait pas reniée Portishead.

Le trio laisse ici toujours autant de place aux instruments, au-delà de Rachel Davies, une touche plus atmosphérique se greffe via les chœurs de Thomas Fisher et Daniel Copeman, à l’image de « Golden Purifier » ou encore l’intense « Seclusion ».

Le côté post-punk n’est lui non plus pas en retrait, sur l’ »opener » « A Desire For Light », le noisy « Dull Gret » et un « The Unspoiled et Darkness (I Too Am Here) » qui flirte avec e hardcore tribal.

Dans la continuité du précédent disque Older Terrors, Nowhere dissémine une production carrée et fatale comme un champ de mine ; elle est plus froide qu’auparavant mais elle parvient à embarquer l’auditeur dans un univers cohérent, incantatoire et passionnant. Il serait dommage de ne pas y pénétrer.

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Art Brut: « Wham! Bang! Pow! Let’s Rock Out »

23 novembre 2018

Au début des années 2000, la « guitar music » se prenait un peu trop au sérieux. Tout y était imprégné de suffisance qui se cachait sous le manteau de l’exactitude apparentée à de la virtuosité. Apparut pourtant un groupe qui secoua ce dogme en nous rappelant que le musique pouvait également être divertissante.

Ce groupe se nommait Art Brut mais, après plusieurs années de tournées, lrs choses devinrent plus compliquées et le combo décida de se séparer.

Les voilà pourtant de retour après un hiatus de sept ans, et ce retour a pour appellation Wham! Bang! Pow! Let’s Rock Out.

Les reformations sont chose courante, encore plus quand elles ont des motivations pécuniaires. On peut douter que ce soit le cas ici ; tout y est encore là, les compositions addictives (« I Hope You’re Very Happy Together »), les riffs acérés et les mélodies imprégnées de gaieté.

Après quelques écoutes on se rend compte, en effet, que Art Brut est excité à l’idée de se remettre au travail et cet enthousiasme est manifeste dans les vocaux d’un Eddie Argos qui semble gérer les désagréments avec allégresse.

Seul point noir, on ne trouve ici aucun titre imparable ; cela entraîne regret mais aussi espoir : qu’on n’ait pas à attendre sept ans pour un nouveau disque de Art Brut.

***1/2


Tom Rosenthal: « Z-Sides »

23 novembre 2018

Tom Rosenthal est relativement peu connu ; il est vrai que le Britannique fait surtout de la composition publicitaire et de la musique de films Dans son « autre vie ». préfère les petites étiquettes et compte surtout sur les réseaux sociaux pour se faire connaître. Pour ce Z-Sides, Rosenthal a cherché musicalement le relâchement qui mène au sommeil, ce qui veut dire : des morceaux au rythme très lent, une voix chaude au premier plan, des choeurs façon berceuse. À côté, son album Fenn (2017) était… endiablé.

Ainsi son psycho-folk où guitare, bruits de nature et piano sourd (« Lights Are On ») forment une onde de variations régulières qui est parfaitement et prévisiblement) harmonieuse, comme si on écoutait d’un bout à l’autre la même chose.

On acquiert ainsi un sentiment persistant de convenu et d’histoires gentiment dociles. Ceci dit, on ne pourra pas reprocher à Tom Rosenthal d’atteindre son but : générer une certaine mise en veilleuse du monde. N’est-ce pas une chose dont nous avons besoin ?
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The Smashing Pumpkins: « Shiny and Oh So Bright, Vol. 1 / LP: No Past. No Future. No Sun. (2018) »

22 novembre 2018

Ce nouvel album était presque inespéré tant les Smashing Pumpkins ne représentaient plus grand-chose sans leurs vrais membres et avec un Billy Corgan qui s’évertuait vainement à ranimer la flemme. Certes, D’arcy Wretzky n’est pas de la partie et on ne peut que le déplorer, car c’est peut-être le petit détail qui fait que 10ème album ne rentrera pas au panthéon du groupe de Chicago, mais il ravive grandement ses couleurs. Quand on pense que pendant des années Billy Corgan a refusé de jouer ses vieux tubes en concert, arguant que ça ne l’intéressait pas, qu’il était hors de question de regarder vers le passé, s’entêtant à jouer devant des fans plutôt frustrés de nouvelles compositions de moins en moins bien accueillies, il a finalement dû se dire qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. C’est ainsi que se sont passées ces retrouvailles, avec une tournée américaine dans laquelle Billy Corgan, James Iha, Jimmy Chamberlin et Jeff Schroeder, bassiste du groupe depuis 2008, se sont lancés avec un plaisir retrouvé à jouer les hits d’antan, un vrai Best Of. Et l’expérience leur a tellement plu qu’ils ont décidé de retourner en studio avec Rick Rubin derrière la console.

Ils débarquent aujourd’hui avec un album court et tendu, qui démarre sur une intro qui démontre sans aucun doute sue Billy est redevenu lui-même. « Knight Of Malta » est un titre particulièrement étonnant, assez éloigné des standards du groupe, avec des chœurs Soul en arrière-plan qui pourraient laisser craindre le pire mais qui s’avèrent particulièrement efficaces. Quand le groupe enchaîne sur « Silvery Sometimes (Ghosts) » qui ressemble beaucoup à « 1979 » on se prend même à rêver d’un retour parfait.

Ce ne sera pourtant pas le cas, car sur ce disque – trop court mais dont le titre laisse supposer une suite – tous les morceaux ne possèdent pas la force et l’inspiration de cette entrée en matière, mais ils ont l’avantage d’être tous plutôt directs et bien construits, sans faute de goût criante et surtout un parti pris pour un retour aux guitares lourdes et saturées, notamment le single « Solara ».

Inutile de prétendre que ce dique est ce qu’il n’est pas ; néanmoins, en l’espace de 8 titre,s le groupe s’est remis sur la bonne voie, celle d’une musique dont on ne le croyait plus capable et avec un plaisir de jouer assez évident, et cela, c’est une excellente nouvelle.

***1/2


Wheel in the Sky: « Beyond the Pale »

22 novembre 2018

Wheel in the Sky pourrait passer pour l’une de ces énièmes pâles copies d’un rock nostalgique des années 70. Pourtant, avec ce deuxième effort intitulé Beyond The Pale, la formation suédoise révèle l’étonnant foisonnement de la scène scandinave, dès lors qu’il s’agit de faire rougir les lampes d’amplis.

Le combo mélange les genres, dans une rétromania qui n’a que pour seule envie de distiller une énergie rock pure. On devine à l’entrée tonitruante de « Beyond the Pale », des influences larges s’étendant du punk garage le plus alternatif au rock 80’s épique. Une batterie martelant sans cesse, des notes de guitares qui glissent à la vitesse de la lumière, et un chant qui porte jusqu’au fond des salles obscures. La recette est éculée depuis des lustres, mais Wheel in the Sky, la sublime avec énergie et passion.

Il en résulte quelques pépites ultra-addictives, au psychédélisme simple et aux riffs faciles, mais néanmoins entêtants. Difficile de résister au refrain mièvre de « Undead love », à la fureur sautillante de « Burn, Babylon Burn! » ou à ces guitares rageuses qui entament le morceau-pharedu dique, « This Only Girl Dead In The City ». 

L’originalité n’est pas toujours la marque des meilleurs albums. La cohérence et la simplicité comptent parfois plus. Une chose est sûre, Wheel in the Sky sait composer des refrains mémorables mieux que n’importe quel autre groupe c’est déjà un bel accomplissement.

***1/2


Born Ruffians: « Uncle, Duke & the Chief »

22 novembre 2018

Après la sortie de Ruff en 2015, Born Ruffiens revient aujourd’hui avec un cinquième album, Uncle, Duke & the Chief, marqué par le retour au bercail de son batteur d’origine, Steve Hamelin et, sans doute de ce fait, une résurgence de son approche originelle.

Sous la direction de Richard Swift (The Shins, Damien Jurado, Foxygen…), le trio retrouve ici l’ardeur et l’enthousiasme débridé de ses débuts, répétant à l’envi une formule redoutablement efficace où la voix haut perchée de Luke Lalonde tournicote sur une rythmique élastique, tandis qu’une guitare au cordeau répond aux appels insistants d’un tambourin ou d’un claquement de mains.

Nostalgiques en ouverture (« Forget Me », écrit le jour de la mort de Bowie), les trois copains s’essayent à la surf-pop un jour de marée noire (« (Miss You »), se déguisent en Beach Boys juvéniles (« Fade to Black »), pour finir par se retrouver dans un grand moment de communion polyphonique (« Working Together »).

Généreux, sincères et toujours aussi attachants, les Canadiens s’offrent un retour triomphal avec cet Uncle, Duke & the Chief, « feel-good album » par excellence.

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Lusts: « Call Of The Void »

22 novembre 2018

Le premiers opus de Lusts se nommait Illuminations, trois ans plus tard arrive un Call Of The Void dont, étape du deuxième album oblige, on se demande dans quel sens il nous éclairera.

Formé par deux frère (Andrew et James Stone) cet « appel du vide » est illustrateur de la thématique qui le compose. L’air du temps est à la fragilité, la santé mentale ou la nostalgie nihiliste, la palette sonore sera protéiforme, allant de Tame Impala à New Order.

Plutôt campé dans les années 80, le climat général sera résolument post-punk avec des vocaux réduits à l’essentiel, comme détachés, et des instrumentaux qui se taillent la part du lion.

« Promise To Be Good » sera une introduction exemplaire tout comme le « single » « Lost Highway » et cette voix féminine enclavée renforçant un aspect cinématographique venu d’un environnement aliénant. Sur « Lost And Found », le duo ralentit le tempo pour offrir une balade pop-romantique, un apaisant moment d’intimité et de calme.

Le résultat est mitigé, les orchestrations synthétiques alourdissent le propos et occultent les tonalités sombres qui gagneraient à se faire plus prégnantes : si Illuminations fa été un galop d’essai, sa traduction demeure ici un peu clairsemée.

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Anna St. Louis: « If Only There Was a River »

21 novembre 2018

Nous voilà devant un chant incantatoire. Avec sa voix lâche et pleine de groove son « fingerpicking » attentif et l’entrelacement délicat de ses mélodies très folk-country américain (mais jamais plaquées), Anna St. Louis pourrait être une sorcière nomade qui s’arrêterait, avec sa monture, pour faire irradier la chaleur sèche d’un feu de camp du Midwest.

If Only There Was a River, premier album de la musicienne du Kansas désormais installée à Los Angeles, fait à la fois ancien et moderne dans sa manière de manier le folk. Anna St. Louis chante en boucles et en itérations un croisement de solitude, d’apprivoisement, de désir et de liberté, qu’on pourrait comparer à un amant — irrésistible, mais prompt à se dérober.

Âme souple et agile ;alors qu’on s’imaginait une simplicité sobre, ses mélodies prennent soudain flamme et corpulence : des tambours (« The Bells »), des violons (« Water) », de la guitare électrique (« Wind »), même du wurlitzer (« If Only There Was a River ») forment une matière soyeuse et confiante, juste assez audacieuse. Un ravissant début.

***1/2


The Wave Pictures: « Brushes With Happiness… Look Inside Your Heart »

21 novembre 2018

The Wave Pictures a publié deux albums en un an, il rectifie plus ou moins le tir avec Brushes With HappinessLook Inside Your Heart. Ce dernier opus se veut plus ouvert que le précédent avec une tentation garage-rock et une communication plus simple, voire enlevée.

Le disque a de forts relents fin seventies début eighties (Talking Heads, The Fall) avec des rythmiques brisées, des riffs comme en suspens et une impression de spontanéité qui n’est que le produit d’un bon travail en studio.

Sans surprise, l’album navigue à la frontière du studio et du live, de l’improvisation et de la précision, du propre et du bordélique. C’est précisément cette simplicité et cette sincérité qui plaît. The Wave Pictures prouvent une nouvelle fois qu’ils excellent dans la musique pure, sans super production ni effets par milliers. Ainsi, on ne peut qu’être charmé par la voix remplie de larmes et de vibrato de David Tattersal sur le titre « Jim » ou ladhérer à son délicieux phrasé dans « The Litte Window ».

Leur musique est libre, ponctuée de solos vaporeux, de moments purement instrumentaux où les musiciens, en communion, semblent improviser avec brio.
À la différence de
Bamboo Diner In The Rain et contrairement à ce que son titre pourrait laisser penser, Brushes With Happiness est peut-être l’un des plus sombres albums de la discographie de The Wave Pictures. Leur blues, qu’ils étirent parfois sur six minutes, est communicatif. Tous les titres sont teintés de la même mélancolie, une tristesse latente à l’image du premier morceau, « The Red Suitcase ». « The Burnt Match » fera un exception toute en subtilité ; bien que pris sur un mode mineur, li prendra la forme d’une comptine enjouée.
The Wave Pictures signent un album blues étonnement sombre, dépouillé, hélas un peu répétitif. Il faut peut-être attendre les soirées pour apprécier à sa juste valeur
une mélancolie entre chien et loup qui hésite encore à se débarrasser des lambeaux du spleen.

***1/2