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Neko Case: « Hell-On »

Quelques cinq ans après son dernier album, The Worse Things Get, The Harder I Fight, The Harder I Fight, The More I Love You,le nouvel opus de Neko Case, Hell-On, est également inspiré d’évènements tragiques survenus dans la vie de la chanteuse.

Il s’agit ici de l’incendie d’une ferme qu’elle possédait dans le Vermont, mais en dépit de cela et avec l’aide à la production de Bjorn Yttling (Peter, Bjorn and John), les tonalité se l’album se révèlent être lumineuses et même tapageuses tout en permettant à la chanteuse de rester dans un répertoire intimiste.

La voix de Case est ainsi mise en avant en particulier sur l’étonnante ballade qu’est «  Halls of Sarah » toit comme un « Bad Luck » plus direct et facile à appréhender. On pourra apprécier l’épopée de 7 minutes, « Curse of the I-5 Corridor) » qui emmène Neko Case vers les territoires plus familiers pour elle des Decemberists et de l’indie folk-prog.

D’autres titres, en particulier «  Oracle of the Maritimes », co-écrit avec Laura Veirs enterinera la mouvance case/lang/veirs datant de 2016 alors que « Sleep All Summer », composé par Eric Bachmann accentuera la veine artistique jamais en repos d’une interprète qui ne se satisfera jamais de l’acquis, même si c’est, parfois à son détriment.

***1/2

6 août 2018 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Cowboy Junkies: « All That Reckoning »

Depuis leur formation en 1985, les Cowboy Junkies ont discrètement fait leur chemin, mis à part l’improbable succès de leur deuxième album, The Trinity Sessions, vendu à plus d’un million d’exemplaires. Celui-ci lui a permis de s’imposer sur la scène folk et country alternative. Encore aujourd’hui, les Cowboy Junkies demeurent uniques et pertinents, comme en témoigne ce 17e album, le premier depuis le Kennedy Suite de 2013. Malgré les années, le son des Cowboy Junkies n’a pas changé d’un iota, ni le groupe d’ailleurs, toujours formé de Margo, Peter et Michael Timmins, ainsi que de leur ami d’enfance Alan Anton.

All That Reckoning est donc un album tout en délicatesse, même quand la bande décide d’appuyer un peu sur la pédale de fuzz. À l’instar des nombreux autres efforts du combo, tout ici est maîtrisé, retenu, l’envoûtante voix de Margo Timmins flottant au dessus des envolées oniriques du groupe.

Reste que si le ton invite à la rêverie, le fond est beaucoup plus sombre. All That Reckoning pourrait bien être le disque le plus sévère de la formation, road trip nocturne sur une route qu’on croit sans fin, disque de considérations politiques et sentimentales, qui appelle à rendre des comptes et aussi sans doute à se réveiller malgré la douceur et les caresse de leur musique.

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6 août 2018 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Helena Hauff: « Qualm »

En Anglais, « qualm » signfie « scrupule » ; il y a donc une certaine logique à ce que Helena Haufff retourne au minimalisme dépouillé qui était sa marque de fabrique comme si elle voulait faire table rase de son flirt avec les mélodies pop qui encadraient son Have You Been There, Have You Seen It en 2017.

Au vu de sa renommée grandissante il lui aurait été facile de se réconcilier avec ses fans en creusant un peu plus le sillon d’une electronica plus accessible mais l’artiste a opté, au contraire, pour une direction plus austère et granuleuse faite d’improvisations enregistrées en mode analogique inspirées du catalogue Bunker Records. Le résultat est est goûtu et agréable.

Qualm est également étayé par un sens étonnant de britannicité : des morceaux comme « Barrow Boot Boys », « Fag Butts In the Fire Bucket » et « It Was All Fields Around Here When I Was a Kid » font allusion à une des obsessions de Hauff, l’humour anglais, tropisme lié à ses nombreuses visites à Leicester, une ville qu’elle décrit ironiquement comme « la plus ennuyeuse du Royaume-Uni ». Comme certains titres le soulignent, les images se veulent évocatrices de friches industrielles (« The Smell of Suds and Steel ») enrichies par des synthés mélancoliques (« Entropy Created You and Me ») ou de refrains teintés par le malheur qui semble avoir été engendré par le Brexit.

Qualm est un album dystopique ; Hauff s’y semble plus à l’aise que d’autres, peut-être parce que son itinéraire est également moins linéaire et pré-établi.

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6 août 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Let’s Eat Grandma: « I’m All Ears »

Avec sa basse tonitruante, ses synthétiseurs cosmiques et ses cordes gothiques, « Whitewater », l’ouverture dramatique du nouvel opus de Let’s Eat Grandma, est marque d’une déclaration d’intention à prendre au sérieux : Rosa Walton et Jenny Hollingworth sont de retour avec un assortiment de compositions encore plus audacieuses que précédemment.

Deux ans après leur « debut » album, I Gemini, on voit ici émerger le travail de deux jeunes femmes en pleine confiance de leurs moyens et de leur art avec, comme pour couronner le tout, la production de David Wrench, SOPHIE er Faris Badwan (The Horrors).

Se greffe sous nos yeux une combinaison parfaite de sensibiltés pop et de tendances avant-gardistes ; une synth-pop étincelante adossée à ces clameurs chaotiques qui ne sont pas sans évoquer PC Music.

Le grandiose et l’intime cohabitent sans heurts et, que ce soit en termes de sons et de structures, I’m All Ears se fait miroir, celui de deux personnes qui en savent encore plus sur elles-mêmes, en tant que personnes et êtres accomplis, et qui, grâce à cela, peuvent se permettre d’aller encore plus loin dans l’introspection sonique et musicale.

I’m All Ears révèle alors l’habileté que possèdent les deux artistes à façonner des atmosphères profondément engageantes sans céder pour autant à l’emphatique. Ainsi, « Cool & Collected » édifiera peu à peu son intensité avant de tempêter en un solo de percussions explosif alors que le « closer », « Donnie Darko » fait usage magique de loops électroniques tout au long des ses onze minutes, alternant, en montagnes russes impressionnantes, vibrations ascensionnelles et plongées dans les tréfonds de la souffrance humaine.

Ce « sophomore album » capture idéalement l’extase et l’agonie de ce qu’être jeune peut représenter mais, plus que cela, il se fait exigeant à des oreilles qui ne pourront être qu’attentives (to be all ears).

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6 août 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Jon Hopkins: « Singularity »

Après avoir terminé le long cycle de tournée suivant son excellent album sorti en 2013, Immunity, Jon Hopkins aurait exploré différents états de conscience en adoptant des techniques de méditation et autres pratiques, disons, stupéfiantes.

Cela l’aurait alors mené à adopter d’autres processus de création, et voilà Singularity. Cet opus se veut un voyage de musique électro mais aussi une aventure sensorielle, profondément organique, dont l’objet est de faire s’exprimer les tréfonds de la conscience à travers les sons.

Cet enregistrement se décrit comme un univers en soi «qui se dilate et se contracte vers un même point infinitésimal». De magnifiques séquences électroniques y côtoient les chants humains, assortis de délicates exécutions instrumentales, ces fréquences stratosphériques alternent avec des passages de grande intensité technoïde.

Cette odyssée implique plusieurs paliers où la pulsation n’est pas un préalable absolu, mais bien l’un des divers états recherchés et atteints. La qualité et la diversité des éléments texturaux sont ici remarquables; tout s’imbrique dans une trame dramatique fort bien menée.

On peut toutefois déplorer la relative pauvreté harmonique de certaines propositions, signe évident d’une méconnaissance comme on l’observe si souvent chez les compositeurs autodidactes sur le territoire électronique. Léger détail dans cette odyssée de l’intérieur.

* * * 1/2

6 août 2018 Posted by | Chroniques "Flash", Quickies | | Laisser un commentaire

Grouper: « Grid of Points »

Grouper, Way their Crept, WideCover the Windows and the WallsDragging a Deer Up a HillA I A: Dream Loss & Alien ObserverViolet ReplacementThe Man Who Died in His BoatRuins… et voici Grid of Points, un album court, mais hautement recommandable.

On applaudit doucement Liz Harris, trentenaire californienne, depuis le milieu de la précédente décennie. Sa prolificité en tant que Grouper (son pseudo comme artiste solo) avait ralenti depuis 2014, alors qu’elle avait lancé l’excellent Ruins.

On l’a connue pour divers projets solos intégrant électronique, instruments classiques ou instruments préparés. Cette fois, elle chante seule et s’accompagne au piano; mélodies évanescentes, voix diaphane, textes susurrés, harmonies tonales ou modales, mélodies consonantes…

Ajoutons à cette dimension piano-voix différents effets de réverbération, surimpressions mélodiques sous forme de canon, sons captés dans l’environnement de création.

Voilà autant de procédés de composition/réalisation qui mènent à ces formes dérivées de chansons « classiques » .

Répartie tout au long de sept plages l’expérience humaine ici évoquée est solitaire, introspective, exprimée avec la sensibilité féminine d’une artiste douée qui sait transformer ses humeurs et états psychologiques en un art à la fois familier et insolite.

* * *

6 août 2018 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Courtney Barnett : « Tell Me How You Really Feel »

Il faut excuser l’utilisation d’un tel cliché mais Courtney Barnett est en pleine possession de ses moyens folk-rock sur son nouvel album Tell Me How You Really Feel. Ses mélodies s’injectent dans nos veines d’un seul coup. Ses textes, si bien ficelés, tapent dans le mille.

L’auteure-compositrice-interprète australienne explore la rage et la peine qui l’ont habitée avec le ton direct qu’on lui connaît. Il n’y a qu’elle pour intituler une chanson « Crippling Self Doubt and a General Lack of Self Confidence ». Ou encore pour s’exclamer: « J’ai besoin d’un time-out de moi ».

Une vulnérabilité jamais exprimée par Courtney Barnett s’entend sur ce disque, particulièrement sur la dernière pièce, Sunday Roast, ode à l’amitié alors qu’on se sent seul au monde. Les arrangements rock de « Need a Little Time » et « City Looks Pretty » ont du mordant pop.

Un sentiment nostalgique enveloppe « Walkin’ on Eggshells » mais la hargne grunge féministe de la pièce « I’m Not Your Mother, I’m Not Your Bitch « est tout aussi inspirante comme l’est la référence à Margaret Atwood sur « Nameless, Faceless ».

* * * 1/2

6 août 2018 Posted by | Chroniques "Flash", Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Eels: « The Deconstruction »

Un songwriter qui vous déclare « Don’t lift a finger while I lay dying/ my heart is bone dry … you drank all the blood » suivi par un « shooby-dooby-doo, » façon Sinatra ne peut qu’inspirer le respect. Cela constitue l’univers idiosyncratique du redoutable Mark Oliver Everett, alias E ou « EELS guys » comme il aime ainsi se nommer sur les notes de son douzième album.

Depuis 1992 « A Man Called E », un autre de ses pseudonymes, avait débuté sa carrière sous des auspices aussi révélateur que le titre de son premier « single », « Hello Cruel World ». S’étaient suivis depuis des récits exhaustifs de ses tribulations mentales ou physiques (une sœur qui s’est suicidée, une mère morte du cancer) avec, bien sûr, les éternelles antiennes traitant de relations affectives vouées à l’échec ou du fait de vieillir.

Ceci ne pouvait garantir qu’un parcours en dents de scie et la certitude que Eels ne jouirait jamais d’autre chose que d’un succès d’estime.

The Deconstruction est le premier opus de l’artiste en quatre ans et, tout comme le picaresque The Cautionary Tales of Mark Oliver Everett en 2014, il se veut porteur de ce que le chanteur souhaite véhiculer dans sa vision de tout ce qui peut nous agiter dans l’existence.

Sa musique continue d’explorer les confins du bizarre et de l‘excentrique, comme pour cerner toutes les marges obscures de note psyché et faire voisiner l’étrange et le festif. Ces atmosphères sont à la fois effrayantes et positives : « I had a premonition/ everything’s gonna be fine … It’s not the weight you carry/ it’s how you carry it/ we can get through anything » chante-t-il de manière distincte et très factuelle sur « Premonition ») et les variations dans les arrangements, du plus dénudé au plus grandiose, mettent en exergue le talent mélodique de Everett. Sobriété et grande orchestrations alternent et se chevauchent sans s’entrechoquer révélant une honnêteté qui ne tombe jamais dans le pathos.

« E » évite touts candeur naïve, ce n’est plus un perdreau de l’année, mais il ne verse pas non plus dans l’acrimonie cynique dans lequel son caractère dépressif pourrait le faire sombrer.

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6 août 2018 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire