Richard Thompson: « 13 Rivers »

Richard Thompson a fait partie du paysage musical depuis plus de 50 ans, que ce soit comme membre fondateur de ce groupe de folk majeur qu’a été Fairport Convention, en tant que singer/songwriter du duo qu’il formait avec Linda, son épouse à l’époque groupe et, finalement comme artiste solo on ne peut plus prolifique. Tous ces paramètres pris en compte, il ne sera pas étrange de constater que 13 Rivers son tout dernier album solo sera engageant dans la mesure où il évite toute forme de production réalisée pour faire joli ou tout effort à une conceptualisation tatillonne.

Preuve sera donnée, si tant est qu’on en ait besoin que les compositions et le jeu de guitare stellaire du musicien perlent d’eux-mêmes. C’est d’ailleurs le premier album que le musicien aura auto-produit depuis une bonne dizaine d’année et, signe des temps ?, Thompson aura choisi de l’enregistrer en mode analogique. Il y est accompagné de ses fidèles musiciens, Michael Jerome (batterie), Taras Prodaniuk (basse) et Bobby Eichorn (guitare). Thompson nous régale ici d’une douzaine de compositions originales avec ce line-up dépouillé mais le résultat en est parlant, solide et viscéral. Le pouvoir rassurant qu’exerce cette musique se fondera sur ces deux facultés, minimalisme de la production et intensité de l’interprétation.

Ce qui peut nous conforter dans l’idée que la musique a un pouvoir réparateur c’est, qu’à 69 ans, Thompson demeure une légende sans se reposer qur les facilités qu’offre le numérique ni, non plus, s’enferrer dans la nostalgie.13 Rivers montre qu’il n’y a pas d’âge pour faire de la bonne musique et la partager.

Le disque ne débute pas sur un coup de tonnerre mais plutôt sur ce frémissement qui émane de choses soigneusement mijotées. « The Storm Won’t Come » est construit sur une suite d’accords mineurs et propulsé par un beat à la Bo Diddley ; les textes anticipent et accueillent le changement tout en soulignent que c’est un processus qui ne peut être que naturel : « I’m longing for a storm to blow through town « And blow these sad old buildings down / But the storm won’t come » nous chante-t-il. Sur « Rattle Within » il canalise des percussions noisy façon Tom Waits et les associe avec abondance de solos de guitares tapageurs comme pour effacer tout doute qu’on aurait pu, encore !, avoir sur son habileté légendaire sur ses solos à la six cordes. Celle-ci jalonnera d’ailleurs la totalité de 13 Rivers comme pour garantir la fluidité qu’un tel titre d’album peut évoquer.

Au niveau des textes, Thompson reste fasciné, voire même obsédé, par la part obscure des choses et tout ce qui peut confiner au morbide, en particulier si la musique ne l’illustre pas de façon assez explicite.

« Bones of Gilead » par exemple utilise une « vibe » rockabilly gonflée à la testostérone pour élaborer allégoriquement sur l’identité et ses diverses facettes (« What’s my name / Just call me Micah / Micah like the Bible says / I can’t help it, it’s within me / Runes are written on my face ») et, de la même manière, le funk acéré de « Trying » navigue à merveille entre aspiration à obtenir un hit grand public à grand renfort de chorus immédiats, et exploration de la noirceur sous-jacente à tout travail à produire une pop star soigneusement passée sous le crible du marketing.

13 Rivers est présenté comme un travail réduit au strict minimum sans aucun filtre ; il n’en demeure pas moins que la crudité est parfois parée ou deux couches soniques qui sont toujours allées de pair avec le répertoire de Thomspon : « Oh Cinderella » alterne tempo de valse à la mandoline et comptine invitant à ce qu’on y participe en la fredonnant et « You Can’t Reach » mêlera riffs charpentés et mélodies en apesanteur.

13 Rivers restera fidèle à la visions de Thompson faite de morosité et de turbulences. Son groupe sonne comme si il se réjouissait de l’accompagner sur un tel schéma. Avec un esprit affuté et jamais en repos et un sens de ce qu’une aventure musicale peut être, Thomsson sert de balise et de réference, y compris pour des musiciens qui ont la moitié de son âge.

****1/2

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