Dilly Dally: « Heaven »

Pas besoin de chercher très loin ces temps-ci pour réaliser que la scène indie rock se plaît à ressusciter le rock alternatif des années 90. Pendant que des groupes tels que Nothing renouent avec le shoegaze, d’autres sautent à pieds joints dans le grunge. C’est le cas de la formation torontoise Dilly Dally, qui nous livre son deuxième album, le très réussi Heaven, après le célébré Sore sorti en 2015.

Dilly Dally, c’est un peu un mélange entre l’énergie brute de Nirvana et un chant désespéré à la Kurt Cobain, avec un soupçon d’arrogance qui n’est pas sans rappeler les Pixies. Le groupe se plaît dans les rythmiques assez lentes qui laissent place aux variations d’intensité, entre des couplets souvent plus doux et des refrains où la voix de la guitariste Katie Monks se déchaîne en cris douloureux.

Pour Heaven, la formation a fait appel au réalisateur Rob Schnapf connu pour son travail sur plusieurs albums d’ Elliott Smith mais qui a aussi collaboré avec Beck et Guided By Voices. Bien sûr, la seule présence de Schnapf contribue à renforcer cette impression que Dilly Dally sort directement d’une autre décennie ; cela pourrait en agacer certains mais on sent qu’ici, la réalisation est au service du groupe, et non l’inverse, ce qui permet aux chansons d’Heaven d’éviter le piège d’une nostalgie trop calculée.

La voix de Monks occupe le centre de l’espace sonore et son timbre peut parfois évoquer Courtney Love (Hole) ou mêmeP.J . Harvey à ses débuts. Les guitares sont toutefois mieux définies laissant les mélodies émerger plus facilement du magma de cris et de distorsion. C’est ce qui permet à Dilly Dally de jouer sur les contrastes, alternant entre lumière et noirceur. C’est sans doute là ce qui distingue Heaven de son prédécesseur, qui sonnait davantage comme un coup de poing, alors que les nuances sont devenues plus riches malgré une uniformité au niveau des tempos.

Il serait présomptueux de qualifier Heaven d’album « féministe », mais il n’en demeure pas moins que plusieurs titres abordent l’importance de s’affirmer en tant qu’individu (sans suivre les stéréotypes de genre, un thème sous-jacent au texte de « Bad Biology »). « Believe in yourself ‘cause that’s all the matters », chante Monks sur le puissant « Believe », tandis que sur « Doom », elle nous invite à préserver notre différence en proclamant : « What’s inside you is sacred ». Le groupe ne craint pas non plus d’explorer ses zones d’ombre, comme sur « Sober Motel », qui aborde les problèmes de toxicomanie qui ont failli sonner le glas de la formation.

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