Kathryn Joseph: « From When I Wake The Want Is »

Kathryn Joseph possède une faculté rare, produire une musique fermement plantée dans la chair et le sang (peine de cœur avec son inévitable descente dans les confins les plus sombres de la psyché) et lui donner une formulation qui semble se situer dans le domaine de l’éthéré.

Travail de deuil donc, son ancien partenaire joue fugitivement sur le deuxième album de cette chanteuse écossaise) mais c’est aussi un document à l’amour ; sa vie, sa respiration, sa mort et son éventuelle résurrection. L’émotion charnelle de ce que constitue le fait d’aimer et celui de rompre, le fait de prendre mais aussi de donner ou laisser choir. Tribut du prix à payer est son honnêteté : From When I Wake The Want Is constitue sa catharsis et son épiphanie.

Plutôt que diaphanes, les textes se veulent sensuels, les blessures sont dégustées pour mieux être apaisées, et le désir se fait sentir jusqu’à la moelle, « n my mouth, in my mind, in my back and my spine ».

Son étalonnage musical est robuste ; le piano roule comme un flot de sang, et l’électronique craquèle comme si il s’agissait de donner muscle aux vagues sonique, ce dernier terme est approprié car le symbolisme de l’eau est omniprésent dans l’album (« Tell my lover it’s not over till we drown » drone-t-elle comme si il s’agissait de résister aux courants).

Quand nous arrivons au « closer », « ^^ », les accords mineurs ont été supplantés par d’autres, pris sur le mode majeur. Les contributions, celles de son partenaire et de sa fille, sont prises sur des phrasés de pianos en cascades qui sonnent comme prisonniers de tempêtes au sein desquelles l’équilibre demeure alors précaire. Les émotions ne peuvent plus s’exprimer au travers des mots et le chagrin va alors tout emporter sur son passage.

Vivre avec la souffrance vous insensibilise à tout, engourdit vos sens et la dramaturgie prend le pas sur la fausse placidité (« Tell My Lover »). La véracité est vorace et il n’y a nulle place pour toute prétention à la joie même si Joseph excelle à ces brusques chavirements entre l’ombre et la lumièr., Ce que l’on retiendra est l’infiniment gris de morceaux comme « We Have Been Loved By Our Mothers » ou « Mouths Full of Blood »et perdurera, alors, le sentiment que, si les cœurs ont été guéris, les cicatrices, elles, demeurent présentes.

***1/2

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