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Natalie Prass: « The Future and the Past »

Comment faire du neuf avec du vieux? Natalie Prass, 32 ans, nous suggère cette formidable réponse, ni plus ni moins l’album indie pop de l’heure. Carole King, Gerry Goffin, Karen Carpenter, Michael et Janet Jackson, Prince, Wendy & Lisa, Raphael Saadiq, George Michael, Anita Baker, Sharon Van Etten, Alicia Keys, Erykah Badu, Justin Timberlake, Jill Scott, Janelle Monáe, pour ne nommer que ces noms ayant sévi sur cinq décennies de pop anglo-américaine, noire ou blanche.

Dans un contexte plus indie, Natalie Prass a intégré un savoir-faire très polyvalent en songwriting, elle peut passer d’une référence à l’autre sans qu’on sente le moindre conformisme, le classicisme des formes est ici utilisé à bon escient, le collage de la chanteuse résulte d’un dosage brillant et raffiné d’expressions populaires, faites sur mesure pour sa voix relativement mince et la douce sensualité de son expression.

Ajoutez à ce magot de groove mélodique une vaste connaissance harmonique incluant le jazz moderne, et vous avez entre les oreilles un joyau de pop, qui s’inscrit dans l’excellente discographie de Natalie Prass, dont on avait vanté l’opus précédent, enregistré il y a trois ans chez Spacebomb sous la férule de Matthew E. White.

* * *

5 août 2018 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Beach House: « 7 »

Le nom de Beach House figure immanquablement parmi les plus importants lorsqu’il est question de dream pop, prolongement inspiré des ancêtres Cocteau Twins devenu carrément un sous-genre incontournable depuis les années 80.

De concert avec le réalisateur Chris Coady, soit à partir de l’opus Teen Dream, Victoria Legrand et Alex Scally avaient effectivement créé de magnifiques tableaux oniriques, mais… Que pouvaient-ils vraiment ajouter après avoir bricolé six albums dont certains avaient marqué la dernière douzaine d’années?

Après la sortie de Bloom en 2012, le tandem de Baltimore a progressivement épuisé ses ressources originelles; vu les limites mélodiques et harmoniques de ces chansons stratosphériques, l’habillage était essentiel au prolongement du voyage… et l’on en observait la redondance texturale depuis un moment. Conscients de la nécessité de changer de décor, Legrand et Scally ont oeuvré auprès de Sonic Boom (Peter Kember) et mené à terme ce 7.

 Ont-ils stoppé l’essoufflement conceptuel? Provisoirement, du moins, car ils offrent ici 11 titres bien sentis. L’usage des claviers et l’épandage de fluides électros, avons-nous noté, l’emportent sur celui des cordes électriques et des évocations shoegaze. Succincts, peu complexes, les textes suggèrent cette possible beauté émergeant du côté obscur, inhérent à la période actuelle. Les mots ici chantés évoquent aussi la sagesse et la résilience que procure l’assomption des traumatismes de l’existence.

Selon les principaux intéressés, par ailleurs, le chiffre 7 aurait été choisi notamment pour ses vertus numérologiques – parmi ses qualités, la simplicité du titre (et thème récurrent dans le cas qui nous occupe) mènerait l’auditeur à plonger plus aisément dans le contenu immersif de cet opus franchement réussi. Soit dit en passant, la chanson L’inconnue offre une portion française aux paroles chantées en canon (rappelons que Victoria est la nièce de Michel Legrand), et le chiffre 7 y est aussi évoqué. L’âge de raison? Allons-y pour une note de sept sur dix soit…

* * * 1/2

5 août 2018 Posted by | Chroniques "Flash", On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Father John Misty: « God’s Favorite Customer »

Joshua Tillman, l’homme derrière Father John Misty, en est déjà à son quatrième album avec God’s Favorite Customer. Un album écrit dans la douleur pendant un séjour de deux mois dans une chambre d’hôtel après que sa vie eut foutu le camp.

Father John Misty en signe la réalisation, mais Jonathan Rado de Foxygen l’a épaulé en studio. Cela explique peut-être les influences rock britanniques sixties bien audibles.

En ouverture, « Hangout at the Gallows » a des airs  nous rappelant « While My Guitar Gently Weeps ». Dans ses textes et son interprétation, Father John Misty est plus vrai et à fleur de peau que jamais. Avec son chant intense, ses confidences viscérales et ses deuils amoureux, il nous envoûte complètement. Comment ne pas avoir la chair de poule en écoutant sa ballade au piano « , dans cette même veine, Just Dumb Enough to Try »?

Comment, également, ne pas souffrir avec lui quand il dit au revoir à son ex-femme sur « The Songwriter » (dans une forme de texte qui peut rappeler  le « Your Song » d’Elton John)? Comment ne pas avoir envie de faire la fête en écoutant » Date Night »?

Il est, finalement, beau d’entendre Father John Misty chanter de façon mélancolique sans filtre ni ironie ni cynisme. À l’image du titre de la dernière chanson, « We’re Only People (And There’s not Much Anyone Can Do About That) », le chanteur délaisse son personnage pour nous présenter, démarche autrement plus intéressante, l’humain qu’il est.

* * * 1/2

5 août 2018 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

CHVRCHES: « Love Is Dead »

Le groupe synth-pop écossais CHVRCHES est de retour avec Love Is Dead. Le trio formé de Lauren Mayberry, Iain Cook et Martin Doherty reprend là où il avait laissé son public avec son album Every Open Eye.

À bien y penser, ne parlons pas de surplace, mais de deux pas en arrière. Peu de chansons ressortent du lot. Les tensions mélodiques les plus réussies s’avèrent celles où Martin Doherty chante, en particulier sur « God’s Plan ».

Quand c’est Lauren Mayberry, on croirait parfois entendre un groupe hommage à Tegan and Sara, sauf sur la belle ballade « My Enemy », où elle accompagne en duo Matt Berninger, de The National (dont la voix polie est toutefois méconnaissable).

Apparemment, CHVRCHES aurait voulu percer le top 40. C’est avec ce plan ambitieux qu’il aurait engagé les réalisateurs Greg Kurstin (Adele, Sia, Beck) et Steve Mac (Ed Sheeran, One Direction). Au bout du compte, Love Is Dead se retrouve assis entre deux chaises.

Sur la chanson « Miracle », CHVRCHES emprunte même des arrangements grandiloquents à Imagine Dragons. On a , en outre, aussi l’impression que le groupe s’est inspiré de certaines instrumentations comme issues de l’univers de Milk & Bone. Ni bon ni mauvais, Love Is Dead s’avère somme toute banal et proprement décousu.

* * 1/2

5 août 2018 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Alvvays: « Antisocialites »

Originaire de Toronto, Alvvays est constitué de Molly Rankin, chant, Kerri MacLellan, claviers, Alec O’Hanley, guitares, Brian Murphy, basse, Sheridan Riley, batterie.

Le groupe s’était d’abord fait remarquer avec un album éponyme pour le moins efficace, sorti en 2014.

Au deuxième chapitre, le groupe agrandit assurément le cercle de ses amis. La réalisation d’Alex O’Hanley et de John Congleton contribue certainement à propulser cet Antisocialites vers les plus hautes sphères de ces musiques pop servies avec un épais brouillard de saturation.

Malgré cette propension à la distorsion des guitares et des claviers, les accroches mélodiques et hymnes candides d’Alvvays émaillent cet album somme toute plus pop que shoegaze, rock garage ou punk-pop.

Peu agressive, haut perchée, sans aspérités, la voix de Molly Rankin domine paradoxalement la corrosion harmonique des guitares et des claviers, et produit cet effet fédérateur au-delà des références connues (et très variées) qui l’animent.

Cet équilibre fait d’Alvvays un authentique prétendant à la liste restreinte des aspirants au sommet des charts. Cela demeure possible, mais il est encore un peu tôt pour  en être convaincu au point de  céder à  un enthousiasme malvenu.

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5 août 2018 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire