King Dude: « Music To Make War To »

King Dude est un chanteur Dark-folk prolifique, avec huit albums publiés en autant d’années, sans compter qu’il ne s’est écoulé que deux années depuis la sortie de “Sex”, et que ce dernier passe son temps en tournée.

Music To Make War To est probablement l’album le plus accessible de sa discographie, nous projetant continuellement les reflets d’un Johnny Cash des temps modernes. De sa voix gutturale et torturée, l’iconoclaste tatoué de croix renversées évoque sa rencontre avec Hollywood, les hôtels miteux ou les désespoirs amoureux avec justesse et élégance.

Surprise inattendue d’une précédente édition du Hellfest, King Dude déploie une énergie en live qu’il est difficile de percevoir dans ses productions studios. Pourtant, Music To Make War To révèle en arrière-plan des distorsions sautillantes, à l’instar d’un « Velvet Rope » à l’instrumentation légère portée par quelques notes de piano, une batterie, titre d’album oblige, martiale et une guitare solaire. Enfin, sur « I don’t write love songs anymore », King Dude pousse sa voix lourde dans un écho qui fait frémir l’échine et accentue encore le facette « dark » de son folk.

Music To Make War To est probablement l’album le plus rock de la discographie de King Dude, comme en témoigne encore les guitares rageuses de « The Castle » ou quelques minutes plus tard, les explorations Dark-synth wave de « In The Garden ». À tempo plus lent, King Dude sublime sa palette stylistique pour aboutir à des compositions d’une étonnante richesse, comme le brûlot « Let it Burn ».

Music To Make War To révèle un artiste abouti, qui réussi à produire des compositions aussi lugubres que lumineuses, comparable à Nick Cave ou Leonard Cohen.

***1/2

Baxter Dury: « Prince Of Tears »

Prince of Tears est, mine de rien, le cinquième album de Baxter Dury. Pour ce Prince Of Tears le chanteur se fait presque crooner sans sa façon d’aborder la thématique du disque ; les émois amoureux.

Pleurs il y a donc mais Dury est suffisamment madré, oscillant entre désinvolture, désillusion et un poil de cynisme pour que l’opus ne soit pas larmoyant ni mélodramatique.

Il joue à merveille, tout comme son père, de sa voix de cockney pour transformer une humeur mélancolique et la rendre presque jouissive. Héritage familial aussi, un phrasé récité qui transforme le mélancolique en cocasse et qui fait de Prince Of Tears un disque presque vaudevillesque.

Pour sublimer la douleur et se remettre d’une rupture resteront alors des orchestrations à cordes suaves et décalées. Ce « fils de » continue ainsi  à cultiver sons dandysme et à se façonner un style qui, même si il n’est pas celui de « Sex and Drugs and Rck and Roll » marche dans ses propre « new boots » et endosse des « panties » bien à lui.

***1/2

Ed Harcourt: « Beyond The End »

Ed Harcourt a la réputation d’être un singer-songwriter et, à ce titre, il n’a pas été avare de productions

Sur Beyond The End c’est avant tout le pianiste qui vise à se faire entendre. Profitant sans doute de ses collaborations avec Marianne Faithfull ou The Libertines ; il nous offre ixi un opus quasiment instrumental où, bien sûr ; son instrument de prédilection se taillera la part du lion.

Sous la houlette de Sreve Gullick (Jason oilina, Kurt Wagner) il continuera d’explorer cette déviation où se feront entendre les univers du poète William Cowper et de Walter Scott.

**1/2

The KVB: « Only Now Forever »

The KVB est un duo noisy-pop composé de Nicholas Wood et Kat Day dont Only Now Forever est le cinquième opus. Sa méthode est assez simple ; mélange de guitare noisy et de refrains pop, boîte à rythme et arrangements minimalistes.

Démarche déjà explorée qui ne peut marcher que si les compositions sont accrocheuses. C’est assez souvent le cas ici et si on se satisfait des influences de Jesus @ Mary Chain ou The Cure on appréciera la manière dont le coule agrémente sa pop de jolis atours synthétiques étayés qu’ils sont par les accords implacables de ses charmeuses mélodies.

***

Marianne Faithfull: « A Secret Life »

Encore un travail notoire de Marianne Faithfull et cette fois la musique est de… Angelo Badalamenti, le compère de David Lynch ! ( BO de Twin Peaks et Mulholland Drive).
Composé de chansons calmes, tristes et méditatives aux mélodies ineffables, A Secret Life est à écouter tranquillement un soir de solitude où tout paraît sombre sauf un petit quelque chose d’indéfinissable…
Le style de Badalamenti est ici plus intimiste, moins oppressant que dans ses oeuvres les plus connues, mettant en valeur la voix si personnelle de Faithfull.
Orchestré et construit avec élégance, à mi-chemin entre l’electro et le classique, A Secret Life  tient lieu d’une gageure: la rencontre de deux personnalités habitées.


Les violons soutenus par les lignes de synthé et de basse créent un espace musical cohérent, à la fois dense et aérien, où le chant et la parole de Faithfull déploient leurs nuances : du regret à la lassitude, de l’inquiétude et la tristesse à la sérénité.
« Prologue », « She », « Epilogue » sont des variations sur un même thème (paroles de Shakespeare pour le premier et Dante pour le dernier).
« Bored By Dreams » par sa rythmique et « The Wedding » par son côté humoristique se démarquent un peu du reste du disque.
Si plusieurs de ses précédents albums évoquaient évoquaient l’automne, A Secret Life est , lui, plus ancré dans hiver (avec une promesse éventuelle de printemps).

****

Connan Mockasin: « Jassbusters »

Sept ans après un miraculeux car inattendu Forever Dolphin Love le globe-trotter néo-zélandais reste un type insaisssable, snobé par le grand public mais adoré par certains de ses pairs. Ces dernières années, on l’a vu travailler avec et pour Dev Hynes, James Blake, Charlotte Gainsbourg ou MGMT. Des noms bien ronflants donc, dont certains se retrouvent d’ailleurs sur Jassbusters, troisième album de Connan Mockasin, qui sort cinq ans après Caramel.

C’est à la fille Gainsbourg qu’il fait d’ailleurs allusion sur « Charlotte’s Thong » sans qu’on ait, pour autant, quelque chose à en dire… ou à en redire. James Blake, lui, s’invitera sur « Momo’s », une ballade langoureuse et cotonneuse qui sied parfaitement aux complaintes de l’Anglais, passé maître dans l’art de couiner avec classe. Mais ce dernier n’ayant pas le monopole du crooning, Connan Mockasin lui renvoie la balle juste derrière sur un « Last Night » tout aussi réussi. 

Ces trois premiers titres sont parfaits en ce sens qu’ils plantent magnifiquement le décor : extrêmement cohérents dans l’ambiance qu’ils développent, ils sont très différents dans leur façon de concrétiser les ambitions d’un Connan Mockasin qui jamais ne se prend les pieds dans le tapis, car capable de s’amuser avec la frontière entre bon et mauvais goûts pour donner d’imparables et improbables résultats.

Pourtant, on ne peut pas dire que l’on partait avec un a priori extrêmement favorable, le disque étant présenté comme un concept album servant de compagnon à Bostyn ‘n Dobsyn, un film en 5 parties créé par Connan Mockasin et conçu pour être écouté après avoir regardé celui-ci. Le film en question ayant la réputation d’être arty et complaisant, on ne pourra que se satisfaire que l’album qui en est sa bande-son n’est pas aussi prétentieux que son étiquette conceptuelle l’aurait pu faire craindre.

***1/2

Boston Manor: « Welcome To The Neighbourhood »

Les Britanniques de Boston Manor n’auront pas mis longtemps avant de se faire un nom. Avec un premier opus, Be Nothing (2016). bien ancré dans le son pop-punk-emo d’outre-Manche, voici que le quintet prend tout le monde à contre-pied avec Welcome To The Neighbourhood, son deuxième album.

Le groupe s’adonne désormais à un rock alternatif typiquement anglosaxon avec quelques incursions synthétiques que l’on pourrait rapprocher de formations telles que Mallory Knox, ou encore Deaf Havana.

Le morceau-titre ouvre l’album ; c’est une composition, mid-tempo et « ambient » sur laquelle les vocaux de Henry Cox se font impérieux. Puis viendra « Flowers In Your Dustbin » qui donnera sa tonalité à l’album : une teinte assez sombre, mais pourtant accrocheuse. Le « single » « Halo » rivalisera aisément en termes d’immédiateté alors que un «  England’s Dreaming »lancinant sera, lui, vecteur de mal-être.

On pourra également citer « Digital Ghost » et son refrain puissant et ses quelques incursions emo et la ballade finale, « The Day That I Ruined Your Life », qui conclura un album sans temps mots ou points faibles mais aussi sans propos distinctif.

***

Tess Parks et Anton Newcombe: « Tess Parks et Anton Newcombe »

Ce sobrement intitulé Tess Parks & Anton Newcombe est la deuxième collaboration entre Anton et Tess Parks, trois ans après I Declare Nothing. Enregistré à quatre mains aux studios Cobras à Berlin en 2017, il nous permet de retrouver avec plaisir la voix râpeuse de Tess tout au long de 9 chansons aux charmes vénéneux.

La suite se fait donc avec Anton Newcombe au sein même du Brian Jonestown Massacre ou en duo aujourd’hui sous l’appellation de Tess Parks & Anton Newcombe. De « Life After Youth » à « Right On » », une beauté animale transpire aux travers des 9 chansons psychédéliques qui rappelleront les premières œuvres de Brian Jonestown Massacre voire de Mazzy Star.

Les guitares rampent, la voix de Tess soutenue parfois par celle d’Anton feule et ensorcelle et la rythmique se fait malsaine et sombre. C’est un disque à écouter à la tombée de la nuit, quand les contours de la ville se font flous et les ombres se font séduisantes.

« Please Never Die » ou « French Monday Afternoon » auront tout du tube psyché, idéal pour se balancer doucement, les yeux mi-clos, dans quelques tripots malfamés. Tess Parks & Anton Newcombe confirment avec éclat, que ces deux là étaient faits pour se rencontrer et nous embarquer dans un voluptueux et lascif et presque mortifère trip musical.

****

Dead Can Dance: « Dionysus »

Écouter un album inédit des Dead Can Dance est devenu, de nos jours, un plaisir d’autant plus exquis qu’il est très rare mais toujours aussi raffiné. La réunion du londonien Brendan Perry et de la native de Melbourne Lisa Gerrard, de plus pour leur nouvel et neuvième opus studio, est donc un événement à ne surtout pas rater.

Pour peu que l’on veuille bien s’abandonner dans ces compositions avant-gardistes et que l’on se laisse envouter par le chant exceptionnel de Lisa Gerrard (à n’en pas douter, l’un des plus beaux de la planète), l’on se garantit alors un voyage céleste vers l’émotion et les frissons du bonheur. Le nouvel opéra (oui c’en est uni!) en deux actes des originaires d’Australie, Dionysus, n’échappe pas à cette vaine créatrice épique et onirique.

Le duo dans son ode imaginaire entrechoque les sonorités écossaises et orientales, confronte les temps médiévaux à la modernité et nous empêche une nouvelle fois de coller une étiquette sur cette approche harmonique venue d’une autre dimension.

Bien sûr, on pourrait trouver cette approche un peu trop mystique et « new age », il n’en demeure pas moi que DCD se situe certainement ailleurs, un ailleurs atemporel et intemporel ; un ailleurs qui fait fi de la géographie tout autant que des époques.

Muni de cette considération on pourra se laisser embrigader et courir le risque d’en être grisé, Dionysus oblige,pour de longs moments.

****

Mumford & Sons: « Delta »

Delta est la quatrième lettre de l’alphabet grec, c’est également le titre du quatrième album de Mumford & Sons ; c’est, enfin, l’endroit où convergent les courants.

On peut y voir une analogie avec la direction que prend le combo parti d’un répertoire indie-folk traditionnel très connoté à une évolution qui le voyait passer du banjo à des titres électro rock plus grand public.

Cette multiplicité sied parfaitement à la conclusion telle qu’elle est véhiculée par Delta, un éclectisme voulu et assumé par la groupe. On aura donc droit à des compositions mélancoliques («  Forever » et « Wild Heart »), des sonorité ethniques, (les Sud-Africains « Woman » ou « Rose of Sharon ») et des excursions plus allègres comme « Babe »l et l’électrique « Wilder Mind ».)

Si on comprend et adhère à cette démarche n se réjouira du choix du producteur :Paul Epworth (Florence & The Machine, Adele, U2…) si on déplore ce virage plus mainstream, on espèrera pour l’instant encore que nos « emo-folkeux » ne s’acoquinent pas avec Coldplay.

***