No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Lisa/Liza: « Momentary Glance

La voix patiente et légèrement plaintive de Liza Victoria est enfin de retour. S’il y a eu le court Barn Coat au printemps, il y avait deux ans que la musicienne du Maine ne s’était pas lâchée en longueurs. Six pistes en 42 minutes : un format parfait pour sa construction mélodique lente, en volutes libres et imprévisibles. C’est ainsi que naît la grâce. Momentary Glance, enregistré à Montréal (à l’exception d’un morceau) dans le froid pénétrant de l’hiver dernier, fait entendre pour la première fois le groupe qui accompagne Lisa/Liza — la guitare est maintenant électrique, on entend des percussions, de la reverb, de le pedal steel, des bruits. Mais c’est toujours aussi fuyant qu’avant : comme une seule piste qui traverserait plusieurs paysages.

Lisa/Liza fait d’ailleurs souvent référence à la nature, aux oiseaux, à ce qui nous entoure pour poser sa contemplation. Et cette fois, sa voix vacillante a chanté malgré le deuil d’un ami, qui s’est suicidé peu avant l’enregistrement. Pour cela, et pour le talent qu’il recèle, Momentary Glance est d’une précarité grandiose.

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30 novembre 2018 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Josephine Foster: « Faithful Fairy Harmony »

Le nouvel album de Josephine Foster, Faithful Fairy Harmony, est une nouvelle fois marque par la cohérence et l’étrangeté. Si le terme « freak-folk » devait trouver une représentation, ce sera sans doute à elle qu’on devrait l’appliquer. Singularité aussi pour une artiste qui est à la fois anachronique et intemporelle et qui est capable de trouver beauté et agrément dans la noirceur et l’affiction.

Foster enchaîne ainsi les merveilles ; le superbe dénuement sur « Eternity » ou « Force Divine », le mélancolique (« The Peak Of Paradise », « Little Lamb) », varie les ambiances en alternant les moments expérimentaux comme « Pearl In Oyster », avec l’americana (« Force Divine », « Indian Burn »), en passant par le folk apaisé (un « Pining Away » qui invoque le Neil Young champêtre d’Harvest Moon ou le doucement allumé qui éclaire « Challenger »).

C’est avec son habituelle aisance déconcertante que Foster parvient à créer une nouvelle faille temporelle nous projetant au siècle dernier, à l’entre-deux guerres. Comme à chaque fois le charme « suranné » de ses chansons réussit à nous prendre dans ]ses filets, sa voix nous envoûter.

Ce qui semble démarquer ce disque des autres disques, outre sa longueur, c’est la bienveillance qui en émane, que ce soit quand elle expérimente ou quand elle va sur des terrains connus, balisés par ses propres soins. Foster irradie d’une lumière intérieure finissant presque par nous éblouir et faisant découler de l’album une spiritualité qu’on percevait précédemment sur I’m A Dreamer mais qui, ici, prend une ampleur inédite, contaminant chaque chanson et parvenant à unifier le tout.

On en ressort apaisé avec un arrière-fond d’émerveillement permanent, transporté dans un monde singulier et enchanteur, comme si Lynch s’éclipsait sur la pointe des pieds pour laisser place à Browning et son cirque Freaks. Ça pourrait être effrayant mais il y a une telle empathie pour son sujet que lorsque la dernière note se termine, il nous faut quelques bonnes minutes avant de réintégrer le monde moderne. Faithful Fairy Harmony nous offre un temps suspendu en apesanteur on ne saurait jamais assez remercier Foster de ce superbe cadeau.

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30 novembre 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Jeff Tweedy: « WARM »

Jeff Tweedy n’a plus besoin de présentation. Le leader de Wilco est aujourd’hui considéré comme l’un des plus importants songwriters de sa génération. En plus d’être un musicien hautement compétent, le monsieur est un parolier doué qui a toujours su bien lire la société dans lequel il vit : les États-Unis d’Amérique, ce pays, pour employer un euphémisme, en net déclin intellectuel .

Avec Wilco, Tweedy a fait paraître d’excellents albums au cours des dernières années. Que ce soit The Whole Love (2011), Star Wars (2015) et Schmlico (2016), la créativité de la formation n’a jamais fait défaut, et ce, malgré les années qui s’accumulent au compteur. Wilco est l’un des rares groupes à demeurer pertinent après autant d’années de galère.

En mode solo, Tweedy, aujourd’hui âgé de 51 ans, avait lancé Together At Last (2017); une rétrospective du corpus chansonnier de l’artiste en format acoustique. Un disque correct, sans plus. En 2014, le père de famille a travaillé avec son fils Spencer à la batterie afin de nous offrir Sukierae. Et c’est aujourd’hui que le vétéran nous propose son premier véritable album solo intitulé judicieusement WARM). Des proches du créateur se sont joints à l‘enregistrement : fiston Spencer, Glenn Kotche (batteur de Wilco) et Tom Schick (coréalisateur des trois dernières productions du groupe).

Réalisé et enregistré par Tweedy dans son mythique studio situé à Chicago, ce WARM est une production qui fait du bien à l’âme. Tout au long de ces 11 chansons, le rockeur se positionne comme le miroir de notre conscience. Tweedy doute, se met dans la peau de ses compatriotes apeurés par l’ampleur du désastre « trumpien » en faisant preuve d’une admirable empathie. Chose immensément rare en ces jours narcissiques et ultras compétitifs.

Musicalement, l’artiste demeure dans ses pantoufles, offrant son folk rock habituel, juste assez inharmonieux et magnifiquement mélancolique, à des fans conquis d’avance. Ce n’est rien d’inventif, mais ça fonctionne toujours parce que Tweedy est un chansonnier immensément talentueux. S’ajoute à ce « don », une forte compétence à bien réaliser et produire sa musique. Tweedy met sa voix à l’avant-plan dans le mix afin d’accentuer la couleur « intimiste » qu’il veut donner à ses chansons.

Dans « The Red Brick », le bonhomme nous rappelle qu’il est encore capable de brasser la baraque en nous offrant des salves de guitares dissonantes et bien grasses. L’épuration sonore dans « How Hard it is for a Desert to Die » captive totalement l’attention. Les ascendants country dans « Warm (When The Sun Has Died) » sont superbes et la conclusive « How Will I Find You « provoque la chair de poule.

Bref, ce grand de la chanson US semble être incapable de rater son coup. Dans cette période où le marketing est élevé au rang d’art, où l’argent est devenu le nouveau « Dieu », Jeff Tweedy nous rappelle que l’empathie et la chaleur humaine sont essentielles. Ne serait-ce que pour se sentir humain encore un peu, si possible…

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30 novembre 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire