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Oliver Coates: « Shelley’s on Zenn-La »

Le titre quelque peu abstrait de cet album, Shelley’s on Zenn-La fait référence au Shelley’s Laserdome, un nightclub relativement célèbre de Stoke-on Trent à la lisière des années 80/90.

Ici, il s’agit de créer un paysage de fiction, sis dans divers quartiers de Londres et de faire revivre la culture rave au moyen de panoramas oniriques à grands renforts de violoncelles instrument de prédilection de Coates) et de modulations atypiques émulant percussions électroniques et de synthétiseurs.

Approche peaufinée et conceptuelle donc, pour celui qui a été diplôme au plus haut titre de la Royal Academy of Music et qui s’emploie à confirmer le fait qu’il est le violoncelliste favori de Radiohead.

Le disque se conjugue en couches qui se superposent, en vocaux éthérés (« A Church ») servi qu’il est par lune narration puissante comme sur « Norrin Radd Deaming ».

Sous-jacente, bouillonnera une euphorie cachée qui parcourt chaque composition comme pour atomiser les règles de composition et de production rigides que s’est fixé le musicien.

La plupart de ces dernières utilise Renoise un séquenceur numérique employant des séquences percussives particulières en chiffres hexadécimaux et formalisées en vagues soniques. Le résultat est une étude contemplative des schémas musicaux innovante pour qui est d’humeur expérimentale, fastidieuse pour qui peu chaut l’abstraction.

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11 septembre 2018 Posted by | On peut faire l'impasse | | Laisser un commentaire

Blood Orange: « Negro Swan

Le quatrième album studio de Devonté Hynes, alias Blood Orange, est un pur délice. La délicatesse et le raffinement au programme de ce Negro Swan est tout simplement remarquable!

Autour de chansons pop, soul ou hip-hop à l’anglaise parfois aromatisées de jazz ou même de gospel, ce surdoué arrange et réalise des environnements texturés, enveloppants, très sensuels, fastes constructions mélodico-harmoniques, probablement trop complexes et trop subtiles pour fédérer le grand public.

On imagine déjà une scission dans les perceptions: ce que les uns considèrent comme une succession de parenthèses décousues et informes sera perçu par les autres comme de brillantes transgressions pop.

Choeurs, claviers acoustiques ou synthétiques, instruments à vent (saxos et flûtes), cordes électriques, extraits de conversations privées, bidules électroniques et logiciels sont au service d’un songwriter supérieur, contre-ténor de culture afro-britannique, habité par les esprits de la musique.

Chose certaine, tout féru de grande musique populaire ne peut plus ignorer le talent exceptionnel de Dev Hynes, esthète parmi les esthètes. Difficile de prévoir si cette approche idiosyncrasique fera école, les paris sont ouverts.

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11 septembre 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Paul McCartney: « Egypt Station »

Le meilleur musicien des Beatles a aujourd’hui 76 ans, poursuit paisiblement sa route au crépuscule de l’existence… et voilà un 17e album studio à l’enseigne d’Egypt Station.

On l’a dit des centaines de milliers de fois, Paul McCartney n’a pas sculpté tant de joyaux depuis ses débuts en solo, on pense surtout à RAM et Band on the Run au tournant des années 70, on pense aussi à Chaos and Creation in the Backyard, réalisé en 2005 par Nigel Godrich, proche collaborateur de Radiohead.

En 2013, il a tenté un joli coup de substance actualisée avec New, en travaillant avec Giles Martin (fils de Sir George), Mark Ronson (Amy Winehouse) et d’autres bêtes de studio. On ne s’est pas roulé par terre. Le revoilà, cinq ans plus tard, avec le réalisateur vedette Greg Kurstin (Adele, Lily Allen, Foo Fighters, Pink, etc.) sauf pour la chanson « Fuh You », baudruche gonflée par Ryan Tedder (Ariana Grande, One Direction, Camilla Cabello, etc.).

De prime abord, aucune réforme au programme de Sir Paul, sauf cette transparence acquise avec l’âge, cette érosion souhaitée de son optimisme végétarien et milliardaire. «Que m’est-il arrivé? Je ne sais pas», laisse-t-il échapper, sincèrement dérouté dans la chanson « I Don’t Know », liée à l’introduction et qui ouvre la voie aux 14 qui suivent. Ainsi défilent les incertitudes de l’existence, les courtes victoires du bonheur conjugal sur la dépendance à l’alcool et à l’herbe, le tout simple désir de paix des humains, la vulnérabilité et le réalisme cru d’un mortel malgré la légende et la fortune qui le capitonnent.

En bref, un album plus simple et plus intime, sans grande imagination mais sans excès de propreté. Aucune surproduction, aucune grandiloquence à l’horizon. Typiques pour la plupart de Macca, ces chansons d’Egypt Station varient entre pop consonante, rock, folk pop beatlesque, ponctuées parfois par des exceptions telle « Back in Brazil  » qui porte bien son nom. Les exécutions sont irréprochables, sauf… la voix de Sir Paul, certes flétrie par l’âge mais pas assez pour créer ce malaise que l’on ressent chez ceux qui ne savent pas s’arrêter.

* * * 1/2

11 septembre 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire