No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Mountain Man: « Magic Ship »

Parfois le moins apporte un plus ; c’est un peu le cas pour ces trois voix (Molly Sarlé, Amelia Meath et Alexandra Sauser-Monnig) et c’est précisément ce qui a fait le charme de leur premier album, Made The Harbour. Ce disque était captivant à écouter avec le son de ces doigts grattant les cordes des guitares acoustiques, les soupirs qui s’exhalaient et les splendides harmonies qui se heurtaient en réverbérations le long des murs du magasin de glaces qui les accueillaient et où elles enregistraient.

Plus que beaucoup, le trio avait capturé une humeur un hymne à la beauté vêtu d’habits où le dépouillement de rigueur accompagnait ce plaidoyer pour la nature, la musique folk des Appalaches et une simplicité depuis longtemps diaparue.

La vie avait dicté une ligne de conduite faite d’un rapide « follow-up » après rien mieux que huit années passées à peaufiner carrières et répertoires, et c’est exactement cela que cette même vie a permis de déverser dans Magic Ship et de faire de ce nouvel opus quelque chose de plus structuré et riche et de générer un agrément d’écoute aux innombrables textures.

Le disque a été conçu pendant une longue virée entre la Californie et le Dakota du Nord, entre cieux désertiques et panoramas sauvages et c’est ce paysage dénudé qui donne des chansons véhiculant un sentiment de tendresse, de vieilles amitiés se retrouvant et du temps juste passé à déguster son écoulement.

On perçoit affection discrète sur « Rang Tang Ring Toon », une rumination sur les joies triviales d’un repas pris sous les étoiles, ou « Boat » avec des harmonies délicieuses nous rappellent le flot d’une rivière sous un ciel gorgé de soleil ; des plaisirs simples et des contes narrés de la manière la plus décharnée qui soit.

Magic Ship est un album élégant et qui ne dément pas son épithète ; c’est un disque spécial, celui de trois musiciennes nées pour faire de la musique ensemble.

****

27 septembre 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Stuart A Staples: « Arrhythmia »

Plutôt connu comme leader de Tindersticks, Stuart A Staples a peut-être bien réalisé l’un des disques les plus étranges et intime de 2018.

Arrhythmia n’est pas étrange parce qu’il cultive l’étrangeté dans sa musique même si celle-ci est faite d’arrangements dépouillés et de vocaux sobres et presque étrangers mais il l’est par sa structure : quatre titres seulement dont le dernier dure plus de trente minutes.

Celle-ci, « Music for a Year in Small Paintings », a été conçue pour une exposition de 365 tableaux créée par sa femme Suzanne. Le résultat en est un quelque chose d’ambient et d’éthéré, accumulant les variations de direction mais sans paraître être dans l’urgence. Parvenir à un tel résultat est preuve que Staples est, en effet, un artiste atypique et également un orfèvre en matière de retenue.

Le titre d’ouverture, « A New Real », préfigure ainsi la tonalité de ce premier album solo depuis 13 ans ; il démarre sur une boîte à rythmes minimaliste et se construit peu à peu tout au long des cinq minutes qui en feront le morceau le plus court du L.P. Il atteindra ensuite des hauteurs vertigineuses avec une instrumentation dont la distorsion montée en épingle témoigne de l’effort à vouloir aller toujours plus avant.

Les 10 minutes de « Memories of Love », sont si clairsemées qu’elles sonnent par moments comme de l’air raréfié et l’accompagnement musical est si spartiate que le phrasé quasiment inaudible de Staples a pour effet de vous aspirer avec encore plus de magnétisme.

Les textes eux-mêmes sont des ruminations sur la vie énoncées sous la forme la plus pure qui soit (« Sometimes we live on our memories of love, sometimes we live on our memories, and breathe the fragrance. ») ; une manière de véhiculer ses émotions qui appartient au chanteur. Le personnel est ainsi introduit avec tant d’aplomb que l’intime nous y engloutit et nous fait en être submergé.

****

27 septembre 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

The Goon Sax: « We’re Not Talking »

Quand James Harrison, Louis Forster et Riley Jones sortirent leur « debut album », Up to Anything’ » en 2016, ils étaient encore lycéens et avaient 17 ans.

C’était un bon petit disque, de « lo-fi » indie punk explorant des thèmes tels que la vulnérabilité des teenagers et leurs sentiments d’insécurité en s’efforçant de ne pas donner trop naïfs.

We’re Not Talking voit nos Australiens prendre en compte une certaine maturité et décider de qui ils sont véritablement. « She Know » en est un exemple révélateur avec son lot d’énergie frénétique, de rythmes accrocheurs et de mélodies captivantes.

Ici, The Young Marble Giants rencontrent Human League avec  l’apport déterminant de Riley Jones. « Sleep EZ », « Til the End », « We Can’t Win » et « Losing Myself » valent bien plus que la conjonction des trois membres de Goon Sax, y compris celle de Louis Foster, le fils de Robert Foster des mythiques Go-Betwwens.

Riley assure les vocaux principaux sur « Strange Light » merveilleux hymne à l’honnêteté et à l’espoir de trouver rédemption au travers des échecs, effort symptomatique d’accès à un âge plus adulte où la déprime existentielle est tamisée par une prise en compte de sa singularité plus sereine et affirmée.

***

27 septembre 2018 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire