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Nick Ellis: « Speaker’s Corner »

Reprenant les choses laissées en plan par Mike Badgers et Lee Mavers, Nick Ellis sort un troisième album magistral. Une guitare, une voix et l’affaire est dans le sac grâce à des chansons aussi simples qu’efficaces.
Le cahier des charges d’un disque de
Nick Ellis tient sur un post-it. Il lui faut sa guitare, sa voix et quelques mélodies. Le garçon ne se perd pas dans le frivole et l’inutile. Voguant sur la Mersey, avec comme compagnon de route Mike Head et comme pavillon les Everly Brothers, Ellis nous emmène dans les tourbillons de sa musique.

Plus direct et plus efficace que ses prédécesseur, Speaker’s Corner révèle les ombres d’Ellis. On se doutait évidemment que ce garçon était un grand sensible et qu’on n’écrivait pas Adult Fiction (son précédent opus) par hasard…
Ellis montre ici tout son savoir faire, de l’instrumental (« 
Sally-Go-Round the Roses ») à la pop (« I Get Love », un morceau d’ouverture d’anthologie) et nous présente ici un disque qui pourrait lui permettre de s’exporter.

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10 novembre 2018 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

Spain: « Mandala Brush »

Après un The Soul of Spain partagé entre hymnes électriques et ballades plus introspectives, et la mélancolie alt-country de Carolina, c’est du côté de la mystique et du psychédélisme que vient fureter cette nouvelle réussite du groupe de Josh Haden, fidèle à son titre et au fameux symbole bouddhiste de l’univers, le mandala, qui orne sa pochette.

Une spiritualité que le groupe n’a jamais reniée depuis les spirituals affligés et feutrés de son chef-d’œuvre inaugural The Blue Moods of Spain, et qui n’hésite pas ici à célébrer le retour du Seigneur pour tester nos nations corrompues au son d’une americana aux cuivres mariachi (« The Coming of the Lord »). Entre deux bijoux d’alt-country chorale faisant la part belle aux backing vocals de ses sœurs Petra et Tanya (« You Bring Me Up » et son coda gospel, ou le sublime « Laurel, Clementine »), un classique instantané de folk jazzy aux émotions à fleur de peau (« Folkestone, Kent) » et un hymne plus pop et dispensable (« Sugkarane »), on pourrait croire sur le papier que Spain est rentré dans le rang, se reposant élégamment sur ses lauriers comme au tournant des années 2000, avec des chansons certes plus inspirées qu’à cette période de transition avant séparation mais sans audace ni prise de risque. Il n’en est rien.

On entend en effet sur ce nouvel opus des jams folk-rock opiacés aux allures de western halluciné (« Maya in the Summer »), du pur rock psyché versant atmosphérique élevé à Can et au Pink Floyd des origines (« [Rooster † Cogburn] ») et son incandescent final guitare/orgue/batterie) ou encore une complainte acoustique au fingerpicking délicat où l’accordéon lancinant de Mike Bolger et les cordes poignantes des deux sœurs font merveille (« Holly »). Autant de morceaux qui trouvent leur place dans le grand tout de ce Mandala Brush avec une sorte d’harmonieuse asymétrie déjouant la perfection annoncée par la géométrie du mandala, une figure qui semble ici dédiée à la féminité et plus largement à la vie, comme en témoigne en son centre le symbole de Vénus.

Mais la pièce maîtresse de ce nouvel opus est autrement plus surprenante encore. Du haut de ses 15 minutes mystiques et sinueuses, « God Is Love » fait fi de la voix suave de l’Américain pour laisser place aux circonvolutions d’une flûte orientale, le mizmar, et au violon nébuleux de Petra Haden sur fond de batterie tantôt chamanique ou carrément free jazz, de basse tâtonnante et de guitare acoustique méditative.

De son ouverture arabisante à son final aux chœurs opératiques et aux vents habités, ce titre évoque dans l’esprit le meilleur de Everything Sacred première sortie du trio Yorkston/Thorne/Khan, et pourrait être le chef-d’œuvre du disque, si ce n’était pour son final « Amorphous, » sans doute l’errance folk-jazz la plus confondante et abstraite à la fois entendue depuis la grande époque de Tim Buckley. Ce coup-ci, les vocalises plaintives de Josh, capiteuses et tourmentées, sont pour beaucoup dans le désespoir que véhicule ce titre percussif et psychotrope à souhait, comme sur le plus cadré mais tout aussi libertaire et hypnotique Tangerine, au crescendo foisonnant digne de Van Morrison.

On l’aura compris, depuis sa reformation en 2007, le groupe californien n’en finit plus de se réinventer tout en restant fidèle à ses thématiques de prédilection et à un songwriting racé aux sentiments exacerbés… l’équilibre des plus grands.

****1/2

 

10 novembre 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Papercuts: « Parallel Universe Blues »

Après quatre ans de silence durant lesquels il s’est davantage concentré sur son métier de producteur aux côtés de Beach House, Luna, Cass McCombs ou encore Vetiver, Jason Quever est de retour avec Papercuts. Depuis la parution d’un premier album en 2004 (Mockingbird), le songwriter américain aujourd’hui basé à Los Angeles est le seul membre permanent de ce projet « indie » un peu touche-à-tout. Jusque-là, la pop de Quever a pu être pastorale, baroque (notamment sur Fading Parade) ou folk… On y retrouve en tout cas toujours ce côté lo-fi, cette touche 60’s, ce talent inné pour la mélodie et ce timbre de voix mélancolique. Parfois, il s’agirait presque d’un chuchotement.

Nous voici en 2018, quatre ans après un magnifique Life Among The Savages qui faisait la part belle à l’expression des cordes.

Avec Parallel Universe Blues, Papercuts nous transporte ailleurs, sur un territoire plus vaporeux. Exit le côté « chamber pop » qui lui allait aussi à merveille, et place à un décor shoegaze. Une pop-folk-noise qui permet au discret Jason Quever de se dissimuler encore davantage derrière ses compositions. Sans pour autant tout noyer dans la reverb. Bien au contraire…

Des titres « Laughing Man », « How To Quit Smoking » et « Kathleen Says » sont sans conteste parmi les meilleurs que Quever a pu proposer jusque-là ; on y retrouve le talent mélodique à la Belle And Sebastian, la production noisy des Jesus And Mary Chain ou l’esprit du Velvet Undergroud.

Parallel Universe Blues est relativement court mais il est crucial d’autant que, ayant pu pour première fois enregistrer chez lui, le créativité de l’artiste semble être le prélude de moments encore plus prometteurs.

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10 novembre 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

We Were Promised Jetpacks: « The More I Sleep,The Less I Dream »

Les Écossais de We Were Promised Jetpacks sont de retour avec leur rock particulier car capable d’allier puissance, affinement et mépris de toute convention avec un Rock sans concessions et une force émotionnelle rarement égalée dans ce style.

Sur Unravelling, le groupe avait privilégié une approche plus complexe et laissé la porte ouverte à certaines expérimentations. Aujourd’hui, il revient revient à l’essentiel, avec un disque plus directe certes, mais bénéficiant de ces années d’expériences acquises au fil des années.

The More I Sleep The Less I Dream reste toujours le véhicule d’émotions mais elles sont, ici, exprimées de manière moins viscérale, plus classique et surtout moins saturée.

Le «single» « Hanging In » est parfait dans la manière dont il vous saisit instantanément mais c’est « Impossible » en ouverture qui marquera le tempo en mettant quelques instants avant de s’emballer.

La construction sera alors ascendante avec « In Light», « Make It Easier » ou un poignant « When I Know More » en crescendo sonique. We Were Promised Jetpacks est un combo discret, parfois même indésiré à la lumière d’un titre comme « Not Wanted » ; il n’en demeure pas moins qu’on ne peut ni ne doit s’en dispenser.

***1/2

10 novembre 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire