High On Fire: « Electric Messiah »

Electric Messiah est le huitième album des Californiens de High On Fire, groupe mené par Matt Pike, dont le surnom, « l’homme qui possède plus de Gibson Les Paul » indique quelle teneur musicale le combo se revendique.

La production est assurée par Kurt Bailou déjà responsable de pas mal de galettes du groupe et elle va s’appuyer sur la recette peu originale mais efficace et éprouvée de riffs empilés les uns sur les autres, de double pédales, de textes emprunts de mysticisme et de ce qui s’avère être le mentor de High On Fire, Lemmy et sa voix graveleuse qui, selon Pike, l’aurait visité dans ses rêves.

L’album met en place ce qu’il promeut ; une bombe de double kicks, de riffs punitifs et un hommage beuglé à un des plus grands de l’histoire du rock. Les lignes de basse en intro semblent même carrément empruntées à celles de Motörhead : « Spewn from the Earth », qui ouvre l’album, est dans cette lignée, de même que « Freebotter », en fin de parcours.

Comme il est de coutume, on ne reprendra pas son souffle sur un album de High On Fire. La guitare de Matt Pike et sa voix de chat de gouttière prennent toute la place. Il y aura quand même quelques moments plus « doom-rock » comme sur « Steps of the Ziggurat/House of Enlil » un gros morceau de près de 10 minutes qui nous ramène dans une dynamique familière avec un mixage de ses deux guitares.

Toujours dans les longs morceaux, « Sanctioned Annihilation » voit Pike explorer des contrées façon Black Sabbath où, de toute évidence, il est en territoire connu.

À d’autres moments, les riffs et les structures des chansons rappelleront les vieux albums de Mastodon, une atmosphère très « sludge » comme avec « Drowning Dog » qui fermera la marche.

En revanche, à près d’une heure de musique, le manque de variation peut devenir lassant. Le groupe excelle dans leur version du métal, mais ne se réinvente pas. Cela étant dit, les fans de la première heure auront droit à leur dose de rock ‘n’ roll viril et crasseux et ils ne seront pas déçus. Il appartiendra alors à chacun de vouloir en faire partie ou pas.

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Mudhoney: « Digital Garbage »

En 2013,Mudhoney nous proposait un plutôt intéressant Vanishing Point; aujourd’hui, toujours campé à la frontière du garage rock, du hard rock et du psychédélisme, on retrouvait avec grand plaisir une formation qui, mine de rien, célèbre ses 30 ans d’existence avec un nouvel album dans un contexte socio-politique explosif et anxiogène qui ne pouvait tomber mieux pour un combo comme notre quatuor.

Mark Arm (guitare, chant), Steve Turner (guitare), Dan Peters (batterie) et Guy Maddison (basse) sont de retour avec un nouveau brûlot intitulé Digital Garbage; une référence directe à toutes ces inepties que l’on peut lire et voir sur ces chers médias sociaux. Pour ce 10e album, Mark Arm n’y va pas avec le dos de la cuillère. Malgré la prévisibilité de ses virulentes charges (politiques fascistes de Trump, vacuité des réseaux sociaux, nouveaux gourous, etc.), on a pris sérieusement notre pied à l’écoute des propos du chanteur. Sarcastique et enflammé, l‘artiste pointe le miroir sur cette époque en toc, imbue d’elle-même et totalement superficielle.

Toutes les chansons sans exception foncent dans le tas avec une jouissive irrévérence. Dans « Prosperity Gospel », Arm met la lumière sur ce mariage plus que douteux entre le religieux et l’argent et sur le très mélodique « Messiah Lament » il fustige les bien-pensants d’une certaine gauche moralisatrice.

« 21st Century Pharisees » fait référence à l’absurde retour de la religion (quelle qu’elle soit et d’où elle provient…) dans nos sociétés. « Please Mr. Gunman »sera une dénonciation des trop nombreuses tueries de masse qui ont lieu chez nos voisins du Sud et « Hey Mr. Neanderfuck » ridiculise cette « pauvre victime » masculine, incapable de modifier son comportement envers nos partenaires féminins , enfin, « Next Mass Extinction » tire à boulets rouges sur les agissements de l’extrême-droite américaine lors de la manifestation « Unite the Right » qui a eu lieu à Charlottesville, en 2017.

Musicalement, on est bien sûr dans un univers archiconnu, empruntant peut-être une tangente aussi  « Stooges » qu’à l’accoutumée. C’est solide du début à la fin avec quelques pointes réjouissantes.

Mudhoney est un groupe indémodable qui nous offre un album aussi divertissant que revendicateur. Après 30 ans de galère, on ne peut que s’incliner bien bas devant autant de sincérité et d’intégrité.

Sans aucune concession, comme on dit.

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