Jeff Tweedy: « WARM »

Jeff Tweedy n’a plus besoin de présentation. Le leader de Wilco est aujourd’hui considéré comme l’un des plus importants songwriters de sa génération. En plus d’être un musicien hautement compétent, le monsieur est un parolier doué qui a toujours su bien lire la société dans lequel il vit : les États-Unis d’Amérique, ce pays, pour employer un euphémisme, en net déclin intellectuel .

Avec Wilco, Tweedy a fait paraître d’excellents albums au cours des dernières années. Que ce soit The Whole Love (2011), Star Wars (2015) et Schmlico (2016), la créativité de la formation n’a jamais fait défaut, et ce, malgré les années qui s’accumulent au compteur. Wilco est l’un des rares groupes à demeurer pertinent après autant d’années de galère.

En mode solo, Tweedy, aujourd’hui âgé de 51 ans, avait lancé Together At Last (2017); une rétrospective du corpus chansonnier de l’artiste en format acoustique. Un disque correct, sans plus. En 2014, le père de famille a travaillé avec son fils Spencer à la batterie afin de nous offrir Sukierae. Et c’est aujourd’hui que le vétéran nous propose son premier véritable album solo intitulé judicieusement WARM). Des proches du créateur se sont joints à l‘enregistrement : fiston Spencer, Glenn Kotche (batteur de Wilco) et Tom Schick (coréalisateur des trois dernières productions du groupe).

Réalisé et enregistré par Tweedy dans son mythique studio situé à Chicago, ce WARM est une production qui fait du bien à l’âme. Tout au long de ces 11 chansons, le rockeur se positionne comme le miroir de notre conscience. Tweedy doute, se met dans la peau de ses compatriotes apeurés par l’ampleur du désastre « trumpien » en faisant preuve d’une admirable empathie. Chose immensément rare en ces jours narcissiques et ultras compétitifs.

Musicalement, l’artiste demeure dans ses pantoufles, offrant son folk rock habituel, juste assez inharmonieux et magnifiquement mélancolique, à des fans conquis d’avance. Ce n’est rien d’inventif, mais ça fonctionne toujours parce que Tweedy est un chansonnier immensément talentueux. S’ajoute à ce « don », une forte compétence à bien réaliser et produire sa musique. Tweedy met sa voix à l’avant-plan dans le mix afin d’accentuer la couleur « intimiste » qu’il veut donner à ses chansons.

Dans « The Red Brick », le bonhomme nous rappelle qu’il est encore capable de brasser la baraque en nous offrant des salves de guitares dissonantes et bien grasses. L’épuration sonore dans « How Hard it is for a Desert to Die » captive totalement l’attention. Les ascendants country dans « Warm (When The Sun Has Died) » sont superbes et la conclusive « How Will I Find You « provoque la chair de poule.

Bref, ce grand de la chanson US semble être incapable de rater son coup. Dans cette période où le marketing est élevé au rang d’art, où l’argent est devenu le nouveau « Dieu », Jeff Tweedy nous rappelle que l’empathie et la chaleur humaine sont essentielles. Ne serait-ce que pour se sentir humain encore un peu, si possible…

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