John Grant: « Love Is Magic »

Ce quatrième album de John Grant voit l’artiste accentuer son flirt avec le musique électronique déjà décelable sur ses disques précédents. Il contient également dix nouvelles aventurées dans l’esprit à la fois joyeux, rancunier et introspectif de son créateur. Enregistré en Cornouailles avec l’aide de Ben Edwards et Paul Alexander, c’est un opus encore plus expérimental et glacé de par ses arrangements mais gardant toujours cette sentimentalité chaleureuse grâce à ses récits personnels et charmeurs.

La chanson titre, premier « single » de l’album, se distingue, à cet égard, par une bouffée brusque de positivité, de sincérité et d’espoir optimiste perméable tout au long du disque. Malgré les aléas, le bullshit, le plaidoyer pour l’amour ne se dément pas et c’est cet espace que Grant veut continuer à dessiner et dans lequel il s’obstine à creuser au travers du vitriol de « Smug Cunt » ou le récit narratif et hilarant qui caractérise « Diet Gum » (« Did you really think you could seduce me in a leisure suit? »).

Dans un autre registre, sur « Is He Strange » et « The Common Snipe » il orchestre deux somptueuses ballades pour, avec une sincérité sidérante, nous faire partager l’émoi suscité par ce sentiment impétueux et inexprimable qu’est l’amour tandis que l’album s’ouvrira sur un « Metamorphosis »,réflexion élaborée et construite sur la nature capricieuse que revêt le cheminement de nos pensées, rumination étayée par la technique du courant de conscience prise en mode « electro » si chère aux Surréalistes.

Au-delà de cela, Love Is Magic est emblématique du modus operandi de Grant. Plutôt que d’utiliser une progression linéaire vers la compréhension ou l’épiphanie, l’artiste affectionne de nous diriger vers des tangentes, le plaisir coupable de «  He’s Got His Mother’s Hip » ou une rythmique à la Bronski Beat sur un euphorique « Preppy Boy ».

Il choisit alors ces moments pour nous transporter de façon intermittente vers l’indicible et le profond : l’ode à Chelsea Manning qu’est « Touch And Go », l’évasion fantasmatique sur « The Tempest » ou la candeur directe et franche de « Love Is Magic ».

L’album est empreint de tendresse placardée et de bile acerbe, d’hystérisation et d’attitude zen, de rebondissements musicaux accompagnant les frétillements d’états d’âme comme si il s’agissait d’en exprimer le moindre zeste.

Il n’y a, certainement, pas assez de place sur un seul album pour agrémenter cet élan cathartique et contemplatif, mais Love Is Magic nous réserve suffisamment d’espaces de par ses arrangements et l’orchestration de sa sensibilité pour que nous puissions en apprécier autant le décharnement déchiré que la couverture goudronnée et emplumée dont Grant essaie de se débarrasser sur la couverture du disque.

Plein de vitalité et de confiance, le chanteur fait corps avec un album d’auto réalisation aussi bien émotionnel qu’artistique. Une joie absolue !

****1/2

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