Chastity: « Death Lust »

Chastity est le projet de Brandon Williams originaire de Whitby en Ontario, une ville prolétaire où on imagine les soirées tranquilles. Un désert pour les adolescents qui se réfugient dans des activités illicites pour se désennuyer. C’est une ville banale comme bien d’autres en Amérique du Nord, une ville où le gris des usines bave sur le moral et le ciel. C’est dans ce paysage dur et terre à terre que Williams a branché sa guitare dans un ampli et s’est mis à faire du bruit.

Après une poignée de simples très efficace et un EP tout à fait satisfaisant, Chastity lance son premier album qui frappe la cible en plein cœur. Death Lust propose 10 chansons qui alternent entre punk et grunge avec une bonne dose d’emo. On passe de l’angoisse, à la rage, au désir charnel en passant par les échappatoires dans les paradis artificiels. Brandon Williams propose des chansons aux mélodies fortes, aux constructions variées, aux textes fascinants et à l’esthétique générale bien bruyante.

Chastity sait se faire lourd et se rapproche parfois des sonorités des Deftones comme le démontre habilement « Children » qui ouvre l’album. Mais dès « Choke », la seconde, il part dans un rythme punk assumé et rapide. Malgré ses changements de cap plutôt drastiques, on n’a jamais l’impression que Williams nous néglige. Il nous emporte dans son univers de soirées à boire de la bière dans des sous-sols, à essayer des substances chimiques et à rêver à la mort.

Mais ses capacités ne s’arrêtent pas là. « Heaven Hell Anywhere Else » et ses pensées suicidaires couchées sur une trame de punk-grunge-country est tout à fait délicieuse. Son refrain sonne le désespoir et lorsque Williams se lance dans « What would it feel like to fall » on ressent la charge émotionnelle qui le sous-tend. Ça se répète à d’autres moments, notamment sur « Innocence », dernière plage de Death Lust. Son talent pour la mélodie plus consensuelle se voit sur « Come » qui avec une réalisation plus maladroite aurait pu être larmoyante. Au lieu de ça, la voix de Williams est perdue à travers les cordes magnifiques de la composition.

C’est un premier album tout à fait réussi pour Chastity qui s’impose comme une autre voix de rock emo incontournable sur une scène plutôt vivante dans les dernières années. La proposition se distancie du rock emo plutôt orchestral de The World Is A Beautiful Place & I’m No Longer Afraid to Die et Century Thief ou encore le emo-rap de Lil’Peep ; en un mot comme en cent la platitude et l’ennui de certains coins reculés et perdus peuvent permettre de générer de beaux petits bijoux.

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